vendredi 12 juin 2009
Légères et passagères


Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Louis Aragon


Comme je ne parviens pas à éditer ce titre correctement sur jiwa il vous reste la possibilité de l'ouvrir dans une autre fenêtre avec un clic droit et de revenir par ici:
(Et si quelqu'un a une solution pour que ça marche correctement je suis preneuse!
Parce avec moi, là, le player ne fonctionne pas...)
jeudi 5 février 2009
Flocons




Des voix de neige tournoient dans la nuit
le même enfant regarde le silence
danser pour ceux qu'étonne d'être là -
éclats de joie dans l'incompréhensible -
Neigez ô neiges, neigez, neigez
pattes de velours, cristaux impensés
neigez silence, neigez idées,
clartés de mots closes sur les lèvres
flocons, pétales, duvets
d'une pensée indivise
neigez dru dans nos ténèbres
îles de battements blancs -
Neigez ô neiges, neigez dans mon corps
neigez sur le noir des ailes pensées
aérez de vos danses tous ces mondes
d'épaisseurs immobiles jamais dits
faites jaillir le bonheur que l'on croit
à jamais banni de la finitude -
couvrez de paix, de silence léger,
routes et champs, maisons et joues d'enfants
ou jamais l'amour ne fut embrassé -
vergers de l'enfance neigez, neigez
sur les déserts de mémoire d'amour -
soyez la fraîcheur de tant de nuits blanches
neigez, neigez sur nos pas dans la nuit -
flocons, pétales, duvets
d'un être là indivis
irriguant cailloux et fugues
roses rouges sur les joues
de l'enfant seul à l'écoute
des pas feutrés dans la nuit
du blanc sur blanc sur la terre -
Lorand Gaspar Patmos et autres poèmes
Nuits et Neiges Variations sur un thème d'enfance


mercredi 4 février 2009
~~~ Fumée ~~~

dans quelle nuit obscure
s'en va puiser la mémoire
pour façonner nos souvenirs
survivant au temps
se relève l'oiseau-soleil
quels intimes voyages
fondent nos mythes illusoires
la vérité de l'âme
- l'insaisissable -
est dans le blanc du poème
la vérité du dire
dans son silence
Amina Saïd
~
~~~
...il faudrait écrire comme passe le vent, comme
coule l'eau. il faudrait dire les jours dans ce qu'ils ont de plus
flou, de plus fugace et finir par ne rien dire.
il faudrait que les mots s'inscrivent et s'effacent à la fois...
lundi 2 février 2009
Juste une phrase où le soleil s'efface



L'hiver et ses membres morts. Moi, au dedans de moi. Je n'ai plus de substance pour le dire.J'amasse une brassée de mots; J'y mets le feu. Rien qu'une phrase où le soleil s'efface.
Claude Esteban Le jour à peine écrit

jeudi 8 janvier 2009
Dans le silence d'un envol...
L'aigle invisible est en vous
Rochers surgis de nos rêves
En vous le vol
En vous la flamme
En vous la nuit fulgurante
Promesse tenue
Geste retenu
Vous êtes en nous le pur souffle
Que nous ignirions
Rochers surgis de nos rêves
L'invisible aigle est en vous
Embrassant Yin
endossant Yang
Frayant en nous la voie sûre
Que nous ignirions
Sol craquelé
Ciel constellé
Et nous votre élan charnel
A l'aube sur toutes routes
Vous dressez vos corps ailés
Parfois sous nos mains calleuses
Brisant les rosées figées
Un ange renaît sourire.
François Cheng
mercredi 7 janvier 2009
Goutte de silence

Apparais sous ce qui disparait.
Va-t-en vers d'impossibles couleurs.
Libre est autre part ce qui est en toi lié.
Tais toi: tout parle! Parle: tout se tait!
Attends l'accueil inconcevable
Extrais de toi plus que toi.
Passe de l'absence au mystère de l'absence.
C'est prodige que tu puisses penser l'impensable.
Ne demande pas: D'où? Qui? Où? -Vis seulement la non réponse.
La chute te relèvera-t-elle?
Au bout du mur l'inaccessible dit ton nom.
Jean-Claude Renard Toutes les iles sont secrètes
jeudi 20 novembre 2008
Père et fils
Un père pour se confronter, pour trouver des limites se sentir aimé et en sécurité
ainsi savoir qu’un jour à son tour on pourra à son tour être fort: quelqu’un sur qui on peut s’appuyer et compter…
Si tu sais rester maître de toi quand la folie des autres
s’acharne contre toi et te couvre de fautes;
si tu peux croire en toi malgré tous les reproches
tout en sachant faire sa juste part au doute;
si tu sais garder espoir quand l’attente se fait trop longue,
que jamais médisance ne t’entraîne à mentir;
ni qu’être détesté ne te force à haïr,
si tu sais être bon si tu sais être sage
sans te savoir parfait;
si tu sais garder tes rêves
sans qu'ils ne deviennent des illusions qui puissent te leurrer
si tu sais penser sans n'être qu'un penseur;
si tu peux passer de triomphe en défaite
sans te laisser tromper par ces deux imposteurs;
si tu peux supporter que ta parole vraie
puissent être déformée par des traitres pour abuser des sots,
si tu vois tous tes efforts s’écrouler
et pourtant qu’avec le peu qu’il reste,
te remettre à construire;
si tu perds tout ce en quoi tu as misé
et sans te plaindre tout recommencer,
si tes forces t'abandonnent
mais que ta volonté persiste,
et te permet de tenir encore;
si tu sais rester droit en étant populaire,
si tu sais rester simple en côtoyant les grands;
si tu ne crains ni amis ni ennemis;
si plus qu’un seul être pour toi compte l’humain;
et si face à ce temps, à sa fuite implacable
tu sais à chaque instant ce dont tu es capable;
permettant que toujours tes taches s’accomplissent-
Avec tout ce qu’il offre, ce monde sera tien,
Et -bien plus encore-
Tu seras un hommes mon fils…

Un texte à ma façon -pas une traduction- qui s'inspire de ce très beau poème de Kipling.
Ci-dessous sa version originale; ainsi que dans la version traduite par André Maurois dans "le silence du Colonel Bramble"-souvent attribué d'ailleurs à tort à Eluard-.
If
IF you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or, being lied about, don't deal in lies,
Or, being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise;
If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two imposters just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools;
If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them : "Hold on";
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings - nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run -
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man my son!
Rudyard Kipling
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
Traduction d'André Maurois (1918)
En passant ça vaut aussi pour les filles, et pour tout un chacun aussi d'ailleurs !!
Vaste programme!
De quoi nourrir le quotidien de son besoin d'idéal!...
jeudi 13 novembre 2008
Plus loin que l'horizon

On part pour s'éloigner du lieu qui nous a vu naître et voir l'autre versant du matin. On part à la recherche de nos naissances improbables. Pour compléter nos alphabets. Pour charger l'adieu de promesses. Pour aller aussi loin que l'horizon, déchirant nos destins, éparpillant leurs pages avant de tomber, quelquefois, sur notre propre histoire dans d'autres livres.
On part vers des destinées inconnues. Pour dire à ceux que nous avons croisés que nous reviendrons vers eux et que nous referons connaissance. On part pour apprendre la langue des arbres qui, eux, ne partent guère. Pour lustrer le tintement des cloches dans les vallées saintes. À la recherche de dieux plus miséricordieux. Pour retirer aux étrangers le masque de l'exil. Pour confier aux passants que nous sommes, nous aussi, des passants, et que notre séjour est éphémère dans la mémoire et dans l'oubli. Loin des mères qui allument les cierges et réduisent la couche du temps à chaque fois qu'elles lèvent les vers le ciel.
On part pour ne pas voir vieillir nos parents et ne pas lire leurs jours sur leur visage. On part dans la distraction de vies gaspillées d'avance. On part pour annoncer à ceux que nous aimons que nous aimons toujours, que notre émerveillement est plus fort que la distance et que les exils sont aussi doux et frais que les patries. On part pour que, de retour chez nous un jour, nous nous rendions compte que nous sommes des exilés de nature, partout où nous sommes.
On part pour abolir la nuance entre air et air, eau et eau, ciel et enfer. Riant du temps, nous contemplons désormais l'immensité. Devant nous, comme des enfants dissipés, les vagues sautillent pendant que la mer file entre deux bateaux. L'un en partance, l'autre en papier dans la main d'un petit.
On part pour tromper la mort, la laissant nous poursuivre de lieu en lieu. Et on continuera de faire ainsi jusqu'à nous perdre, jusqu'à ne plus nous retrouver nous-mêmes là où nous allons, afin que jamais personne ne nous retrouve.
Issa Maklouf


dimanche 26 octobre 2008
Le veilleur de temps

Il a malgré tout laissé se faufiler une heure...
Tant mieux je suis spécialement preneuse de temps en ce moment:
plutôt absente de ce côté des choses mais plus présente ailleurs aussi (forcément!)!!
Du temps pour chaque chose et chaque chose a son heure...
Le veilleur de temps
endormi
dans un recoin de songe
a laissé la place vide.
L'ombre profonde
du passé
échappée
de la lourde toile
du temps
s'est envolée
dans une poussière
de lumière.
mercredi 22 octobre 2008
L'amour est un long voyage...


Aimer une personne
est un long voyage —
roches, chutes d'eau et l'ombre
soudain, dilatée
le couvert des forêts,
parfois des éclairs
sur le silence si vaste de la mer
et des routes surélevées, des cris
des rues soudain plongées
dans une lumière inconnue.
Aimer quelqu'un, des milliers, chacun
c'est comme tenir une carte dans le vent.
On n'y parvient pas mais mon cœur
on me l'a mis au centre de la poitrine
pour ce haut, merveilleux défaut.
Sur les hauts plateaux de chaque nuit
me voici avec les redites et les mains ouvertes de la poésie :
ne les fais pas souffrir, ils sont à toi, ne les fais pas partir.
Davide Rondoni Un bonheur dur

















