lundi 19 octobre 2009
La pluie avant qu'elle tombe


"Regarde ces nuages. Il va y avoir de la pluie et de l'orage, s'ils
viennent par ici". Théa a entendu sa remarque, elle était attentive au
moindre changement d'humeur – j'étais chaque fois surprise de constater
à quel point c'était une enfant sensible, en phase avec les émotions
des adultes.
Du coup, elle a demandé ; "C'est pour ça que tu as l'air triste ? – Triste, moi ? a répondu Rébécca en se tournant vers elle. Non ça ne me dérange pas, la pluie d'été. En fait j'aime bien ça, c'est ma pluie préférée. – Ta pluie préférée ???"
Je revois Théa fronçant les sourcils en méditant ces paroles, et puis elle a proclamé : "Et bien moi, j'aime bien la pluie avant qu'elle tombe." Rébecca s'est contenté de sourire, mais moi j'ai répliqué (de façon assez pédante, je suppose) : "Tu sais avant qu'elle tombe, ce n'est pas vraiment de la pluie. - Qu'est-ce que c'est alors ?" Et j'ai expliqué: c'est de l'humidité, rien de plus. De l'humidité des nuages.
Théa a baissé les yeux et s'est de nouveau mise à trier les galets
de la plage: elle en a ramassé deux et s'est mise à les frapper l'un
contre l'autre. Elle éprouvait du plaisir à ce bruit et à ce contact.
J'ai
continué, –tu comprends, ça n'existe pas, la pluie, avant qu'elle tombe
faut qu'elle tombe, sinon ce n'est pas de la pluie.
C'est un peu ridicule de vouloir expliquer ça à une enfant, je regrettais de m'être lancée là-dedans. Mais Théa ne semblait avoir aucun mal à saisir ce concept bien au contraire et bout de quelques instants, elle m'a regardée avec pitié en secouant la tête, comme si c'était éprouvant pour elle discuter de ces matières avec quelqu'un d'aussi limité.
"Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux, pas vrai ?" Et puis elle a couru dans l'eau avec un sourire jusqu'aux oreilles, fière que sa logique lui ait valu une si insolente victoire.
L'orage n'est pas arrivé jusqu'à nous. On l'a regardé monter sur les montagnes à l'horizon, puis se diriger versl'ouest mais les rives du lac y ont échappé.
Jonathan Coe La pluie avant qu'elle tombe
samedi 23 mai 2009
Ce lien ténu, libre et infini
dures sont les frontières
silencieux le regard
qui les franchit
lien ténu
libre et infini
lundi 11 mai 2009
L'appel muet des nuages

...Les mots sont comme les nuages, vérité toujours en mouvance...
~~~~
"Tous les jours Carmichaël arpente la lande, le chevalet sur l'épaule. Souvent il choisit le contrebas d'une colline, avec une ouverture sur l'horizon. Surtout, bien sûr, une vaste étendue de ciel qui parfois semble dévorer la toile toute entière. Il quitte la petite maison blanche, à deux étages, tôt le matin, ou peu avant le couchant. Il emporte la boîte; le couvercle fait office de chevalet; la palette est réduite au minimum: de la poudre bleu de Prusse, du blanc et du noir de charbon, du carmin et du vermillon pour réveiller les couleurs. Et d'abord, il ne peint pas. Il ne suffit pas de regarder cet objet, c'est un milieu, et un milieu sauvage. Il se dérobe si on l'attaque tout de suite, si l'on cherche à le prendre de vitesse; mais si on attend trop longtemps, le résultat est froid infidèle. Il faut se tenir debout à l'endroit choisi, face au motif, et attendre.
Pendant des heures Carmichäel attend. Il n'attend évidemment pas bêtement, l'inspiration; il n'attend pas davantage une belle disposition des nuages, car toutes les dispositions de nuages, à qui sait les contempler, sont également intéressantes. Il attend simplement que la peinture se lève en lui comme une turbulence, qu'elle forme imperceptiblement, justement comme font les nuages, il attend qu'elle s'agrège à travers tout son corps, pour qu'enfin la beauté du ciel imprègne le papier. Carmichaël attend comme si lui-même était un nuage. Alors seulement il peint.
Et c'est tout une affaire, même du point de vue pratique, de peindre les nuages. Il; faut faire vite, parce que tout sèche au soleil , au plein vent des hauteurs de Hampstead. Carmichaël a amené deux chevalets. D'abord sur le premier il épingle une de ses feuille et peint le fond. C'est une tache dérisoire, que certain réserve à leur apprenti, mais Carmichaël n'a aucun disciple, et il aime le dérisoire: avec son plus pinceau il étale une fine couche de blanc de plomb mêlée de bleu de Prusse, qui sera le support de son ciel. Alors il attend que ce fond sèche, en s'imprégnant du paysage, du ciel toujours changeant, mais sans trop forcer son attention. Il choisit méticuleusement son emplacement, dans l'axe des vents dominants; il laisse venir à lui les nuages. pendant que le premier sèche, il prépare un second fond selon le même principe, mais sous un angle légèrement différent. Quand enfin les fonds sont prêts, il attaque les nuages: patiemment et rapidement il applique, couche après couche, des gris semi-opaques, des bleus et des roses; peu à peu sous sa main naît le relief des ciels. L'étude est presque achevé. C'est là un moment périlleux, qui exalte et le mine tout ensemble: sait-on jamais quand un ciel est fini?"
La théorie des nuages de Stéphane Audeguy
mardi 7 avril 2009
Le passeur d'horizon



Elle contemple la
pénombre se dissoudre sous la très lente montée de la lumière qui affleure par
nappes sourdes.
Le ciel alors se satine et ses chatoiements se font laiteux,
vieil ivoire et argent, puis virent au gris cendré et enfin se violacent. Chaque
saison a sa carnation, chaque heure un grain particulier dans ce dialogue sans
fin échangé entre la mer et les nuées, dans ce conciliabule subtilement tramé
par le soleil, le vent, les pluies. Et même lorsque décroît le chant de la
lumière, qu’il s’assombrit jusqu’à parfois frôler le naufrage dans une
grisaille étale, toujours perdure un soupçon de brillance, comme si, par une
mystérieuse inversion, un glacis lumineux avait été étalé en fond de l’immensité
du ciel et que toute couleur apparaissent ensuite, fût-ce du gris de plomb, du
noir, demeurait malgré tout luminescente.
Ressourcée dans un lieu magnifique me voilà de
retour pour un moment qui sera malgré tout assez court car d''autres horizons m'appellent
Et tant mieux car je pensais avoir là-bas réussi à me délester du poids de
soucis ordinaires qui pèsent en ce moment plus qu'il ne faudrait...
Il y a de ces moments où l'on surnage, plus qu'on ne nage dans le cours des
jours, la tête maintenue hors de l'eau, l'énergie du fond bien là
en sourdine faisant avancer toujours un peu plus loin, cherchant aussi à
s'économiser. mais l' état de flottaison impossible à trouver malgré tout...
Rien de grave rassurez-vous!
Un essoufflement...
Des soucis qui se règlent, on pense apercevoir un coin de ciel bleu, des rayons
de soleil réels mais finalement très brefs...Et resurgissent ailleurs
d'autres nuages orageux,auxquels on ne attendait pas...
Question temps, c'était aussi le cas la semaine dernière. Le reste rien à
redire bien au contraire!
J'étais dans un endroit magnifique: la presqu'ile de Giens. Un ressourcement
total malgré ce temps exécrable alors qu' il faisait beau partout ailleurs!
Aucun regret malgré tout.
C 'est bien le cas avant et depuis mon retour en ce qui concerne des contrarietés. J'ai beau puiser dans cette belle énergie amassée mais déjà je m'épuise...
Ne m'en voulait pas trop de mon absence-présence.
Je ferai mieux, dès que possible...
dimanche 1 octobre 2006
Rêve en forme de nuage
lundi 25 septembre 2006
Porteur de nuage
LE PORTEUR DE NUAGE de Charley Case
Oracle du rien
poèsie et l'humour de cette photo trouvée sur www.aeroplastics.net/Charley_Case/NOW_WON/porteur_de_nuage.html








