D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

dimanche 20 janvier 2008

Je répétais, douceur

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A quoi vas-tu bien pouvoir t'accrocher?
J'ai cherché, cherché de l'aide dans mon cerveau désert. Un petit mot m'est apparu, le dernier qui me restait, blotti dans un coin, deux syllabes minuscules, tout aussi terrorisées que moi.
«Douceur.»

J'ai hurlé: Choisis un mot, celui que tu préfères!
Dans le vacarme, il n'a sûrement pas entendu.
Avait-il, comme moi, voulu choisir un mot et lequel ? Je ne le lui ai jamais demandé.
Nos mots préférés sont des affaires intimes, comme la couleur de notre sang.

Lentement, ô comme la lenteur est angoissante,lentement je me suis sentie tomber, douceur, je répétais, douceur, il me semblait qu’è force de le dire le mot gonflait, comme le cou de certains oiseaux amoureux, je l’avais entouré de mes bras, douceur, ma bouée.

Et puis les lumières noires se sont éteintes et un à un tous les bruits. Plus rien.

La grammaire est une chanson douce Erik Orsenna

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Long Nights

Have no fear
For when I'm alone
I'll be better off than I was before

I've got this light
I'll be around to grow
Who I was before
I cannot recall

Long nights allow me to feel...
I'm falling...I am falling
The lights go out
Let me feel
I'm falling
I am falling safely to the ground
Ah...

I'll take this soul that's inside me now
Like a brand new friend
I'll forever know

I've got this light
And the will to show
I will always be better than before

Long nights allow me to feel...
I'm falling...I am falling
The lights go out
Let me feel
I'm falling
I am falling safely to the ground


free music

vendredi 18 janvier 2008

Pourquoi faudrait-il ne retenir de la vie que sa part de lumière

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Pourquoi faudrait-il ne retenir de la vie que sa part de lumière ? C'est l'ombre qui donne à la lumière sa splendeur.

L'éternité n'est pas dans le temps, elle est dans la profondeur. Dans son vertige. Je ne sais pas à qui je rends grâce, je ne sais pas si la mort ouvre sur quelque chose, mais je croîs que cette lumière-là, d'une manière ou d'une autre, subsistera. La lumière ne se dissipe pas : elle demeure.

Laurence Tardieu  Puisque rien ne dure


mercredi 16 janvier 2008

Dérisoire douceur

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Avant, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d'explication, ce qui à jamais restera opaque."

No et moi  Delphine de Vigan        un extrait plus long ici


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    et ...

la douceur
dérisoire
imperceptible
jusqu'à l'inexistance

qui continue de vibrer
par de là

et d'exister parce qu'on y croit.

...


 

free music

mercredi 9 janvier 2008

Un Tout

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"Il y a plus que moi. Il y a en moi un tout qui n'est pas moi et cependant ne m'est pas étranger. Il y a en moi un tout qui me dépasse et me constitue, un tout inconnu d'où part toute connaissance, un tout incompréhensible qui rend possible toute compréhension, une unité dont je dérive."


E-E Schmitt "L'évangile selon Pilate"

 

mercredi 12 décembre 2007

Les choses qui nous sont précieuses...

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Nous perdons sans cesse des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu'on ne pourra pas retrouver. C'est aussi cela vivre. Mais à l'intérieur de notre esprit, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes les occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages comme dans une bibliothèque, j'imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références pour connaître précisément ce qu'il y a dans nos coeurs.Il faut aussi balayer cette pièce, l'aérer, changer l'eau des fleurs. En d'autres termes, il nous faut vivre dans cette  bibliothèque.


Haruki Murakini "Kafka sur le rivage"



 

mercredi 5 décembre 2007

L'appel d'un autre rivage

Sur une proposition de Prumtierden/Immemory

Les lectures du moment...

La mienne:

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"Kafka sur le rivages" de Haruki Murakami


D'autres voyages prévus si la magie opère:

-Le rapport Brodeck   Philippe Claudel
-La vie révée des plantes   Lee Seung-U
- No et moi    de VIGAN


 

Et d'autres encore à découvrir chez les uns et chez les autres par le biais d' Immemory.

   

mardi 27 novembre 2007

La linéa

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"Je me demande à quel moment j'ai compris qu'il fallait faire beaucoup plus d'efforts qu'auparavant pour continuer à vivre. Simplement à vivre. Je m'étais toujours figuré, je ne sais pourquoi, que l'existence avait la forme d'une montagne. L'enfance, l'adolescence et le début de l'âge adulte correspondaient à la montée. Ensuite, arrivé à quarante ou cinquante ans, la descente s'amorçait, une descente vertigineuse, bien entendu, vers la mort. Cette idée, assez commune je crois, est fausse. Je le découvre un peu plus précisément chaque jour. C'est par la descente qu'on commence, en roue libre, sans effort. On dispose de tout son temps pour contempler le paysage et se réjouir des parfums - c'est pourquoi les odeurs d'enfance sont si tenaces.
Ce n'est que plus tard que la véritable côte nous apparaît, et l'on met bien du temps à la reconnaître pour ce qu'elle est: une pénible ascension qui a la même issue que la folle pente sur laquelle on s'imaginait projeté à pleine vitesse. Et on se demande, un soir d'automne, les mains dans le seau où l'on essore la serpillière pour la passer - est-ce la quatrième ou la cinquième fois de la journée? — sur le sol crasseux de la cuisine: comment se fait-il que le chagrin ait le poids et l'allure et la noirceur impénétrable d'une enclume? On tord le lambeau gris qui a recueilli le vomi des bébés, leur pisse, la sauce tomate renversée, le vin, le champagne des anniversaires, les milliers de gouttelettes d'une bataille d'eau que se sont livrée des enfants excédés par la chaleur, le gris mauvais des trottoirs que l'on rapporte à la maison. On tord ce pauvre lambeau qui en a tant vu et c'est notre cceur et notre foie et notre estomac qui se vrillent pour dissiper dans nos veines un sang acre, épaissi et que l'on s'imagine aussi sale que l'eau du baquet. Une tristesse monte et l'on s'y noierait s'il n'y avait pas les choses à faire, le courrier en retard, les factures à payer, les vacances à prévoir. On sait bien que si l'on ne fabrique pas, au fur et à mesure, sa propre vie, personne ne le fera pour nous.
Je pense à un dessin animé de mon enfance qui s'appelait, je crois, La Linéa. C'était mon programme favori. On y voyait un bonhomme de profil, figuré par une ligne qui, partant du sol, traçait les contours de son corps et de sa tête, pour replonger ensuite vers le bas, vers le sol à nouveau, si bien que tout se confondait dans le même trait: personnage, décor, horizon. Le bonhomme avançait, il chantonnait, il marmonnait, il était tout joyeux et, soudain, la ligne, la ligne qui le dessinait, s'arrêtait deux pas devant lui. Il s'écriait alors dans un charabia de français teinté d'accent italien: «Ah, mais pourquoi y a pas de ligne ici ? » Souvent, il tombait dans le précipice, se débobinant comme un tricot mal fini, hurlant: «Aaaaaaaaaah! » Parfois, il remontait. Il lui arrivait aussi de fabriquer la suite de son trajet en empruntant un fragment de celui déjà parcouru. Il était l'humain qui doit, chaque jour, poser les rails sur lesquels roule sa locomotive. L'humain adulte, s'entend, l'humain en pleine ascension épuisante vers le néant. Un jour, c'est comme ça, on se retrouve, comme La Linea devant le vide et il n'y a personne à qui s'en prendre. On est effaré de n'avoir rien prévu, scandalisé que personne ne s'en préoccupe. Ah mais pourquoi y a pas de ligne ici? se demande-t-on en essorant la serpillière. Il n'y a pas de ligne parce que ça aussi, c'était faux, ça aussi c'était de l'entourloupe. Pour bien faire, il ne suffît pas de suivre la route, il faut à tout instant la bitumer du goudron onctueux de nos rêves et de nos espoirs, la tracer mentalement, en s'efforçant de prévoir les inévitables virages et les inégalités du terrain. Parfois, quand ça va bien, quand, par miracle, on a réussi à prendre un peu d'avance sur notre effroyable ouvrage d'art, on bénéficie d'un répit et là, c'est bon, tout roule. On est prêt à croire que le plus dur est fait, qu'à partir de ce moment, tout ira bien. On est si naïf, on a la mémoire si courte qu'on ne se rappelle pas que le terrain qui nous accueille est l'œuvre de nos mains et de notre cerveau si prompt à imaginer n'importe quoi. On se la coule douce jusqu'au trou d'après sur lequel on se penche, consterné. Je n'ai plus la force, se dit-on, et je mérite mieux que ça, il serait temps que quelqu'un m'aide, il serait temps qu'une main guide la mienne. Autour de nous une armée de bras ballants. Tout le monde est fatigué. Notre mari, notre femme, nos amis, tout le monde en a marre au même moment, et c'est alors que vient — mais seulement si l'on est très chanceux, seulement si l'on n'a pas peur ou que l'on est suffisamment fou pour mordre à l'hameçon furtif c'est alors que vient l'amour. Et là, ce n'est plus du macadam qu'on jette sur le néant, c'est un pont suspendu qui ouvre la voie jusqu'à l'infini."

Agnès Desarthe  "Mangez-moi"


La linéa: là

Et là. un grand pont suspendu qui ouvre la voies jusqu'à l'infini...

Merci Laouen encore une fois pour cette grande respiration...

    

 

jeudi 22 novembre 2007

L'obscurité nous alimente


Nous voulons nous étourdir à force de lampes et de bruits. Tous nos livres, toutes nos actions ne sont remplis que du fracas des jours. Pourtant ce qui nous gouverne - instincts, imagination, rêves, passions, pouvoir créateur - plonge dans une ombre sans contrôle. Nous implorons, nous espérons la lumière, alors que, par un effet contradictoire, cette obscurité qui nous terrifie nous alimente puissamment.

Mais il y a autre chose. Cette nuit si terrible apparaît bénéfique si nous l'embrassons, les yeux ouverts, dans la vérité du regard.

JEAN TARDIEU, Obscurité du jour


jeudi 27 septembre 2007

On revient toujours à cette enfance...


 

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On y revient toujours, à cette enfance qui modèle notre âme sans que nous en soyons conscients, et qui pèse plus sur notre bonheur que les jours de notre âge adulte, car c'est à travers elle que nous les vivons, et c'est elle qui assigne à chacun d'eux sa grandeur passagère.

Il faut parfois renoncer au passé pour jouir du présent. L'oubli répond à une logique économique, c'est un procédé qu'adopté la vie pour se libérer de l'angoisse et poursuivre son chemin, un subterfuge paresseux et pourtant fécond, comme si l'esprit se mettait en jachère pour pouvoir semer de nouveaux plants par la suite. C'est pourquoi certains épisodes sont relégués dans le grenier de l'oubli, dans cet entrepôt qu'on ne peut visiter qu'en rêve, sans pouvoir en rapporter, au réveil, rien de ce qu'on y a découvert.

On ne peut pas changer de passé,  mais on peut changer d'attitude envers lui, réagir autrement face aux  souvenirs et face au présent. Ce que j'ai appris, c'est que j'ai non seulement le droit d'être heureuse, mais surtout, depuis que tu es née, le devoir de l'être

Extrait de "un miracle en équilibre" de lucia Etxeberria

samedi 22 septembre 2007

La durée nous précède et nous survit. Comme cette existence, elle ne nous est prêtée que pour nous faire grandir.

 



 

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Le milieu de la nuit s'en va vers ses quartiers. Il regagne les contrées inconnues où les fragments du temps se reposent à tour de rôle. Le temps ne cesse pas de veiller. Il ne suspend son envol que pour changer de costume. Cette suspension d'ailleurs est imperceptible, tant il est prompt à se défaire des atours du moment. Le jour et la nuit ne sont que des couleurs, un déguisement, des facéties de l'éternité. La durée nous précède et nous survit. Comme cette existence, elle ne nous est prêtée que pour nous faire grandir. Elle ne vieillit pas, elle s'accumule. Elle est comme un espace sans cesse en expansion, qu'il nous faut remplir du sens de notre histoire. Allons-nous vivre, sans jamais rien nous dire ? Peut-être. Ce sera notre histoire que ce silence intense. Ce sera notre attachement. Des générations viendront à l'heure dite, qui ne contempleront pas comme nous les allées et venues du temps qui change d'habit. Elles en captureront chaque instant, ne laisseront pas une minute inoccupée. Elles rempliront le temps de rêves réalisés, d'amour-propre et de ces lendemains rieurs que nous ne leur aurons pas légués, mais qu'elles sauront conquérir.

 

 

Contour du jour qui vient  de L. Miano

   

 

 

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