D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

lundi 9 novembre 2009

Reflet d'une ville

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J'étais là sous le ciel sombre d'un été moribond et il me semblait rejoindre d'anciennes peurs, d'anciens désarrois, le choc d'anciennes batailles et le chantonnement très doux d'anciens bonheurs possibles dont ce même ciel était le seul témoin aveugle. Je me suis baissé pour ramasser une pierre contre laquelle j'avais buté et j'ai gardé cette pierre entre mes mains comme un petit crâne.
Il m'a semblé que quelque chose passait. Le contraire d'un événement. Quelque chose qui s'offrait à moi avec évidence. Un signe sans date. Un clin d'œil du monde. Un trait invisible qui traverse le Temps qui, du coup, n'est plus « le Temps », mais l'espace ouvert où des êtres humains respirent et se taisent. Les vivants et les morts. Les gens. Les pauvres gens. Tout le monde. Et ce trait me traversait moi aussi, sans douleur. Il me dispensait de penser, de m'inquiéter. Tout ne tenait qu'à un fil. La perte à ma place, désormais.
Alors, ma pierre terreuse au bout des doigts, j'ai levé la tête. Exactement au-dessus de moi, un astre brillait avec une intensité surprenante. Diamant sans écrin. Pépite sans coffret. Première et dernière étoile dans le désastre obscur. L'étoile du réconfort.

La diagonale du vide  de Pierer Péju

Découvrez la playlist ed laurie avec Ed Laurie

samedi 7 novembre 2009

La diagonale du vide

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Dans le gîte d'Ardèche, elle avait pris le temps de m'expliquer ce que les géographes appellent, en France la Diagonale du vide, et je finissais par me demander s'il n'existait pas, dans ma vie comme dans celle de chaque individu, une diagonale analogue, large bande de solitude et d'abandon où les sensations sont atténuées, les événements absents. Comme si les temps forts, les aventures, les grandes et les petites passions avaient toujours lieu ailleurs, au loin, dans quelque Afghanistan mental, dans le roman de la vie des autres, dans un passé aboli ou dans un futur menaçant.

 

La diagonale du vide  de  Pierre Péju

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lundi 19 octobre 2009

La pluie avant qu'elle tombe

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"Regarde ces nuages. Il va y avoir de la pluie et de l'orage, s'ils viennent par ici". Théa a entendu sa remarque, elle était attentive au moindre changement d'humeur – j'étais chaque fois surprise de constater à quel point c'était une enfant sensible, en phase avec les émotions des adultes.

Du coup, elle a demandé ; "C'est pour ça que tu as l'air triste ? – Triste, moi ? a répondu Rébécca en se tournant vers elle. Non ça ne me dérange pas, la pluie d'été. En fait j'aime bien ça, c'est ma pluie préférée. – Ta pluie préférée ???"

Je revois Théa fronçant les sourcils en méditant ces paroles, et puis elle a proclamé : "Et bien moi, j'aime bien la pluie avant qu'elle tombe." Rébecca s'est contenté de sourire, mais moi j'ai répliqué (de façon assez pédante, je suppose) : "Tu sais avant qu'elle tombe, ce n'est pas vraiment de la pluie. - Qu'est-ce que c'est alors ?" Et j'ai expliqué: c'est de l'humidité, rien de plus. De l'humidité des nuages.

Théa a baissé les yeux et s'est de nouveau mise à trier les galets de la plage: elle en a ramassé deux et s'est mise à les frapper l'un contre l'autre. Elle éprouvait du plaisir à ce bruit et à ce contact.
J'ai continué, –tu comprends, ça n'existe pas, la pluie, avant qu'elle tombe faut qu'elle tombe, sinon ce n'est pas de la pluie.

C'est  un peu ridicule de vouloir expliquer ça à une enfant, je regrettais de m'être lancée là-dedans. Mais Théa ne semblait avoir aucun mal à saisir ce concept bien au contraire et bout de quelques instants, elle m'a regardée avec pitié en secouant la tête, comme si c'était éprouvant pour elle discuter de ces matières avec quelqu'un d'aussi limité.

"Bien sûr que ça n'existe pas, elle a dit. C'est bien pour ça que c'est ma préférée. Une chose n'a pas besoin d'exister pour rendre les gens heureux, pas vrai ?" Et puis elle a couru dans l'eau avec un sourire jusqu'aux oreilles, fière que sa logique lui ait valu une si insolente victoire.

L'orage n'est pas arrivé jusqu'à nous. On l'a regardé monter sur les montagnes à l'horizon, puis se diriger versl'ouest mais les rives du lac y ont échappé.

Jonathan Coe  La pluie avant qu'elle tombe


samedi 5 septembre 2009

inventer une route , ici, au milieu du silence, une route jusqu'à la mer.

J ai relu pendant les vacances Océan mer de Baricco et je me suis laissé porter par son flux calme et profond, un livre que je lis et relis toujours avec le même bonheur...

... et à force de l'emprunter à la médiathèque, j'ai aussi fini  par me l'acheter d'ailleurs....

Voilà, en dérive de pages je suis arrivée à ce passage , ce passage parmi d'autres, beaucoup d'autres, très beaux, très forts, calmes, puissants,  voilà ce passage que je laisse  par ces pages arriver  silencieusement jusqu'à vous...

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Aujourd'hui encore, sur les terres de Carewell, tous racontent ce voyage. Chacun à sa manière. tous, sans l'avoir jamais vu. Peu importe. Ils ne cesseront jamais de la raconter. pour que personne ne puisse oublier combien se serait beau si pour chaque mer qui nous attend, il y avait un fleuve, pour nous. Et quelqu'un - un père, un amour, quelqu'un- capable de nous prendre par la main et de trouver ce fleuve - l'imaginer, l'inventer- et nous poser dans son courant, avec la légèreté de ce seul mot, adieu. ce serait merveilleux, vraiment. Elle serait douce la vie, n'importe quelle vie; et les choses ne feraient pas mal mais s'approcheraient, portées par e courant, on pourrait d'abord les frôler puis les toucher et seulement à la fin se laisser toucher par elles. Se laisser blesser, même. En mourir. Peu importe. Mais tout serait, finalement humain. Il suffirait de l'imagination de quelqu'un- un père, un amour, quelqu'un. lui, il saurait en inventer une, de route, ici au milieu de ce silence, sur cette terre qui ne veut pas parler. route clémente, et belle. une route d'ici jusqu'à la mer.

Océan mer  de Allessandro Baricco

jeudi 27 août 2009

La vie secréte des objets

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"Chaque fois que nous arrivons à la fin d'un film, nous en parlons un moment .J'ai en général envie de discuter de l'histoire et del ia qualité de l'interprétation, mais elle a tendance à concentrer ses observations sur les aspects techniques du film: les prises de vues, le montage, l'éclairage, le son, et tout ça.
Ce soir pourtant, après trois films étrangers consécutifs - La Grande Illusion, Le Voleur de bicyclette et le Monde d'Apu  - Katya a ébauché quelques commentaires intelligents et perspicaces, une théorie de l'art cinématographique qui m'a impressionné par son originalité et sa pertinence.

Les objets inanimés, a-t-elle observé.

Que veux-tu dire ?.

Les objets inanimés comme moyen d'exprimer des émotions humaines. C'est ça, le langage du cinéma. Seuls les bons réalisateurs comprennent comment y arriver, mais Renoir, De Sica et Ray sont trois des meilleurs, n'est-ce pas ?

Sans aucun doute.

Pense aux premières scènes du Voleur de bicyclette. Le héros trouve du boulot, mais il ne pourra l'accepter que s'il retire sa bicyclette du clou. Il rentre chez lui complètement déprimé. Et sa femme est là, devant leur immeuble, chargée de deux grands seaux d'eau. Toute leur pauvreté, toutes les difficultés de cette femme et de sa famille sont contenues dans ces seaux. Le mari est tellement plongé dans ses propres soucis qu'il ne pense pas à l'aider avant qu'ils soient presque à la porte. Et même alors il ne prends qu'un des seaux et la laisse porter l'autre. Tout ce qu'on a besoin de savoir de leur couple est montré ces quelques secondes. Ils montent alors dans ~ appartement et la femme a l'idée de donner leurs draps de lit en gage pour pouvoir récupérer la bicyclette. Rappelle-toi la violence du coup de pied quelle envoie au seau dans la cuisine, la violence avec laquelle elle ouvre le tiroir de la commode.  Objets inanimés, émotions humaines. Ensuite on est dans que du prêteur sur gages, pas vraiment une boutique, en réalité, mais un endroit immense, une espèce d'entrepôt pour les trucs dont personne ne veut. La femme négocie les draps et après ça on voit un des employés porter leur petit ballot sur les étagères où sont rangés les articles mis en gage. D'abord, les étagères n'ont pas l'air très hautes mais ensuite la caméra recule et, quand l'homme commence à grimper, on voit qu'elles montent et montent jusqu'au plafond et que toutes les étagères, tous les casiers sont bourrés de ballots identiques à celui que l'homme est en train de ranger, et tout à coup on dirait que toutes les familles de Rome ont vendu leurs draps de lit, que la ville entière est dans la même misérable situation que le héros et sa femme. En un seul plan, grand-père. Un plan qui nous donne une image de toute une société vivant au bord de la catastrophe.

Pas mal, Katya. Les roues tournent...

Ça vient de me frapper, ce soir. Mais je crois que je tiens quelque chose, là, parce que j'en ai vu des exemples dans les trois films. Tu te rappelles la vaisselle dans La Grande Illusion ?

La vaisselle ?

Presque à la fin. Gabin dit à l'Allemande qu'il l'aime, qu'il viendra les retrouver, elle et sa fille, quand la guerre sera finie, mais les soldats approchent maintenant et il faut que Dalio et lui essaient de passer la frontière suisse avant qu'il ne soit trop tard. Ils prennent un dernier repas ensemble, tous les quatre, et puis le moment arrive de se dire au revoir. Tout ça est très émouvant, évidemment. Gabin et la femme debout sur le seuil, la possibilité qu'ils ne se revoient jamais, les larmes de la femme tandis que les hommes disparaissent dans la nuit. Renoir montre alors Gabin et Dalio en train de courir à travers bois, et je parierais gros que n'importe quel autre réalisateur serait resté avec eux jusqu'à la fin du film. Mais pas Renoir. Il a le génie - et quand je dis génie, je veux dire l'intelligence, le coeur, la compassion - de revenir à la femme et a sa petite fille, à cette jeune femme qui a déjà perdu son mari à cause de cette guerre insensée, et qu'est-ce qu'elle oit faire? Elle doit rentrer dans la maison et se Couver face à la table et à la vaisselle sale du repas qu'ils viennent de partager. Les hommes sont parti et parce qu'ils sont partis, cette vaisselle est métamorphosée en signe de leur absence, de la souffrance solitaire des femmes quand les hommes sont à 1 guerre et, un objet à la fois, sans un mot, elle ramassé les assiettes et débarrasse la table. Combien de temps Are la scène ? Dix secondes ? Quinze secondes Rien du tout, mais on en a le souffle coupé, non On reste complètement sonné.
Il en resta un. Le film indien je crois que c'est celui que j'ai préférée.

Mais où est l'objet inanimé dans Apu.

Réfléchis.

Je n'ai pas envie de réfléchir. C'est ta théorie, alors à toi de parler.

Les rideaux et l'épingle à cheveux. Une transition d'une vie à une autre, l'instant crucial du film. Apu est allé à la campagne pour assister au mariage de la cousine de son ami. Un mariage arrangé selon la tradition et, quand le fianœ arrive, on s'aperçoit que c'est un idiot, un parfait imbécile. Le mariage est annule et les parents de la cousine de l'ami sont pris de panique, ils craignent que leur fille soit maudite à jamais si elle ne se marie pas le jour même. Apu dort quelque part sous les arbres, sans un souci au monde, heureux de se trouver pour quelques jours loin de la ville. Les parents de la jeune fille viennent le trouver. Ils lui expliquent qu'il est le seul célibataire disponible, qu'il est seul à pouvoir résoudre pour eux ce problème. Apu est atterré. Il pense que ces gens sont des cinglés, une bande de péquenots superstitieux, et il refuse de marcher. Et puis il y réfléchit un moment et décide d'accepter. Comme une bonne action, un geste altruiste, mais sans la moindre intention d'emmener la fille avec lui à Calcutta. Après la cérémonie du mariage, quand on les laisse enfin seuls pour la première fois, Apu découvre que cette douce jeune femme est beaucoup plus forte qu'il ne le croyait. Je suis pauvre, dit-il, je veux devenir écrivain, je n'ai rien à t'offrir. Je sais, répond-elle, mais, peu importe, elle est décidée à partir avec lui. Exaspéré, interloqué mais ému, aussi, par sa détermination, Apu cède à contrecoeur. Sans transition, on se retrouve en ville. Un fiacre s'arrête devant l'immeuble décrépit où habite Apu et celui-ci en descend avec sa jeune épouse. Tous les voisins viennent, bouche bée, contempler la jolie fille qu'Apu entraîne à l'étage, dans son petit logement sordide. Peu après, quelqu'un l'appelle et il sort. La caméra ne quitte pas la jeune femme, seule dans cette chambre inconnue, dans cette ville inconnue, mariée à un homme qu'elle connait à peine. Au bout d'un moment, elle va à la fenêtre, devant laquelle pend, en guise de rideau, un morceau de toile de sac. Il y a un trou dans la toile et, par ce trou, elle regarde la cour où un bébé velu d'un lange marche de son pas mal assuré dans la poussière et les débris divers. L'angle de la caméra s'inverse et on aperçoit à travers le trou l'œil de la jeune femme. Cet œil est plein de larmes, et qui pourrait reprocher à cette fille de se sentir dépassée, effrayée, perdue ? Apu rentre dans la chambre et lui demande ce qui ne va pas. Rien, répond-elle en secouant la tête, rien du tout. On a alors un fondu au noir, et la grande question, c'est: que va-t-il se passer maintenant ? Qu'est-ce qui attend ce couple improbable, marié par pur hasard ? En quelques traits habiles et décisifs, tout nous est révélé en moins d'une minute. Objet numéro un: la fenêtre. Retour de l'image, c'est le petit matin et la première chose qu'on voit, c'est la fenêtre par laquelle la jeune femme regardait dans la scène précédente. Mais la toile de sac élimée a disparu, remplacée par une paire de rideaux propres en tissu à carreaux. La caméra recule un peu, et voici l'objet numéro deux: des fleurs en pot sur l'appui de la fenêtre. Ce sont des détails encourageants, mais on ne peut pas encore être certain de ce qu'ils signifient. Un ménage bien tenu, accueillant, la main d'une femme, mais telles sont les obligations d'une épouse et le simple fait qu'elle ait accompli ses devoirs ne prouve pas qu'elle aime son époux. La caméra continue à reculer et on les voit tous les deux, endormis dans le lit. Le réveil sonne et la jeune femme se lève tandis qu'Apu s'enfouit la tête sous l'oreiller en gémissant. Objet numero trois: le sari. Après s'être levée et avoir fait quelques pas, la jeune femme est soudain immobilisée - parce que ses vêtements sont attachés à ceux d'Apu. Très étrange. Qui peut avoir fait ça - et pourquoi ? Elle a une expression à la fois irritée et amusée, et on comprend aussitôt que le responsable est Apu. Revenant vers lui, elle lui donne gentiment une claque sur le derrière et puis défait le nœud. Qu'est-ce que cet instant me raconte ? Qu'ils font l'amour avec plaisir, qu'il règne entre eux une certaine espièglerie, qu'ils sont vraiment mariés. Ils ont l'air satisfaits, mais quelle est la force de leurs sentiments l'un pour l'autre ? C'est alors qu'apparaît l'objet numéro quatre: l'épingle à cheveux. L'épouse sort du champ pour préparer le déjeuner, et la caméra se rapproche d'Apu. Celui-ci réussit enfin à ouvrir les yeux, il bâille, s'étire et roule sur lui-même dans le lit, et il aperçoit quelque chose dans l'interstice entre les deux oreillers. Il tend la main et ramène l'une des épingles à cheveux de sa femme. C'est l'instant capital. Il tient l'épingle devant lui pour l'examiner, et quand on regarde ses yeux, la tendresse et l'adoration qu'expriment ces yeux, on sait sans l'ombre d'un doute qu'il est amoureux fou, que cette femme est la femme de sa vie. Et Ray fait voir tout cela sans avoir recours à un seul mot de dialogue.

Pareil avec la vaisselle, ai-je dit. Pareil avec le ballot de linge. Sans paroles.

Pas besoin de paroles, a répliqué Katya. Pas quand on sait ce qu'on fait.

Il y a autre chose, à propos de ces trois scènes. Je ne m'en étais pas rendu compte pendant que nous regardions les films mais, maintenant, à t'écouter les décrire, cela m'a sauté aux yeux.

Quoi ?

Elles parlent toutes des femmes. De la manière dont les femmes portent le poids du monde. Elles prennent en charge les choses sérieuses pendant que leurs malheureux hommes se démènent sans succès. A moins qu'ils ne restent couchés à ne rien faire. C'est ce qui se passe après l'épingle à cheveux. Apu regarde sa femme à l'autre bout de la chambre, elle est penchée sur une casserole, en train de préparer le déjeuner, et il n'a pas un geste pour l'aider. Pareil avec l'Italien, qui ne remarque pas combien il est pénible pour sa femme de porter ces seaux d'eau.
Enfin, a dit Katya en m'envoyant une légère bourrade dans les côtes. Un homme qui comprend.

N'exagérons rien. Je ne fais qu'ajouter une note en bas de page à ta théorie. Ta très subtile théorie, ajouterais-je volontiers."

Seul dans le noir  de Paul Auster

mardi 25 août 2009

Ivre de vie

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"Que jamais la voix de l'enfant en lui ne se taise, qu'elle tombe comme un don du ciel offrant aux mots desséchés l'éclat de son rire, le sel de ses larmes, sa toute-puissante sauvagerie."

Ostinato   de René-Louis des Forêts

 

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samedi 27 juin 2009

De fil en aiguille...

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Frasquita observait la dentellière- ainsi nommait-elle l'araignée qui avait élu domicile dans sa chambre- en se demandant si elle même serait un jour capable de secréter sa propre toile.

"La beauté vient de ces espaces vides délimtés par les fils! Révéler, cacher. désaippaissir le monde. ce qui est somptueux, c'est de voir au travers! La transparence... La finesse de la toile voile et encadre un morceau d'univers et se faisant le révèle... Exposer la beauté d'un être en le couvrant de dentelle...."

Elle sentit tout ce qu'il fautdrait encore comprendre et maitriser: la couleur, le blanc, les tissus, la transparence. du temps passa...

 

Le coeur cousu   Carole Martinez

 

une couseuse ...

(euh!.. enfin, à ses heures... ) 

                 

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...parmi d'autres...

 

mercredi 24 juin 2009

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie...

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La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le  pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Proust  Le Temps Retrouvé

   

...Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier...

 

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dimanche 14 juin 2009

La lumière du silence

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" Là et seulement là, le silence est mouvement pour moi. Il est l'allié de la lumière, du sillage de la terre, de l'eau qui partout sourd et ruisselle. De là où je me suis assis, je n'ai que l'écoute de ma terre rendue à elle-même. Je n'ai que l'écoute de moi-même. Toutes pensées intérieures étendues devant mes yeux. Elles se déploient, enfin. Elles sont là, en contrebas de mes pas. Elles jouent au soleil, prennent la caresse de l'ombre, soudain visibles. Joies, peines, mélancolie de l'enfance, désirs en suspend, mémoire incertaine, hasardeuse, se jouent du temps dans le silence, ici.

Je cherche le bruissement et les murmures, les failles incertaines, un peu voilées, ce qui chemine dans le long mouvement du silence ici révélé."

René Mac Hugh    Inverness, frontière invisible

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mardi 9 juin 2009

Profondeurs incertaines

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"Y a t-il un mystère sous la surface de l'activité humaine? Ou tous les hommes sont ils entièrement tels que le révèlent leurs actions accomplies en plein jour?
C'est étrange au plus haut point mais la réponse change en moi avec la lumière qui tomber sur la ville et le Tage. Si c'est la lumière magique d'une scintillante journée d'aout qui projette des ombres nettes, aux arêtes vives, alors l'idée d'une profondeur humaine cachée m'apparait singulière, fantasme curieux, un peu touchant aussi,semblable au au mirage qui se forme quand je regarde trop longtemps les vagues qui étincellent dans cette lumière. Si au contraire la ville et le fleuve, en un triste jour de janvier sont coiffés par une coupole de lumière sans ombre et de gris ennuyeux, alors je ne connais pas la certitude qui pourrait être plus grande que celle-ci: toute activité humaine n'est que l'expression hautement imparfaite et même ridiculement maladroite d'une vie intérieure cachée, à la profondeur insoupçonnée qui tend vers la surface sans pouvoir jamais l'atteindre fût-ce même de très loin.
Et cette étrange et inquiétante instabilité de mon jugement, s'ajoute encore à une expérience qui, depuis que je l'ai vécu  ne cesse de plonger ma vie dans une troublante incertitude: à propos de cette question au-dessus de laquelle il ne peut rien y avoir de plus important pour nous autres hommes, je chancelle justement quand il s'agit de moi-même. Lorsqu'en effet je suis assis à la terrasse de mon café préféré, que je me chauffe au soleil et que je guette le rire en claire clochette des Senhoras qui passent, alors il me semble que tout mon univers intérieur est rempli jusque dans le coin le plus reculé et qu'il est entièrement connu de moi, parce qu'il s'épuise dans ces agréables sensations. Pourtant, si une couverture de nuages vient désenchanter, dégriser le monde en se glissant devant le soleil, d'un seul coup je suis sûr qu'il y a en moi des abimes et des bas fonds d'où des choses encore insoupçonnées pourraient surgir et m'entrainer avec elles. A lors je paie vite et je me cherche en hâte une distraction, dans l'espoir que le soleil reviendra bientôt et aidera l'apaisante superficialité à rentrer dans ses droits."

Pascal Mercier  Train de nuit pour Lisbonne

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Je vous invite instamment à écouter ce merveilleux chanteur et musicien dont la musique plonge dans un univers profond et vibrant...
Tout simplement envoutant...

..."Des compositions aussi sublimes que mélancoliques, empreintes de musique slave, grecque, et d'ailleurs, parfois ponctués de guitares hispanisantes (la guitare étant désormais l'instrument de prédilection, omniprésente bien que souvent conjuguée à la langueur du violoncelle). Musique habitée et très personnelle qui témoigne d’un talent unique où se succèdent des mélodies poignantes entre ballade et folk, folie et raison, révolte et désespoir. En totale empathie avec le monde qui l’entoure, constat sans appel où l’on sent hourder la sensibilité révoltée qui caractérise tant Matt Elliott."...

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