mardi 15 mai 2007
O mon bel enfant



O mon bel enfant
Libre et prisonnier
Prisonnier des contraintes des hommes
Et libre de les transcender...
N'ait jamais peur du vide
Car c'est le vide qui t'a enfanté
Accroche toi aux parois dures et lisses de la vie
Accroche tes ongles aux moindres interstices
A la moindre infractuosité du roc
Ouvre large les oreilles à l'appel du vent
A la musique du silence
Ouvre tes narines aux senteurs fortes et subtiles
Des parfums de la terre, de la sueur de la peau
De tout ce qui exhale, qui respire
Pour lorsque t'arrivera le pire
Tu puisses en tirer le meilleur
Ouvre tes bras à la détresse humaine
Car ta propre détresse peut en être le ferment
Ouvre ton coeur à la beauté secrète
Sourde, aveugle et muette
Parceque rare et celui qui le voit
Parce que rare est celui qui l'entend.
Garde ton âme
Comme une source ouverte
A la soif
De l'errant, du mendiant, du poète,
Du chercheur...
De l'enfant
Et ton regard innocent
Et ton esprit honnête
Garde le toute ta vie
Car la simplicité
Est la marque des grands.
Jacques Higelin


dimanche 22 avril 2007
Echappée furtive

Echappée furtive
Un chemin non tracé
Juste par le désir du vent
Une ombre levée
Eclairci par le ciel.
Un secret échappé
Mélant aux herbes folles
Des rêves envolés,
Aux fleurs sauvages
Des larmes de rosée.
Un passage caché
De brume ensoleillée
Voile doré où dansent
Les abeilles des rêves ephémères
Abandonnées à la lumière
Un recoin perdu
Foulant l'ombre légère
De rêves étonnés
Battements d'ailes furtifs
Bruissements secrets
Et silences soudains aux aguets
Venant des bas côtés.
Et de la cime des grands arbres
Murmures emportés,
révélés, dispersés
Et déposés
sur la lumière des jours.
mardi 3 avril 2007
Ecoute-moi, Capitaine de mon enfance
Il fut un temps où les ombres
A leur place véritable
N'obscurcissaient pas mes fables.
Mon coeur donnait sa lumière.
Mes yeux comprenaient la chaise de paille,
La table de bois,
Et mes mains ne rêvaient pas
Par la faute des dix doigts.
Ecoute-moi, Capitaine de mon enfance,
Faisons comme avant,
Montons à bord de ma première barque
Qui passait la mer quand j'avais dix ans.
Elle ne prend pas l'eau du songe
Et sent sûrement le goudron,
Ecoute, ce n'est plus que dans mes souvenirs
Que le bois est encore bois, et le fer, dur,
Depuis longtemps, Capitaine,
Tout m'est nuage et j'en meurs.
Jules Supervielle
vendredi 23 mars 2007
Pas à pas mot à mot
A la médiathèque...
La poèsie... un chant, un appel, un chemin à prendre...
dimanche 11 mars 2007
Tempête immobile
"Nuit
Tempête immobile
Tourbillons silencieux
Engloutissant les mots
Les parois s'effritent se dispersent
La pesanteur de la terre appelle
Gouffre béant aspirant en entier
Ce corps qui parle sourit
et ses gestes ralentis ceux de la vie
Mais cet absent-présent
Que l'on dit Homme
Est ailleurs dans l' innommable enfermé
Il avance les yeux fermés ....
La lumière l'éclaire le transperce
L'ombre le refuge ultime
D'un recoin perdu
L'appelle sans reserve pour
Une descente en apnée
vers l'obscurité insondable
Il passe le pont suspendu au-dessus du vide
des profondeurs
Les forces vives l'appellent sans relache
La surface illuminée des eaux troubles l'aveugle
Des mains se tendent
Disent-elles vrai?
Que veulent-elles?
Quels chemins montrent-elles?
Et où sont leurs regards?
Patience
Le jour repose à l'horizon..."
mercredi 14 février 2007
Galop de mémoire et du vent
Battuta le dernier spectacle toujours aussi merveilleux de Zingaro...

Battuta Zingaro photo Antoine Poupel
D'autres précédents spectacles tout aussi magnifiques...
Des poèmes écrits par André Velter dont celui-ci:
Eclipse
Là-bas des soleils contraires
Eveillant les ténébres et les jours
Ce qu’ils éclairent ne se voit pas
Des chevaux de neige et de nuit
Passent par la lune noire
L’espace est au givre
Il reste une paleur d’eclipse
Dans le voile de la terre.
Zingaro
est le nom de ce qui vient de loin. Du coeur des déserts indiens autant que de
Sicile. Des sentiers du Caucase autant que du fond des steppes.
Zingaro est le signe qui change l'exode en errance. L'exil en galop de mémoire
et de vent. La horde nomade en fraternité équestre. Zingaro est l'aventure des
aventures.
La vie vouée à d'autres défis. D'autres conquêtes. D'autres fêtes. Quand rien
n'est jamais acquis c'est la chance. Comme créer toujours sur le départ.
Prendre appui sur le vide. Réinventer l'élan qui lie fureur et lumière. Force
et caresse. Muscle et ferveur.
Bartabas est de ceux qui ne veulent tenter que l'impossible. Conjuguer vitesse
et retenue. Débord et ralenti. Ténèbre. Soleil. Poussière. Absolu. Son parcours
s'apparente à une ascèse farouche. Une effraction risquée comme une
renaissance. Un pari fabuleux dédié à la beauté.
Il a fait du cabaret le rendez-vous des camps-volants. Il a rêvé l'opéra en jeu
d'échos. Fièvre d'espace. Il a ressuscité la chimère du chevalier qui va de
mirage en mirage. Il a anticipé le message de l'éclipse.
extrait de:
Le Sacre
des Chevaux, préface au livret Triptyk, 2000. André Velter
lundi 29 janvier 2007
Quand nous tiendrons notre tête entre les mains
Dans un geste pierreux, gauchement immortel,
Non pas comme des saints - comme de pauvres hommes -
Quand notre amour sera divisé par nos ombres,
Si jamais vous songez à moi j'en serai sûr
Dans ma tête où ne soufflera qu'un vent obscur;
Surtout ne croyez pas à de l'indifférence
Si je ne vous réponds qu'au moyen du silence.
Jules Supervielle
lundi 15 janvier 2007
Les Cavaliers
photo de Philippe Malpertu
Tout ce qui fait les bois, les rivières ou l'air
A place entre ces murs qui croient fermer ma chambre.
Accourez, cavaliers qui traversez les mers,
Je n'ai qu'un toit de ciel, vous aurez de la place.
Vous entrerez ici sans la moindre mouillure.
Avez-vous traversé les siècles ou les mers?
Et nous nous parlerons dans une langue sûre
Qui n'est ni le français ni langue d'outremer.
Venez-vous de si loin ou bien de mon désir?
C'est ce que nous saurons lorsque vous entrerez,
Si vous venez de loin vous me regarderez,
Sinon, je ne verrai que de hautes paupières.
Jules Supervielle
vendredi 5 janvier 2007
Je suis totalement le rêve des choses...
Le chant de jubilation de Tsoai-Talee
Je suis une plume dans le ciel lumineux
Je suis le cheval bleu qui galope dans la plaine
Je suis le poisson qui virevolte et miroite dans l'eau
Je suis l'ombre qui suit l'enfant
Je suis la luminosité de l'après-midi, l'éclat des prairies
Je suis l'aigle qui joue avec le vent
Je suis un bouquet de perles étincelantes
Je suis la plus lointaine étoile
Je suis le grondement de la pluie
Je suis le scintillement sur la neige croûtée
Je suis la large traînée de la lune sur le lac
Je suis une flamme de quatre couleurs
Je suis un cerf qui s'éloigne au crépuscule
Je suis un champ de sumac et la pomme blanche
Je suis un vol d'oies dans le ciel d'hiver
Je suis la faim d'un jeune loup
Je suis totalement le rêve de ces choses.
Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant
Je suis en bons termes avec la terre
Je suis en bons termes avec les dieux
Je suis en bons termes avec tout ce qui est beau
Je suis en bons termes avec la fille de Tsen-Tainte
Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant .
N.Scott Momaday ( Indien algonquien)
dimanche 3 décembre 2006
Nous ne sommes pas vrais, tant que nous nous gardons.
Et seul l'éclair qui nous embrase tout entier
Révèle au sang l'esprit, et à l'esprit le sang
Stephan Zweig











