mardi 21 novembre 2006
Tombe ou trésor
Choix
Il dépend de celui qui passe
Que je sois tombe ou trésor
Que je parle ou que je me taise
Ceci ne tient qu'à toi
Ami, n'entre pas sans désir.
Paul Valéry
vendredi 17 novembre 2006
Les amis des grandes profondeurs
Je ne vais pas toujours seul au fond de moi-même
Et j'entraîne avec moi plus d'un être vivant.
Ceux qui seront entrés dans mes froides cavernes
Sont-ils sûrs d'en sortir même pour un moment?
J'entasse dans ma nuit, comme un vaisseau qui sombre,
Pêle-mêle, les passagers et les marins,
Et j'éteins la lumière aux yeux, dans les cabines,
Je me fais des amis des grandes profondeurs.
Jules Supervielle
mardi 14 novembre 2006
Chanson d'Automne.......
Chanson d'Automne.......
Dans la lumière éclatante
d'automne
Nous partimes le matin.
La magnificence de l'automne
Tonne dans le ciel Lointain.
Le matin qui fut toute la journée,
Toute la journée d'argent pur,
Et l'air de l'or jusqu'à l'heure où Dionée
Montre sa corne dans l'azur.
Toute la journée qui était d'argent vierge,
Et la forêt comme un grand ange en or,
Et comme un ange bordé de rouge avec arbre comme un cierge clair
Brûlant feu sur flamme, or sur or!
(Extrait de P. Claudel)...
lundi 13 novembre 2006
Le chemin se fait en marchant
photo trouveé sur www.pbase.com/
Jamais je n'ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j'aime les mondes subtiles
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J'aime les voir s'envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
A demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre?
Chantez en coeur avec moi:
Savoir? Nous ne savons rien
Venus d'une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
Que disent les mots?
Et que dit l'eau du rocher?
Voyageur, le chemin
C'est les traces de tes pas
C'est tout; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Antonio
Machado
ECOUTER LHASA la marée haute
vendredi 3 novembre 2006
Ode à l'air
Sur un chemin
j'ai rencontré l'air,
je l'ai salué,
je lui ai dit respectueusement :
« Je suis heureux que pour une fois tu laisses là ta transparence,
comme ça nous pourrons parler.
L'infatigable dansa,
remua les feuilles,
fit tomber d'un éclat de rire la poussière de mes semelles,
et dressant toute sa mâture bleue,
son squelette de verre,
ses paupières de brise,
immobile comme un grand mât il se maintint pour m'écouter.
Moi, je baisai sa cape de roi du ciel,
je me drapai dans son drapeau
de soie céleste et lui dis :
monarque ou camarade,
fil, corolle, ou oiseau,
je ne sais qui tu es,
mais je te demande une chose :
ne te vends pas.
L'eau s'est vendue
et des conduites dans le désert
j'ai vu se terminer les gouttes
et le monde pauvre,
le peuple marcher avec sa soif
titubant sur le sable.
J'ai vu la lumière de la nuit rationnée,
la grande lumière dans la maison des riches.
Tout est aurore
dans les nouveaux jardins suspendu,
tout est obscurité
dans l'ombre terrible de l'impasse.
La nuit
mère marâtre
en sort
avec un poignard au milieu
de ses yeux de hibou,
et un cri, un crime fusent
et s'éteignent
happés par l'ombre.
Non, air,
ne te vends pas,
que nul ne te canalise,
ne te mette dans des conduits
ne te mette dans des boîtes
ne te comprime,
ne fasse de toi des tablettes,
ne te mette en bouteilles,
attention!
appelle-moi
quand tu auras besoin de moi,
je suis le poète fils
de pauvres, père, oncle,
cousin, frère
et beau-frère
des pauvres, de tous,
de ma patrie et des autres,
des pauvres qui vivent près du fleuve,
et de ceux qui sur la hauteur
de la cordillère verticale
taillent la pierre,
clouent des planches,
cousent du linge,
coupent du bois,
écrasent les mottes
et c'est pour ça
que je veux qu'ils respirent,
ils n'ont rien d'autre que toi,
c'est pour ça que tu es
transparent,
pour qu'ils voient
ce qui viendra demain,
c'est pour ça que tu existes,
air,
laisse-toi respirer,
ne t'enchaîne pas,
ne te fie à personne
qui viendrait en automobile
t'examiner,
laisse-les,
moque-toi d'eux,
fais voler leur chapeau,
n'accepte pas
leurs propositions,
allons ensemble
danser à travers le monde,
décrocher les fleurs
du pommier,
entrer par les fenêtres,
siffler ensemble,
siffler
des mélodies
d'hier et de demain,
et un jour viendra
où nous libérerons
la lumière et l'eau,
la terre, l'homme,
et tout sera
pour tous, comme tu es.
Alors, maintenant,
attention!
et viens avec moi
nous avons encore beaucoup
à danser et chanter,
allons
le long de la mer,
sur le haut des monts,
allons
où l'on verra fleurir
le printemps nouveau
et d'un coup de vent
et de chant
distribuons les fleurs,
l'arôme, les fruits,
l'air
de demain.
PABLO NERUDA
mercredi 11 octobre 2006
Enfants
Enfants
qui déjà prenez place
Quand vous aurez grandi
Au point d'être conscients
Du mal du temps qui passe
Et s'arrache de nous
Plus mal qu'un pansement
Vous qui pousserez de l'avant
Nos vieux rêves de liberté
Enfants
Consultez quelquefois
les miroirs du passé
Et vous y relirez
L'écho de ces visages
Qu'un temps nous avons habités
Enfants gentils marins des traversées prochaines
Ayez une pensée de sel pour nos vieux équipages
Lorsque vous voguerez debout vers les mêmes naufrages
Où debout nous auront sombré
Jean- Pierre Rosnay
dimanche 8 octobre 2006
Appelez-moi nuage, appelez- moi fumée
Ne cherchez pas à lire mon
nom sur mes papiers
J'ai lavé mes empreintes et j'ai perdu mon âge
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
Laissez le reste en blanc sans rien me demander
Je n'ai jamais volé que mes instants de chance
Je n'ai jamais tué que le temps qui passait
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu du fond de mon enfance
Vous n'avez pas le droit de me prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte; rendez-moi mes lacets
Je n'ai rien demandé seulement je passais
Si je n'ai pas de nom c'est que nul ne m'appelle
Je suis très bien ainsi laissez-moi m'en aller
Je ne mendiais pas, n'étais même pas îvre
Et s'il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage appelez-moi fumée
FRANCIS BLANCHE
samedi 30 septembre 2006
Le silence
Le silence a dans sa poitrine tous les flambeaux éteints du coeur
Paul Eluard
vendredi 22 septembre 2006
"La dernière minute"
Quand j'aurai tout compris, tout vécu d'ici-bas,
Quand je serai si vieille, que je ne voudrai plus de moi,
Quand la peau de ma vie sera creusée de routes,
Et de traces et de peines, et de rires et de doutes,
Alors je demanderai juste encore une minute...
Quand il n'y aura plus rien qui chavire et qui blesse,
Et quand même les chagrins auront l'air d'une caresse,
Quand je verrai ma mort juste au pied de mon lit,
Que je la verrai sourire de ma si petite vie,
Je lui dirai "écoute ! Laisse-moi juste une minute..."
Juste encore minute, juste encore minute,
Pour me faire une beauté ou pour une cigarette,
Juste encore minute, juste encore minute,
Pour un dernier frisson, ou pour un dernier geste,
Juste encore minute, juste encore minute,
Pour ranger les souvenirs avant le grand hiver,
Juste encore une minute... sans motif et sans but.
Puisque ma vie n'est rien, alors je la veux toute.
Tout entière, tout à fait et dans toutes ses déroutes,
Puisque ma vie n'est rien, alors j'en redemande,
Je veux qu'on m'en rajoute,
Soixante petites secondes pour ma dernière minute.
Tic tac tic tac tic tac
Carla Bruni
vendredi 16 juin 2006
Les fleuvent coulent
Les fleuves coulent
Les mers chantent
Les océans grondent
Qui suis-je
Un grain de sable Sur la grève immense
Et qui suis-je
pour me demander
Qui suis-je.
N'est-ce pas assez d'être.
Texte d'indiens Amérique










