D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

samedi 5 septembre 2009

inventer une route , ici, au milieu du silence, une route jusqu'à la mer.

J ai relu pendant les vacances Océan mer de Baricco et je me suis laissé porter par son flux calme et profond, un livre que je lis et relis toujours avec le même bonheur...

... et à force de l'emprunter à la médiathèque, j'ai aussi fini  par me l'acheter d'ailleurs....

Voilà, en dérive de pages je suis arrivée à ce passage , ce passage parmi d'autres, beaucoup d'autres, très beaux, très forts, calmes, puissants,  voilà ce passage que je laisse  par ces pages arriver  silencieusement jusqu'à vous...

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Aujourd'hui encore, sur les terres de Carewell, tous racontent ce voyage. Chacun à sa manière. tous, sans l'avoir jamais vu. Peu importe. Ils ne cesseront jamais de la raconter. pour que personne ne puisse oublier combien se serait beau si pour chaque mer qui nous attend, il y avait un fleuve, pour nous. Et quelqu'un - un père, un amour, quelqu'un- capable de nous prendre par la main et de trouver ce fleuve - l'imaginer, l'inventer- et nous poser dans son courant, avec la légèreté de ce seul mot, adieu. ce serait merveilleux, vraiment. Elle serait douce la vie, n'importe quelle vie; et les choses ne feraient pas mal mais s'approcheraient, portées par e courant, on pourrait d'abord les frôler puis les toucher et seulement à la fin se laisser toucher par elles. Se laisser blesser, même. En mourir. Peu importe. Mais tout serait, finalement humain. Il suffirait de l'imagination de quelqu'un- un père, un amour, quelqu'un. lui, il saurait en inventer une, de route, ici au milieu de ce silence, sur cette terre qui ne veut pas parler. route clémente, et belle. une route d'ici jusqu'à la mer.

Océan mer  de Allessandro Baricco

mercredi 24 juin 2009

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie...

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La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le  pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Proust  Le Temps Retrouvé

   

...Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier...

 

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mardi 23 juin 2009

la liseuse

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"Dans certains cas, les histoires peuvent nous venir en aide. Elles peuvent parfois nous guérir, nous illuminer et nous montrer le chemin.Et surtout elles peuvent nous rappeler notre condition, percer l'apparence superficielle des choses et susciter en nous l'intuition des courants et des profondeurs sous-jacents."

Albert Manguel  La cité des mots


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lundi 11 mai 2009

L'appel muet des nuages

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...Les mots sont comme les nuages, vérité toujours en mouvance...


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"Tous les jours Carmichaël arpente la lande, le chevalet sur l'épaule. Souvent il choisit le contrebas d'une colline, avec une ouverture sur l'horizon. Surtout, bien sûr, une vaste étendue de ciel qui parfois semble dévorer la toile toute entière. Il quitte la petite maison blanche, à deux étages, tôt le matin, ou peu avant le couchant. Il emporte la boîte; le couvercle fait office de chevalet; la palette est réduite au minimum: de la poudre bleu de Prusse, du blanc et du noir de charbon, du carmin et du vermillon pour réveiller les couleurs. Et d'abord, il ne peint pas. Il ne suffit pas de regarder cet objet, c'est un milieu, et un milieu sauvage. Il se dérobe si on l'attaque tout de suite, si l'on cherche à le prendre de vitesse; mais si on attend trop longtemps, le résultat est froid infidèle. Il faut se tenir debout à l'endroit choisi, face au motif, et attendre.
Pendant des heures Carmichäel attend. Il n'attend évidemment pas bêtement, l'inspiration; il n'attend pas davantage une belle disposition des nuages, car toutes les dispositions de nuages, à qui sait les contempler, sont également intéressantes. Il attend simplement que la peinture se lève en lui comme une turbulence, qu'elle forme imperceptiblement, justement comme font les nuages, il attend qu'elle s'agrège à travers tout son corps, pour qu'enfin la beauté du ciel imprègne le papier. Carmichaël attend comme si lui-même était un nuage. Alors seulement il peint.
Et c'est tout une affaire, même du point de vue pratique, de peindre les nuages. Il; faut faire vite, parce que tout sèche au soleil , au plein vent des hauteurs de Hampstead. Carmichaël a amené deux chevalets. D'abord sur le premier il épingle une de ses feuille et peint le fond. C'est une tache dérisoire, que certain réserve à leur apprenti, mais Carmichaël n'a aucun disciple, et il aime le dérisoire: avec son plus pinceau il étale une fine couche de blanc de plomb mêlée de bleu de Prusse, qui sera le support de son ciel. Alors il attend que ce fond sèche, en s'imprégnant du paysage, du ciel toujours changeant, mais sans trop forcer son attention. Il choisit méticuleusement son emplacement, dans l'axe des vents dominants; il laisse venir à lui les nuages. pendant que le premier sèche, il prépare un second fond selon le même principe, mais sous un angle légèrement différent. Quand enfin les fonds sont prêts, il attaque les nuages: patiemment et rapidement il applique, couche  après couche, des gris semi-opaques, des bleus et des roses; peu à peu sous sa main naît le relief des ciels. L'étude est presque achevé. C'est là un moment périlleux, qui exalte et le mine tout ensemble: sait-on jamais quand un ciel est fini?"

La théorie des nuages   de Stéphane Audeguy

mardi 17 mars 2009

Le silence des mots

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... Inépuisable...

Je ne croyais pas si bien dire deux lettre, deux petites lettres se sont envolés,  le"i" le"n" oubliés en chemin..
et qui changent tout...

...et  une épreuve de  6 heures annulée, et à repasser pour certains...

"Il y a dans les vrais livres avec l'évidence même de la vérité dont ils témoignent une épuisable [ .. Inépuisable...] réserve de mystère, de silence, d'enigme."

Philippe Forest  Haïkus

je laisse les lettres s'envoler pour me glisser entre deux pages d'un livre, entre deux lignes, voir juste entre  deux mots,  dans cet infime espace où peuvent s'envoler les oiseaux éphémères du silence...

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vendredi 7 novembre 2008

La chambre aux secrets

mercredi 6 septembre 2006

Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

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Histoire tendue d'une malédiction qui vous embarque pour un voyage sans repos, de 1875 à nos jours au sud de l'Italie, dans un village des Pouilles. Dans la fournaise d'août, Luciano Mascalzone, ses quinze ans de prison accomplis, revient à Montepuccio prendre de force son dû, une femme. La lapidation et la mort viennent sceller l'anathème lancé sur la lignée qui naît de ce viol, parce que le destin avait envie de jouer avec les hommes, comme les chats le font parfois, du bout de la patte, avec les oiseaux blessés. Fils de vaurien, Rocco Scorta Mascalzone devient un véritable brigand, un fléau, un fou. Il meurt en ne laissant rien de sa richesse mal acquise à ses enfants, mais tout de sa haine et de sa misère originelles. Pauvre à en crever est la deuxième génération des Scorta. Des vrais Scorta. Tellement maudits que même leur tentative d'émigration à New York est un échec. Ils sont impitoyablement refoulés vers leur village et leur misère. Plus forte que la volonté de s'en sortir, la main sèche de la malchance qui condamne depuis toujours des générations entières à n'être que des culs-terreux qui vivent et crèvent sous le soleil, dans ce pays où les oliviers sont plus choyés que les hommes.

Pourtant l'acharnement au travail libère le clan de ses dettes, et cette liberté le conduit à une sorte d'apogée. Fête des estomacs remplis, vin rouge et rugueux, chaleur au zénith, les taciturnes Scorta s'offrent un banquet, ode à la vie, qu'ils n'oublieront jamais. Pour ces mangeurs de soleil, longtemps l'odeur chaude et puissante du laurier... restera... l'odeur du bonheur. Elle est dans les gènes des Scorta, transmise à ses descendants, marque persistante d'un destin qui les rive à leur terre misérable et au soleil des Pouilles. Les Scorta sont faits pour la sueur. Incapables de ne pas brûler ce qu'ils aiment, obligés de toujours repartir de rien. S'il n'est pas matériel, leur héritage est une chaîne d'émotions, de sentiments, de peurs, d'incapacité et de folie, le désir éternel de manger le ciel et de boire les étoiles. Leur place est là, au soleil de Montepuccio, comme les oliviers, à tout jamais.

Plus qu'un voyage dont on revient avec des paysages magnifiques plein les yeux, Le Soleil des Scorta est une rencontre avec une humanité faite de combats et de contradictions où chacun peut se retrouver. De cette lutte acharnée de l'homme à vaincre ses démons et à offrir un bout de réalité à ses rêves, Laurent Gaudé a su, de sa palette simple et attachante, se faire le témoin généreux. Comme un homme qui croit en l'homme et en l'allègement possible du destin.

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