D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

mercredi 4 mars 2009

Les desirs les plus profonds

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Combien de fois dans ta vie, as-tu vraiment demandé quelque chose à quelqu'un ? Nous n'osons plus. Nous espérons. Nous
rêvons que ceux qui nous entourent devinent nos désirs, que ce ne soit même pas la peine de les exprimer. Nous nous taisons. Par pudeur. Par crainte. Par habitude. Ou nous demandons mille choses que nous ne voulons pas mais qu'il nous faut, de façon urgente et vaine, pour remplir je ne sais quel vide. Combien de fois as-tu vraiment demandé à quelqu'un ce que tu voulais ?

Laurent Gaudé "Eldorado"


 

des désirs les plus profonds...
que saurions nous en livrer?....

~peut-être juste un reflet qui s'accroche sur l'eau~

jeudi 22 janvier 2009

les iles du silence

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mots figés
dans la nuit
indicibles cristaux
imprononçables

si jamais
ils s'échappent
de leur écrin de glace
surtout,surtout
ne  touche pas des lèvres
leur obscure clarté

alors enfin
ils glissent
se précipitent
se mêlent
s'entremêlent
dans leur sillage
entrainent
d'autres encore
qui se taisent

sur la glace
un passage 
se trace
qui submerge
les rives
des rêves endormis

parfois

des iles
imprévisibles
terres inconnues
émergent

longtemps
bien
longtemps
après

lundi 12 janvier 2009

Lire les yeux jusqu'à lire le ciel et que tout devienne bleu dans le ciel

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Si nos yeux ne font pas de bruit c'est pour que nous puissions entendre tout ce que nous voyons et c'est que la vision du monde émet toujours des sons et que sans la vue nous serions dans le silence total et nous lisons et nous entendons les mots sous nos yeux et si nous ne pouvons pas lire avec les mains c'est que les mains font trop de bruit pour que nous puissions entendre les mots sous nos doigts et la vue laisse entendre toute chose mais le toucher étouffe toute voix le champ de vue n'est qu'une paume transparente contre laquelle tout vient résonner c'est pourquoi l'écriture n'est pas touchable et qu'elle ne peut être que visible et que si l'on pose la main on n'entend plus rien et si l'écriture n'est pas en relief c'est parce qu'elle n'est qu'une couleur et ce qu'on écrit s'écrit avant tout avec les yeux et ne se touche pas sans disparaître sous les doigts et l'écriture ne tient qu'à nos yeux il faut la lire et qu'on l'entende et la faire échapper de sous nos yeux et la projeter sous nos oreilles afin que l'on puisse encore la saisir les yeux fermés et qu'elle naisse même dans la nuit et après avoir modelé une boule il faut la toucher jusqu'à pouvoir écouter son volume comme après avoir écrit un texte il faut le lire et que sa lecture soit entendue comme un espace à palper et si l'on ne pouvait plus toucher on ne pourrait plus parler parce que nous serions trop loin des uns les autres comme si la voix était née de nos corps qui peuvent s'accoupler et que si nous volions nous serions muets et que si nous ne pouvions plus que nous toucher aussi comme si la voix était seulement née d'une distance qui est celle de la vue et que la langue était dans les yeux et que sans eux nous n'aurions plus rien à dire et il faut lire les livres tout haut jusqu'à ce que notre voix en rende chaque mot palpable lire jusqu'à donner une véritable épaisseur au texte un poids au livre faire entendre ce qu'on lit ce que l'on voit que les mots deviennent matière jusqu'à pouvoir les mâcher puis les cracher dans l'espace et lire et prendre les mots par le bout et les trouer et souffler  eu eux jusqu'à les gonfler en des volumes démesurés et qu'ils envahissent le vide jusqu'à éclater et il faut lire jusqu'à pouvoir continuer les yeux fermés car la voix c'est ce qui fait exister le livre même dans l'obscurité et l'entendre c'est le faire naître au delà des yeux c'est le rendre touchable et que la nuit ne puisse plus l'effacer et la lecture c'est son souffle nocturne sa respiration quand il pourrait faire nuit sur lui et on l'entend mais ce n'est que son battement dans l'obscurité sa vie au delà de la lumière et il faut lire les livres à voix haute crier leur mots et que notre voix soit si forte qu'elle les décolle du papier où ils sont imprimés et qu'elle leur fasse quitter la page jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien que le blanc et que tous les livres soient vierges une fois lus afin que l'on puisse tous les réécrire autrement et les lire une seule fois et que le monde entier les entende qu'ils s'enfouissent dans toutes les oreilles et qu'ils ne soient plus écrits que dans les mémoires que les bibliothèques ne soient plus que dans toutes les têtes que tous les livres soient rangés dans toutes les pensées jusqu'à ce qu'ils disparaissent peu à pêu dans la nuit des temps et que l'on ne puisse plus savoir et que l'on ne sache plus rien enfin afin de pouvoir réécrire indéfiniment d'autres livres

.../...

Jean-Luc Parant    Ouste n°15

lundi 15 décembre 2008

Inassouvie, la vie sans toi

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Inassouvi notre besoin de préserver ceux que nous aimons,

de protéger l'innocence des enfants. puisque les enfants, eux aussi, finissent par comprendre qu'il existe des départs qui ne promettent nul retrouvailles.

Inassouvis nos rêves d'enfance.

Inassouvie, notre besoin de durer et de faire durer les liens.

Inassouvie, notre besoin de rapprochement, les plus courtes distances sont les plus infranchissables.   

Inassouvie, l'attente qui dure toute une vie,

notre manque de celui parti.

Inlassablement, le vide se rappelle à nous.

Inassouvi, le grand canyon au dessus duquel nous essayons de tendre un fil tissé de nos jours. 

Inassouvie, la vie, puisqu'elle a toujours besoin d'horizon et tant qu'il y a un horizon, on ne peut qu'avancer.

Inassouvie, la vie.

Inconsolables nous demeurons.
Immense l'attachement, immense la déchirure. Il faut vivre, s'obstiner à vivre, pour la beauté de la vie.
Inassouvis, nous survivons. Inconsolables, nous demeurons.

Inassouvie la vie sans toi.



d'après "Inassouvie, la vie" de Fatou Diome 

   


samedi 6 décembre 2008

Je ne sais quel est le chemin...

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Je ne sais quel est le chemin...
... Parce que chemin et route
Sont de terre, et l'important c'est d'avancer;
Il est de peu de poids que la route aille à rien...
Seul vaut celui qui marche : il est celui qui vit
Ainsi, adulte de ce que j'ai voulu faire,
Je vais en cheminant vers tout ce que j'ai eu
Et sais bien que je ne pourrais pas le ravoir.

Pessoa

samedi 29 novembre 2008

Béances

Jusqu'où avait-elle rêvé d'aller? Jusqu'au bout, pensait-elle. Mais au bout de quoi? Au fond d'elle, elle se disait qu'il n'y avait pas d'aboutissement, seulement des recommencements, puisque l'inassouvi dissémine ses trous en nous. Il lui fallait, tôt ou tard, accepter les choses telles qu'elles étaient, puisqu'elle n'y pouvait rien, elle devait se faire une raison.
Des vagues de réflexions la submergeaient : que seraient nos rêves, nos espoirs, nos aspirations, sans ces pertes, ces manques, ces béances que nous cherchons à boucher, durant toute une vie? L'inassouvi nous saisit, d'autorité, il s'agit de danser nos rages comme nos joies. Bon gré mal gré, il faut le temps qu'il faut pour voir la neige fondre et fouler à nouveau l'herbe du printemps. Un rêve ne s'accomplit que pour nous laisser dans l'urgence d'en former un autre. Chaque objectif touché devient ainsi un point de départ. Vu autrement, le bout de la rue est aussi son début. L'inassouvi, surgi de nulle part, nous surprend partout, à tout moment, et creuse son cratère en nous. Aboutissement? Où et comment? Peu importe, puisque la ligne continue.

Inassouvies, nos vies  Fatou Diome

 

   

      

jeudi 13 novembre 2008

Plus loin que l'horizon

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On part pour s'éloigner du lieu qui nous a vu naître et voir l'autre versant du matin. On part à la recherche de nos naissances  improbables. Pour compléter nos  alphabets.  Pour  charger l'adieu de promesses. Pour aller aussi loin que l'horizon,  déchirant nos destins, éparpillant leurs pages avant de tomber, quelquefois, sur notre propre histoire dans d'autres livres.

On part vers des destinées inconnues. Pour dire à ceux que nous avons croisés que nous reviendrons vers eux et que nous referons connaissance. On part pour apprendre la langue des arbres qui, eux, ne partent guère. Pour lustrer le tintement des cloches dans les vallées saintes. À la recherche de dieux plus miséricordieux. Pour retirer aux étrangers le masque de l'exil. Pour confier aux passants que nous sommes, nous aussi, des passants, et que notre séjour est éphémère dans la mémoire et dans l'oubli. Loin des mères qui allument les cierges et réduisent la couche du temps à chaque fois qu'elles lèvent les vers le ciel.

On part pour ne pas voir vieillir nos parents et ne pas lire leurs jours sur leur visage. On part dans la distraction de vies gaspillées d'avance. On part pour annoncer à ceux que nous aimons que nous aimons toujours, que notre émerveillement est plus fort que la distance et que les exils sont aussi doux et frais que les patries. On part pour que, de retour chez nous un jour, nous nous rendions compte que nous sommes des exilés de nature, partout où nous sommes.

On part pour abolir la nuance entre air et air, eau et eau, ciel et enfer. Riant du temps, nous contemplons désormais l'immensité. Devant nous, comme des enfants dissipés, les vagues sautillent pendant que la mer file entre deux bateaux. L'un en partance, l'autre en papier dans la main d'un petit.

On part pour tromper la mort, la laissant nous poursuivre de lieu en lieu. Et on continuera de faire ainsi jusqu'à nous perdre, jusqu'à ne plus nous retrouver nous-mêmes là où nous allons, afin que jamais personne ne nous retrouve.

Issa Maklouf

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mercredi 22 octobre 2008

L'amour est un long voyage...

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Aimer une personne
est un long voyage —

roches, chutes d'eau et l'ombre
soudain, dilatée
le couvert des forêts,
parfois des éclairs
sur le silence si vaste de la mer

et des routes surélevées, des cris

des rues soudain plongées
dans une lumière inconnue.

Aimer quelqu'un, des milliers, chacun

c'est comme tenir une carte dans le vent.
On n'y parvient pas mais mon cœur
on me l'a mis au centre de la poitrine
pour ce haut, merveilleux défaut.

Sur les hauts plateaux de chaque nuit
me voici avec les redites et les mains ouvertes de la poésie :
ne les fais pas souffrir, ils sont à toi, ne les fais pas partir.

Davide Rondoni  Un bonheur dur

jeudi 11 septembre 2008

Il y a si longtemps que j'essaie de toucher la nuit

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il y a si longtemps que j'essaie
de toucher la nuit les fronces légères
que fait l'eau dans le silence   

toucher dans le corps frileux, froissé
le souffle de Dieu sur les eaux
cette chose qui éclaire mes images
et parfois de si loin les déchire   

les yeux de nuit un instant grand ouverts
regardent chaque son ou battement brûler

Gaspar Lorand

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mercredi 2 juillet 2008

Redonnez- leur


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Redonnez-leur ce qui n'est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s'enfermer
dans l'épi et s'agiter sur l'herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l'essor, les douze mois de leur visage,
Ils chériront le vide de leur coeur jusqu'au désir suivant:
Car rien ne fait naufrage ou ne se plait les cendres;
Et qui sait voir la terre aboutir à ses fruits,
Point ne l'émeut l'échec quoiqu'il ait tout perdu.

René Char  Fureur et Mystère

 

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