D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

lundi 2 juin 2008

Mono no aware

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"Mono no aware, disent les Japonais pour désigner la poignante mélancolie des choses, leur beauté éphémère et précieuse, sitôt éprouvée, sitôt perdue. Sentiment qui naît de la chute des feuilles en automne, d'un être aimé qui disparaît au détour d'un chemin, de ce qui a fait votre bonheur et qu'on est forcé  d'abandonner sans retour : un mari, une maison, des rizières, le village de sa jeunesse, toute une existence dont on ne peut guère se détacher, même si on ne l'évoque aucunement."

"J'aurais aimé qu'alors il me réponde. Qu'il me déclare que nous vivons dans un monde, ce monde, mais qu'il y en a d'autres, tout près. Qu'il est possible de s'affranchir du réel, qu'il existe des univers parallèles et des passerelles qui permettent de circuler, de glisser de l'un à l'autre ; et que c'est ce qui arrive à certaines personnes dont on a été indiciblement proche avant qu'elles s'évanouissent de votre existence. Mono no aware. Dans la vie, on croise des gens précieux, qu'on voudrait garder toujours auprès de soi, mais qui, pour des raisons qui ne tiennent ni à eux, ni à nous, sont forcés de s'en aller. Ce n'est pas qu'ils nous abandonnent de leur plein gré, ni que nous soyons coupables de n'avoir pas su les retenir, c'est juste que, parfois, il ne peut en être autrement. Il m'est arrivé de chérir profondément des êtres que j'ai perdus, et c'est peut-être pour cela qu'on écrit, pour les retrouver et cheminer, l'espace d'un instant, à leurs côtés. Comme si rien n'avait changé."

Minh Tran Huy  La princesse et le pécheur

vendredi 30 mai 2008

Rouge sourire

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Ouvrir son coeur

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Sur le vert du ciel

une étoile verte

que peut-elle faire, mon amour

ah, sinon se perdre ?

Les tours qui se noient

dans le brouillard froid

comment pourraient-elles

nous voir des fenêtres ?

Cent étoiles vertes

sur le vert du ciel

ne voient point cent tours

blanches dans la neige.

Le chagrin que j'ai

pour qu'il se ranime

je veux le parer

de rouges sourires.



Verlaine

jeudi 29 mai 2008

Voyage immobile

repos

Voyage immobile dans les replis du temps...

mercredi 28 mai 2008

Grosse fatigue

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lundi 26 mai 2008

Ce papillonnement rouge vif et tellement éphémère qu'est la vie...

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Un soir d'été, je traversais ainsi, en compagnie d'un enfant, un très grand pré en pente aux herbes hautes. Les arbres remuaient dans le vent et les nuages passaient bien vite. L'enfant lâcha alors ma main pour courir, puis revenir, et courir encore, comme font les chiens, les tourbillons, les pensées parfois à l'approche du soir. Il était beau. Ce n'était même pas une question de traits ou de gestes. C'était la lumière de cet instant. Une lumière qui ne venait pas du ciel, mais de l'intérieur même d'un instant qui ne se reproduirait jamais.
Bientôt, l'enfant interrompit sa course pour cueillir des coquelicots. Seul un enfant peut révéler l'importance splendide de ce papillonnement rouge vif et tellement éphémère. Les coquelicots. Le faisceau des tiges inégales emplissait son poing. Et puis il s'arrêta net, le modeste bouquet momentanément serré entre ses genoux, afin de mieux observer quelques coquelicots en bouton. Ses doigts s'affairaient sur ces capsules veloutées et vertes qu'il voulait évidemment ouvrir. Il savait que tout le rouge est à l'intérieur, du rouge tout froissé, tassé dans cette housse fuselée que ses ongles déchiraient. Finalement, il put tirer avec précaution le minuscule entassement de pétales froissés qui se déployaient, s'allégeaient et enfin devenaient fleur, étendard, crête magique... C'était la naissance d'un peu de rouge très pur dans un pli de l'été.
De telles heures, l'écriture ne peut rien sauver sauf cette rosée d'encre qui perle un moment au bord de la feuille, le temps de chercher les mots, puis s'évapore.

Pierre Péju

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jeudi 22 mai 2008

Derniers rayons

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mercredi 21 mai 2008

Ceux qui toujours sont là

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Ceux dont la vie se défait
qui s'en vont  malgré eux
présences vibrantes
au plus profond de l'ombre

Il y a le poids de l'ombre
des soucis, du chagrin
le poids des jours
et le soir parfois le désespoir

la douceur du soir
tapie au creux de l'ombre
l'absence suspendue
un instant
dans son vol

La lumière dans l'ombre
l'ombre qui danse avec le vent

Juste assez
pour entrevoir
à peine

La présence
indéfectible
silencieuse
vivante
de ceux qui
toujours sont là
envers et contre tout
qui nous tiennent debout

et ceux qui toujours seront là
envers et contre mort.

mardi 20 mai 2008

Tu t'en vas sans moi, ma vie.

 

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Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
A tant de choses, à presque l'infini...
A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes
.

Henri Michaux "La nuit Remue"

lundi 19 mai 2008

L'infime essentiel

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.

Surface infime contenant en entier

espace tenu  qui donne sens

légers passages qui permettent le départ...

aussi parfois

un mot

un regard

ou  juste une main posée

un rien

samedi 17 mai 2008

A l'autre extrémité...

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On ne considérera jamais assez la station debout, et les déambulations qu'elle permet, comme une admirable conquête. Gloire aux jambes qui ont un jour commencé à nous porter, sous les sourires d'encouragement — « C'est bien, c'est bien, mais il se tient tout seul ! » —, puis à nous conduire durant tout le voyage, ces jambes qui, un jour futur, nous lâcheront à nouveau, plus lasses que lâches, usées, réclamant cannes et béquilles. Gloire aux jambes, donc, gloire à leur couple éphémère. Comme dit le sphinx, l'animal énigmatique ne marche sur deux pattes qu'à l'heure de midi.
À rien, je ne pensais à rien, mais je revoyais aussi la fragilité effrayante des grands prématurés dans ces services hospitaliers.[...]
Les jambes de ces prématurés ne sont encore que des branchettes recroquevillées, mais il viendra pourtant, le jour de leurs premiers pas, le commencement titubant de la longue marche.

Non loin de là passent les vieillards, avec leurs problèmes de jambes eux aussi. Les vieillards vacillent mais avancent précautionneusement un pied, puis l'autre, cherchant un appui, un repère, une balustrade qui paraît hors d'atteinte. Le moindre escalier est un cauchemar, comme les trous, les pentes, les cailloux qui roulent et le sol qui glisse.
Alors, entre ces deux extrémités nous gambadons un moment, chargés de soucis et de livres.
Nous filons. Nous nous précipitons. Nous skions sur les pages blanches. Nous nous relevons lorsque nous tombons. Nous poursuivons.

Mais il arrive aussi qu'en marchant, nous donnions la main à un enfant. Pourquoi ? Pour le retenir ? Le soutenir ? Éviter qu'il ne se jette dans n'importe quelle gueule de loup mécanique ?
Ou bien pour qu'il nous guide sans le savoir, entrouvrant un peu notre regard d'aveugle, à chaque coin de rue, coin de chambre, coin perdu?


Pierre Péju  Naissance


Il arrive aussi un moment  où nous donnons la main à celui dont la vie quitte ce corps peu à peu. Pour le retenir, pour le soutenir, pour le quider en aveugle et l' accompagner dans ce coin de chambre, dans ce coin perdu...


...

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