D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

lundi 12 mai 2008

Combien y a-t-il de vies dans une vie ?

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"Je ferme les yeux. Je me laisse lentement glisser dans une eau trouble. Je songe. Je rêve.  L'amour se raconte-t-il ? Les vies se racontent-elles ? Pas le fil le long duquel elles se sont déroulées, qui imprime des faits, des étapes, des périodes, non, pas ce fil-là, lisible, plat, objectif, mais l'intérieur des vies, leur frémissement, leur fragilité, leur manière bien à elles de palpiter, d'être au monde et de risquer, parfois, de s'y soustraire ? Comment raconter le désir d'une vie ? À une étendue, vaste, lente ? À un éclair ? Est-ce une vie ? Un morceau de vie ? Combien y a-t-il de vies dans une vie ? Combien de chutes ? Combien d'abandons?"

Laurence Tardieu

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mercredi 9 avril 2008

Le royaume de l'intervalle

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En prolongement de la note précédente:

"Selon la juste vision du Tao, le Vide médian intervient chaque fois que le yin et le yang sont en présence. Drainant la meilleure part des deux, il est ce troisième souffle qui élève l'un et l'autre vers une transformation créatrice, et leur permet de se dépasser. Tant il est vrai que l'accomplissement de chacun n'est point en soi, mais en avant de soi. Les anciens Chinois - notamment du côté des taoïstes, mais les autres courants de pensée, sur ce point, ont fini par épouser leur vue - ont développé une conception unitaire, et organique de l'univers vivant où tout se relie et se tient. À la base de cette vision originale : le souffle. Le souffle primordial constitue l'unité originaire ; de tous les éléments et ne cesse d'animer toutes choses vivantes, les reliant en un gigantesque réseau d'engendrement et de circulation, appelé le Tao : "la Voie".

Comment se manifeste la fécondité du souffle ? Son mouvement fondamental est ternaire, selon les sages de la Chine antique qui se fondaient sur une approche phénoménologique de la vie en son infinie variété, à travers les "Dix mille" êtres. Ces penseurs distinguaient trois types de souffle émanant tous du souffle primordial et agissant de façon concomitante : le souffle yin, le souffle yang et le souffle du Vide médian. Le yin et le yang commencent à être familiers à l'esprit occidental. On sait que le premier incarne la douceur réceptive, que le second incarne la puissance active. Chaque être acquiert sa spécificité en entrant en interaction avec d'autres êtres, et en premier lieu avec son partenaire privilégié, son complémentaire. Car la vie s'exprime naturellement par paire. Ainsi en va-t-il de l'homme et de la femme, du mâle et de la femelle, bien entendu. Mais la dialectique du couple régit aussi les grandes entités de l'univers : le ciel yang et la terre yin, le soleil yang et la lune yin, la montagne yang et le fleuve yin, le rocher yang et l'herbe yin, l'oiseau yang et les fleurs yin...

Mais si l'on s'en tient à cette simple énumération binaire, on pourrait croire que la pensée chinoise est duelle, voire dualiste. C'est que l'on oublie souvent le Vide médian, ce grand Trois né du Deux, et qui permet au Deux de se dépasser. Le Vide médian, tirant son pouvoir du Vide originel, intervient chaque fois que le yin et le yang sont en présence. Dans l'idéal, il a le don de créer un espace vivifiant et d'y entraîner le yin et le yang en vue d'une créative interaction. Drainant la meilleure part des deux, il les élève vers une transformation bienfaisante. Cette circulation ternaire a lieu aussi bien à l'intérieur d'une entité vivante - puisque tout être est habité par le yin et le yang, avec un pôle plus marqué pour l'un ou pour l'autre - que dans la relation entre toutes les entités vivantes. La montagne et le fleuve, par exemple, ne sont pas seulement deux partenaires qui se trouvent en vis-à-vis. Ils entretiennent un rapport bien plus intime, une relation d'entrecroisement, d'interpénétration, de devenir mutuel - les Anciens ne racontent-ils pas que la montagne est formée à l'origine par des " vagues figées " ? Et les eaux du fleuve, en s'évaporant vers le ciel à chaque instant et en se transformant en pluie pour ré-alimenter la source au sein de la montagne, ne montrent-elles pas qu'elles habitent la montagne, étape temporaire dans leur incessante circulation ? Oui, le vrai mouvement de l'être est circulaire, il se fait non en ligne droite mais en cercles concentriques, ce qui lui permet d'aller sans cesse à la rencontre d'autres cercles nés d'autres êtres.

La pensée chinoise s'est avérée particulièrement opérante dans le domaine esthétique : dès le IVe siècle environ, s'était élaborée une philosophie esthétique qui tentait de penser la "beauté" révélée par l'intime dialogue entre l'homme et la nature, et par les diverses formes de la création artistique. Une telle philosophie s'appuyait sur les deux grandes figures rhétoriques issues de la très ancienne tradition du Livre des Odes, à savoir le bi, comparaison par laquelle l'homme cherche dans la nature un élément pour illustrer un sentiment jailli en lui, et le xing, incitation par laquelle certains éléments de la nature éveillent en l'homme des sentiments latents. De ces deux idées fondatrices, les maîtres ont dégagé un ensemble de réflexions qui se cristalliseront plus tard, sous les Song (XII-XIlI siècle), autour de la notion centrale de qing-jing, "sentiment-paysage ". Celui-ci désigne l'interpénétration de l'esprit humain et de l'esprit du monde, tous deux étant censés mus par le même qi, "souffle-esprit", et par le même yi," désir, élan, intentionnalité ". La vision des éléments naturels y est de même essence que la vision du monde intérieur de l'homme.

Toute œuvre d'art est  un Trois qui, drainant la meilleure part du Deux, permet aux deux - l'artiste et son sujet - de se transcender. Ainsi s'épanouira une grande tradition de pensée, valable aussi bien pour la poésie que pour la peinture, et dans laquelle la " beauté " est essentiellement considérée comme un processus de devenir résultant d'une rencontre. Le poète ou l'artiste passe par une transformation initiatique dont le rythme est encore ternaire, et dont les phases ont pour nom yin-yun, " éléments en interaction ", qi-yun, " souffles rythmiques ", puis shen-yun, " résonance divine "- l'âme humaine résonant à l'unisson de l'âme universelle -.

Le propos de la poésie et de la peinture chinoise est de traquer le mystère né de l'incessant échange entre les grandes entités : bien entendu entre le ciel et la terre, entre la montagne et la mer, entre le val et les nues, entre les arbres et les rochers, mais aussi entre les choses apparemment minimes et furtives, non moins " illuminantes " : entre un rayon du couchant qui s'attarde et le muret moussu qui n'est qu'attente, entre les feuilles de bananier assoiffées de chant et l'arrivée de la pluie bienfaisante, entre le papillon qui referme un instant ses ailes et les anémones qui déploient leurs pétales, entre la branche gorgée de sève et l'oiseau perché qui, sentant l'irrépressible poussée, lance son cri...

Rien de nouveau sous le soleil ? Certes. On a découvert tous les continents et recensé (presque) toutes les espèces. On a même lu tous les livres. Mais n'ayons garde d'oublier les innombrables " entre " qui ont lieu à tout instant sous nos yeux. Acceptons le constat que ce qui surgit entre les vivants, fait d'inattendus et d'inespérés, est toujours neuf. Assurément, le Tao se manifeste dans ce qui est pleinement donné, là. Mais il se dévoile tout aussi bien, sinon davantage, dans ce qui se devine, dans ce qui advient au creux des interstices. Nous ne doutons pas que c'est au "royaume de l'intervalle", dans la "vallée où poussent les âmes " - selon l'expression de John Keats - qu'en réalité chacun des vivants prend conscience de son unicité et devient par-là présence. Et, de présence en présence, le Tao offre à ceux qui savent l'accueillir une dimension ouverte. "

Le Vide Médian François CHENG 

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jeudi 29 novembre 2007

La promesse du regard

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On aurait tendance à opposer la parole et le regard comme l'être et le paraître, la rencontre et la capture, l'amour et la connaissance, la promesse et la prévision, ou encore la confiance et le soupçon. C'est vrai que l'amitié n'a que faire du regard d'inspection et d'inquisition, elle préfère deviner en donnant du temps à soi-même et à autrui, parce qu'il appartient à l'ordre de la promesse. Il ne s'agit pas d'une sélection parmi un ensemble d'objets étalés au regard, mais d'une élection qui suppose préalablement une « mise » personnelle, non seulement le don mais l’acceptation profonde de soi-même à travers l'autre. Or si le regard n'intervenait pas dans ce choix, si une parole abstraite suffisait à accorder la confiance, comment pourrait-on seulement se considérer, se retourner l'un vers l'autre et échanger ce que nous avons placés justement l'un dans l'autre ? [...]

La question porte sur la capacité du regard à saisir et à prendre la mesure de l’être.
On ne voit ni l’amitié de l’autre ni son être en tant qu’être, on y croit, et toute impression de voir n’est qu’un effet de cette foi confiante en tant qu’ouverture sur l’invisible. [...]

La première bienveillance s'attache au respect de l'être et de sa nature propre de l'ami : il n'est pas question d'un regard théorétique dirigé vers l'être mais bien d'une sauvegarde, d'un engagement pratique envers l'autre. Je donne mon être à l'autre pour qu'il le reçoive et surtout qu'il se reçoive, qu'il se découvre lui-même en son essence et puise la force de s'y tenir. Ainsi se vérifie que l'amour, au sens large, consiste à donner ce qu'on n'a pas. C'est pourquoi le don du rien de mon être est aussi faveur, non par préférence ou comparaison vis à vis de tiers, ni par l'octroi de présents destinés à combler et satisfaire une demande, mais par un regard favorable sur un avenir qui est le véritable bien accordé à l'autre, à savoir l'essence qu'il s'accorde désormais en toute liberté. [...] 

Si la parole est par elle-même un don, seul le regard échangé, étant adresse pure, peut également se faire promesse. En effet il n'y a proprement « rien à voir », rien à contempler ; c'est bien pourquoi justement éclate la promesse du regard. Ni l'être n'est vu directement, ni l'amour n'est crue véritablement : seul le regard est cru. Avoir foi en ce regard essentiellement vide, accueillir ce regard c'est s'ouvrir au secret de l'autre ; en lui retournant ce regard on lui rend son secret en lui présentant notre propre énigme. La faveur est donc un échange de rien, qui ne résulte pas d'une intention ou d'un sentiment, mais de l'échange lui-même. C'est pourquoi le regard concret est inévitable.

D'après Didier Moulinier sur une lecture de Jean-Louis Chrétien, La voix nue, Paris, Minuit, 1990.

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mercredi 24 octobre 2007

Quel est l'espace des hommes ? Une rive inconnue, imprévue, risquée, une ligne d'horizon qui renaît quand ça bascule ?

 

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Quel est l'espace des hommes ? Est-ce pour toujours la terre, le ras du sol ? Ou pour une fois une rive inconnue, imprévue, risquée ? Un coin de ciel que secouent les nuages, une haute forêt où s'accrocher aux branches en criant, en chantant, en espérant contre toute attente qu'on finira par s'envoler ? L'univers est le royaume d'un monarque au cœur brisé, et chacun est le maître d'un ici-bas qui ne tolère que l'énergie du désespoir. Cette énergie qui vient des pays de nulle part et s'abreuve à toutes les musiques errantes, à tous les tempos des âmes vacantes, à tous les souffles - des lointains reconquis et abandonnés.

La poésie est faite de cet appel, de cette ferveur, de cette blessure, de cette impatience à être. Nous ne sommes guère au monde et nos rêves nous débordent, nous égarent. Le refuge, c'est l'ombre portée de l'enfance, merveille un peu triste mais qui semble toujours une éclaircie ressuscitée. Une détresse qui sait sourire in extremis. La  visée, c'est l'amour comme un absolu qui tue et demeure le seul  défi à vivre.

A propos de la poésie de Guy Gofette par Jean Velter

   


 

   

    

 

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samedi 20 octobre 2007

Une autre logique

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La logique de la rentabilité,  la rapidité, la performance, celle de la "réussite', la compétitivité, des objectifs à atteindre coûte que coûte, ...

ou

celle de prendre le temps de vivre, partager, suivre son chemin et tirer le meilleur de chaque instant, savourer le beau dans  ce qu'il y a le plus petit et de plus simple,l'ouverture aux autres et l'humain comme valeur primordiale...

Notre monde moderne nous prend parfois dans un tourbillon qui entraîne parfois malgré nous... La pression sociale est forte.Etre le meilleur, ne pas decevoir, reussir coûte que coûte à n'importe quel prix. Il est parfois difficile de faire des choix tout simples...

Quel sens (direction?) donnons-nous à notre vie?...


direction






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lundi 1 octobre 2007

Une question introuvable




 

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Chaque homme n'est qu'une vieille question introuvable autour de laquelle tourne toute sa vie: une enigme.

Pierre Péju Le rire de l'ogre

De la note précédente, d'autres mots me viennent après coup (souvent le cas pour moi), j'ajoute donc:


Comme un bloc d'argile ayant pris ses formes peu à peu, l'histoire de notre enfance  modèle notre personnalité...
De ci de là, des entailles ont laissé leurs traces, des failles imperceptibles se sont inscrites, des poids et des contrepoids se sont installés pour maintenir la ligne vitale qui s'élance de nous....

Nous portons en nous cet héritage silencieux de désirs inexprimés, de non-dits  indicibles sans bien savoir discerner  ce qui nous revient de  ce qui s'est imprimé en nous peu à peu.
Une histoire qui s'écrit de générations en générations, celle de nos parents écrites sur celle de leurs propres parents...
L'enfance des uns  projete son ombre et sa lumière sur l'enfance de ceux qui suivent...
Des h
istoires s'emboîtent les unes aux autres et qui ne peuvent vraiment se lire qu'à la lecture des autres....

Le jeu des poupées russes....

[Sur ce même thème un roman très fort de Nancy Huston "Ligne de failles"]

Pour  écrire ce passé au présent, je tente de déchiffrer  ce que je peux  transmettre à mes enfants malgrè moi....
Quel élan parvenons nous à leur insuffler, quelles failles creusons nous malgré nous?


Lorsque mes enfants évoquent entre eux ce temps de l'enfance où ils sont pourtant encore, je m' étonne de ce regard que je n'entrevois pas...
Espace de vie où ils existent, que je ne perçois pas et qui pourtant les façonne...

Il y a  aussi d' autres histoires inexprimables peut-être oubliées qui ont ont fait leur chemin en nous...

Chacun émerge de cette histoire ordinaire faite d' ombre et de lumière....
Avec selon plus ou moins d'ombre et de lumière ...

Des forces et des fragilités ou les deux à la fois en revers l’une de l’autre et qui se mêlent en clair-obscur...

J'aurais envie de réécrire  des lignes de mon enfance ou de celles de mes enfants où des cicatrices se sont déjà déposées...
Mais il est évidemment vain de vouloir se retourner pour ça ...
Alors pourquoi le faire?
Parce que ce passé on ne peut pas faire sans lui .
On ne peut que se pencher sur lui et tenter d'y lire entre les lignes pour pouvoir accueillir cette histoire qui est la nôtre et nous a mené jusqu'ici.


Et faire du passé  une force vive pour le moment à vivre...

Je situe la photo du message précédent dans son contexte: Mon fils avait abusé de ce fameux tourniquet dont les enfants raffolent... Mal de coeur s'en ait suivi, il s'est donc allongé par terre. Alors que je m'approchais pour m'occuper de lui, j'ai été impressionnée par mon ombre et celle de son père qui se projetaient sur lui. Ce dernier prenait des photos des enfants qui jouaient, il a saisi cette scène à ma demande car cela m'évoquait déjà tout ce que j'ai pu dire plus haut.
Sans autre but... (C'était il y a deux ans et ce blog n'existait pas encore).

Il y a quelques temps lors d'un grand rangement, un jeu d'imprimerie  qui appartenait à ma fille aînée a ressurgi...

Ma seconde s'est précipité dessus pour le récupérer bien qu'elle n'ait plus l'âge d'y jouer (s'il y en a un)...
Elle m'a alors raconté combien elle avait longtemps désiré ce jeu qui lui était inaccessible car on devait sans doute la trouver trop petite...
Et ce jeu depuis elle le garde dans son placard comme un doudou, ou un rêve dont on ne veut pas se séparer...

Une petite histoire de rien mais qui symbolise  une de ces petites traces qui s'inscrit en nous et nous marquent subrepticement...

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lundi 17 septembre 2007

De l'autre côté... L'ailleurs qui est ici...

   





   

   

 

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" Nous sommes des êtres amphibies. Nous sommes d'ici et d'ailleurs, les pieds sur la terre et la tête dans nos rêves, comme des arbres déracinés, immergés dans le flot incessant de nos fantasmes, de nos utopies. C'est cela, la seconde vie: cet espace où nous passons la majeur partie de notre existence, où le dedans et le dehors, l'intime et l'exterieur ne cessent de se mêler"

  A propos du livre  "52 ou la seconde vie"  de Geneviève Brisac


Comme j'ai aimé froler du doigt ces 52 fragments de vie,cette "seconde vie", cet insaisissable qui sans cesse nous échappe...
Peut-être est-ce cela que je traque perpetuellement jusque dans les pages de cet espace...
Cette vie qui vacille, cette espérance folle sans queue ni tête qui s'envole dans le ciel comme un cerf-volant dont la corde aurait cassé...
Espaces de vie, respirations silencieuses, interstices dont on émerge, ondes sensibles où l'on capte l'âme des êtres et des choses derrière une réalité ordinaire...

Dans le miroir de ces pages,  percevoir les reflets de la vie, être touché par leur grâce, saisir, révéler l'infime essentiel comme raison d'être...
Effleurer la partie insaisissable de ce qui nous anime, tenter de cerner l'indéfinissable, la vie derrière la vie, cette réalité volatile comme poussière au soleil  qui traverse fugitivement le regard pour briller, danser et  aussitôt s'échapper...

Des poussières comme des notes, des émotions volant dans l'air...

Poussières légères comme un "ô" lancé, "ô si vrai, si sincère et si drôle aussi..."

Poussières comme un regard qui vacille quelques instants d'un éclat  de chagrin, d'emerveillement et aussitôt
se rend au calme lisse des temps ordinaires...

Un souffle  murmure:
" Si ton cerf-volant est cassé, garde la ficelle".
C'est ce que je fais, sans doute parce que les rêves sont au bout...























 

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mercredi 27 juin 2007

Nous traversons le présent les yeux bandés

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Nous traversons le présent les yeux bandés. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.

Milan Kundera


Une photo prise il y a deux ans, ma fille Perrine fêtait ses 10 ans.
Passé proche qui pourtant m'échappe déjà.
Elle passe aujourd'hui le cap de ses 12 ans.
Fini les jeux dans le jardin, les enfants qui courent dans tous les sens, les voilà sur leur propre terrain.
Son anniversaire , elle a tenu a l'organiser toute seule: sortie au cinéma, arrangement pour les conduites avec un autre parent car ma voiture ne suffisait pas, quelques unes qui restent à dormir, pizza, les jeux et le partage se font là-haut dans sa chambre et sans moi.
Je devine que sa propre personnalité ne peut se trouver qu'en dehors de mon regard même si  je contribue à certains contours indipensables...
Qui sera-t-elle demain?
Ce qu'elle est déjà  aujourd'hui et que je ne distingue pas encore très bien.
L'enfance set l'insouciance sont encore là mais déjà apparaissent des préoccupations de plus grands. Elle cherche et affirme sa place au milieu de deux soeurs ainées et de son frère plus jeune, de nous et de tout son entourage.
Sa personnalité déjà présente s'affine , se précise, cherche ses contours, ses limites et se révèle avec plus de netteté.
Elle est ce qu'elle a été.
Elle est ce qu'elle construit aujourd'hui.
Elle est aussi ce que l'échange d'aujourd'hui fera d'elle demain...
Réalité mouvante qui échappe sans cesse et pourtant dans une même continuité.
Elle m'étonne , me surprend par moment, je reconnais des facettes d'elle-même que je n'avais perçu que dans l'ombre. Esc-ce mon regard qui change ou un flou qui se précise?
Je me souviens d'elle à la naissance de son petit frère à la clinique, lorsqu'elle était venue me voir à sa première visite, elle m'était apparue soudain si grande!

Ma main dans la sienne pour la guider comme je peux. Je marche auprès d'elle pour que ses pas soient pleins de son propre élan et pas seulement du mien , les obstacles pas toujours visibles et parfois juste tapis au fond de soi...
Quelle part avons nous dans tout cela?
Qui'importe!
Nous ne pouvons donner que ce que nous sommes. Rien de plus...
Et c'est beaucoup pourtant si on veut bien l'accepter...
Notre propre réalité, nos doutes , nos failles et cette force qui comble les manques et nous donne tout notre relief.
Nous sommes ce long héritage transmis de générations en générations avec ses failles et et ses forces...
[ je vous invite à lire sur ce même thème
, si vous ne l'avez pas fait, ce très bon livre "Ligne de faille" de Nancy Huston]
Nos propres parents ont contribué a nous façonner, a renforcer des élans ou ont creusé cetraines de nos failles avec leur propre histoire qui les a eux-même façonné.
Chacun fait ce qu'il peut avec sa propre histoire.
Être conscient  de cette transmission inconsciente est sans doute déjà beaucoup.
La véritable richesse que nous possédons est cette faculté à créer des liens, apprendre à les préserver, à les maintenir d'une manière ou d'une autre...
Lien vital qui parfois blesse mais sans lequel nous ne pourrions être et devenir;
Toujours se rappeler combien ce lien a une importance pour nous et combien il est unique et essentiel.
Lien aussi fort que fragile.
Et encore plus dans les moments de mouvance entre l'enfance et l'âge adulte...
Lien qui prend sa force dans une écoute profonde et silencieuse.
Ecoute qui va puiser dans dans l'imperceptible vérité de chacun.
Dans ce début d'adolescence, d'autres liens se créent, un monde qui ne nous appartient plus vraiment ou nous n'avons plus de place visible.
Mais de cet interstice émerge une autre forme de lien qu'il faut savoir saisir, un lien plus impalpable.
Je ressens encore plus l'importance de préserver des moments de tête à tête, le soir au coucher où l'on évoque les petits riens de la journée pourtant si déterminants, sortie toutes les deux pour l'utile ou le plaisir...
En grandissant je sais qu'il me faudra saisir ces moments encore plus au vol lorsqu'ils se présenteront dans le tourbillon de l'adolescence - comme c'est déjà le cas pour sees deux soeurs ainées- et qui n'excluent pas pour autant des moments de complicité et chacune à leur façon , des moments, des demandes qu'il faut savoir decripter  masqués parfois par le quotidien.
Liens qui déterminent, se transforment et demeurent...

Lien vraie richesse humaine.



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jeudi 3 mai 2007

le chemin du changement

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La vie est mouvement, la vie est changement, tels les nuages qui dessinent leur réalité changeante dans le ciel.
Il s'agit juste de trouver la même douceur dans ce changement, cette douceur très active et présente. Une véritable force en profondeur...

Ce que je cherche dans le taichi chuan et dans la vie...
Car de là émerge un véritable changement...


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"Celui qui ne sait pas modifier sa pensée ne sera jamais capable de modifier la réalité."

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dimanche 18 mars 2007

L'insaisissable

Ombres et lumières s'échappent du ciel. Les nuages laissent passer des vérités différentes pour chacun, selon l'endroit où l'on se trouve...

Se dessine dans le ciel un oeil, l'Oeil d'Horus...
J'ai devant moi la clarté du ciel et je n'ai rien vu... Il faut que les contours des nuages qui dessinent cet oeil me soient montrés par le felouquier égyptien qui nous accompagne...
Mon appareil à peine saisi, sa réalité se dissipe déjà. Réalité pourtant là, face à moi et qui manque d' échapper à mon regard...


oeiloeil_egyptien


Ainsi va la perception de la réalité. 
Ce que l'on montre, on le connaît déjà. Le reste est à découvrir ( l'écrit, l'art est un chemin vers cela...)
Nulle vérité entière n'est dans notre regard, ni dans celui d'autrui.
L'approche de la vérité reste dans l'acceptation de la difficile différence.
L'acceptation aussi de n'être pas toujours dans le regard d'autrui, l'acceptation qu'autrui ne soit pas toujours ce que l'on voudrait qu'il soit.

La réalité est fait de multiples perceptions. Chacun voit ce qui a du sens pour lui. Le reste n'apparaît que dans une transparence quasiment immatérielle visible seulement par d'autres regards, d'autres manières de regarder...

Tenter de percevoir le diffus dans le visible...
Une brèche s'ouvre, d'où une intuition fugitive s'échappe.
Et le voile du doute redépose son ombre obscure.
Reste l'insaisissable, le voile opaque des apparences qui masque l'essentiel, ce qui ne peut se dire ni  se montrer...
Reste le vide d'un reflet perçu et immédiatement perdu...




Tout en écrivant ces mots' j'écoute "La Librairie Francophone" sur France-inter je suis saisie par une phrase  qui fait écho à ce que j'écris...
De son livre "L'enfant-rire" j'entends Joëlle Miquel  dire:
"La vérité, autant de l' autre que du monde, nous échappe. Et je pense que dire  "je ne sais pas mais ça m'intéresse", voilà, c'est ça que je voudrais que les lecteurs pensent"...
Un livre qui m'appelle...

L'écho se poursuit sur un autre livre: "L'aventure de la photo contemporaine de 1945 à nos jours" de Louis Mesplé:  Une phrase parmi d'autres "Prendre une photo, c'est une façon d'écrire une fiction ou un élément du réel..."
Un autre livre à découvrir...

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