D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

mercredi 19 septembre 2007

Contours du jour qui vient

 


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"L'ombre s'est dissipée alentour, c'est vers toi que je m'élance. Non pas que le jour tant espéré se soit enfin levé, pour étrangler le tourment. Il aurait pu en être ainsi, si le désespoir ne rythmait plus la cadence à grand renfort de parousies, d'invectives, de sentences... La vie n'est encore qu'une longue élégie. Elle continue de psalmodier ses invites à la fin. La vie est un exténuement. Qu'il y ait un matin ou qu'il y ait une nuit, elle n'en peut plus de ses fardeaux. Cependant, l'ombre se dissipe alentour, car je la jette au loin, comme je m'élance vers toi. Pour qu'elle ne soit plus cette opacité au-dehors qui empêche la plus timide avancée, je la chasse de mon cœur. Je sais que le jour vient. Il ne peut en être autrement. Qu'il ne me trouve pas, lorsqu'il surgira, dans mes oripeaux ténébreux !"

Contour du jour qui vient  de  L.Miano

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Des photos de deux de mes deux filles cet été, posés sur ces lignes de Léonora Miano...

La conscience de la douceur des contours des jours qui sont et  qui viennent, ceux de  notre vie...
Chance qui n'est pas identique pour tous...

Avoir conscience de tant de douceur, sans enjoliver, sans gommer les travers et les difficultés des jours ordinaires parfois loin d'être faciles ...

Mais ne pas s'enfermer dans un égoïsme de privilégiés, tenter au moins de garder les yeux ouverts,  se sentir concerné  et s'interdire l'indifférence.

Musango , elle nous livre sa force de vie dans sa longue et courageuse traversée  en quête d'elle même dans cette  Afrique difficile et en pleine anarchie...






Je tire du puits des commentaires ce merveilleux texte de ce grand poète et écrivain qu'est Jean Tardieu et que je ne me lasse pas de lire.
Pourtant je n'avais jamais lu ce magnifique texte. La lecture de celui-ci m'a fait frissoner par tant de beauté et de vérité...
J'ajouterai que ce texte fait d'autant plus écho en moi qu'il exprime si bien l'origine du titre de cet espace "D'ombre et de lumiere"...

Je te remercie donc Photeil. (C'est toujours des moments de bonheur pour moi quand je découvre des textes aussi beaux!).


Et je vous invite à vous rendre dans son espace où l'on découvre bien d'autres joyaux de ce genre...


"Voilà un poème de Jean Tardieu

tout à fait à propos et qui est intitulé
"La part de l’ombre"

Toutes choses que je connais, au nom de cette
raison qui nous éclaire encore pour un peu de temps,
je les ai nommées. Cependant, la nuit de ce qui n’a pas de nom les déborde de toutes parts.
Cette obscurité, je n’entends point l’adorer, mais la reconnaître pour telle, savoir où elle commence et,de la sorte, mieux repérer les frontières de mon domaine.
A moi de combattre pied à pied l’envahissement
des ténèbres, de repousser le plus loin possible mes limites – mais quelle folie de croire que je pourrai continuer à vivre et à lutter si, dès ce monde-ci, je ne fais pas la part de l’ombre !
Je verrai ainsi, autour du moindre de nos actes,
ce halo d’infinité qui lui confère sa grandeur. Le plus humble pichet sur une table d’auberge peut devenir objet sacré : il suffit que je m’étonne de sa présence, et le voilà parti, bercé par des flots absolus.

Posté par photoeil"


 

 




   
 


jeudi 6 septembre 2007

Toujours en équilibre entre la beauté et la mort...

 

 

 



 

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Ces roses-là...  C'était quelque chose.
J'étais donc en train de prendre mon petit déjeuner et je regardais le bouquet sur le plan de travail de la cuisine. Je crois que je ne pensais à rien. C'est peut-être pour ça, d'ailleurs, que j'ai vu le mouvement ; peut-être que si j'avais été absorbée par autre chose, si la cuisine n'avait pas été silencieuse, si je n'avais pas été seule dans la cuisine, je n'aurais pas été suffisamment attentive. Mais j'étais seule et calme et vide. J'ai donc pu l'accueillir en moi.
Il y a eu un petit bruit, enfin un frémissement de l'air qui a fait « shhhhh » très très très doucement : c'était un bouton de rose avec un petit bout de tige brisée qui tombait sur le plan de travail. Au moment où il l'a'touché, ça a fait « peuf», un « peuf » du type ultrason, seulement pour les oreilles des souris ou pour les oreilles humaines quand tout est très très très silencieux. Je suis restée la cuillère en l'air, complètement saisie. C'était magnifique. Mais qu'est-ce qui était magnifique comme ça ? Je n'en revenais pas : c'était juste un bouton de rose au bout d'une tige brisée qui venait de tomber sur le plan de travail. Alors ?
J'ai compris en m'approchant et en regardant le bouton de rose immobile, qui avait terminé sa chute. C'est un truc qui a à voir avec le temps, pas avec l'espace. Oh bien sûr, c'est toujours joli, un bouton de rose qui vient de tomber gracieusement. C'est si artistique : on en peindrait à gogo ! Mais ce n'est pas ça qui explique THE mouvement. Le mouvement, cette chose qu'on croit spatiale...
Moi, en regardant tomber cette tige et ce bouton, j'ai intuitionné en un millième de seconde l'essence de la Beauté. Oui, j'ai eu cette chance inouïe parce que, ce matin, toutes les conditions étaient réunies : esprit vide, maison calme, jolies roses, chute d'un bouton. Et c'est pour ça que j'ai pensé à Ronsard, sans trop comprendre au début : parce que c'est une question de temps et de roses. Parce que ce qui est beau, c'est ce qu'on saisit alors que ça passe. C'est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.
Aïe, aïe, aïe, je me suis dit, est-ce que ça veut dire que c'est comme ça qu'il faut mener sa vie ? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition ?
C'est peut-être ça, être vivant : traquer des instants qui meurent.

L"élégance du hérisson  de Muriel Barbery

      

   

    








                

   

dimanche 26 août 2007

Le temps de lire

      

   

      

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Mes livres de l'été:

-Les Cerfs-volants de Kaboul de Hosseini:  plongée au coeur de l'Afghanistan des talibans et de son propre passé. Le roman se déroule des années 70 à nos jours. Une histoire d'amitié entre deux frères de lait de conditions sociales différentes. Vous pouvez y aller sans regret tout simplement superbe...

-L'élégance du hérisson de M. Barbery: J'ai vraiment, vraiment beaucoup aimé, j'ai savouré ce livre comme de precieux instants que sont ceux de la vie et de l'art d'apprendre à vivre, fil conducteur de ce livre... 
Pourtant étonnamment  certains
autour de moi n'ont pas accrochés, ils me disent avoir eu du mal a rentrer dans le livre et ont trouvé les personnages caricaturaux voir prétentieux. Je ne les rejoins pas comme quoi chacun ressens les choses à sa façon...

-Les mémoires d'un Porc-Epic de Mabanckou: pour continuer dans la série pleine de piquant!
L'histoire d'un étonnant porc-épic double animal qui serait en quelque sorte notre côté obscur, chargé par son alterego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres.  Un récit truculent bourré d'ironie inspiré de la tradition orale...

-Les oubliés de C.Gailly:  à surtout ne pas oublier . Un livre plein de beauté, de musicalité, de sensibilité...
"Schoonen et Brighton journalistes se donnent pour tâche de ramener à la lumière certains artistes oubliés. La vie ne leur fera pas prendre les mêmes trajectoires. Le hasard fait et défait bien des choses On y trouve deces petits riens de la vie qui la rendent forte et belle."

-Hommes entre eux de J-P Dubois: Un homme atteint d'une maladie incurable a comme seul dernier désir de revoir son ancienne femme qui l'a quitté.Cette quête l'emmène  vers un homme solitaire qui a vécu avec sa femme.
Tout le roman converge vers la confrontation inévitable de ces deux hommes.
J'ai toutefois préféré "Une vie Française"du même auteur.

-Une pièce montée de Blandine Le Callet:  Elle manie un humour acérée et se moque de la  bourgoisie pleine de conformisme et d'intolèrance.  Ce livre a été très apprécié autour de moi et peut-être encore plus que par moi !!

-La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier.
Je l'ai avec beaucoup de plaisir.
Un portrait de Vermeer a particulièrement fait rêver les exégètes: La jeune fille à la perle. Qui est-elle? Certains y ont vu une fille du peintre, d'autres, comme Tracy Chevalier, u
ne servante de la maison. Dans son roman, l'histoire de Griet se mêle à l'histoire du tableau. L'arrivée de la jolie servante trouble le bon ordre de la maisonnée, où l'épouse se montre jalouse de leurs prérogatives. Par la volonté du maître, Griet est bientôt la seule à pénétrer dans l'atelier. A peine le tableau est-il achevé, Griet s'en retourne au néant de son existence, épousant le premier boucher du coin. Sa vivacité d'esprit, sa sensibilité auront vécu le temps qu'elle soit peinte. Et avec elle nous aurons vécu dans l'atmosphère de Delft, où la pénombre ambrée des scènes domestiques assourdit les couleurs des passions. (Marie Alstadt)


J'ai ressorti pour mes grandes:

-Mangez-moi de Agnès Desarthes: à mangez sans modération ( il s'agit bien d'un roman et pas d'un livre de recettes!)
Il y a chez Agnès Desarthe une justesse des sentiments, une sensibilité sans atours, une vérité parfois grinçante. Avec Mangez-moi, au travers de personnages attachants, elle nous livre une réflexion sur le temps qui passe qui amène le pardon et aussi, peut-être, « l’hameçon furtif » de l’amour ainsi qu' un immense apétit de vivre.
On pénètre ici dans un monde poétique,original et plein de fraicheur . Le grave y cotoit le gai,le profond avec le légèreté eton y respire une infinie tolérance pour l'imperfection."
"Myriam ouvre un restaurant comme elle ouvrirait une nouvelle porte dans sa vie. Elle y met du courage, de la volonté, elle l’appelle Chez moi. Malgré les peurs et les doutes, elle voudrait qu’enfin cette porte-ci soit la bonne. Car de ses vies d’avant, celles d’épouse, de mère qui attend en vain que l’amour lui gonfle le coeur, d’amante furieusement aimée et tout aussi furieusement jetée, elle garde le poids d'un chagrin. 


-L'ombre du vent de Zafon: à ne pas laisser dans l'ombre une fois en main  on ne le lache plus...
Le récit débute à Barcelone, après la guerre civile marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours.
"Une histoire d’amour, de haine et de rêves qui vit dans l’ombre de 524 pages que l’on dévore trop vite. Tableau historique, récit fantastique, réalisme magique, énigme policière où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, ce roman d'apprentissage et d’aventures mêle inextricablement la littérature et la vie."Pascale Arguedas

Et dernièremant:

-Hitonari Tsuji  La promesse du lendemain
Six nouvelles qui se déroulent dans un monde clos plus ou moins imaginaire où des personnages solitaires cherchent un sens à une vie qui leur échappe.

-Brina Svit  Un coeur de trop: Derrière un titre à l'eau de rose (l'auteur n'hésite d'ailleurs pas  à s'en moquer au cours du roman), apparait un livre sensible: Une femme dont le destin peut paraître ordinaire bascule lors du décès de son père. Une rencontre imprévue et bouleversante et la découverte d'un livre biographique de son père l'amène a prendre du recul sur sa vie. Une histoire dont le puzzle se reconstitue pièce par pièce.
Je redoutais une fin toute tracée ce qui n'a pas été le cas.

-Michel Quint  L'espoir d'aimer en chemin
Le titre n'est pas super à mon goût mais le livre vaut par contre le coup d'être lu. On y retrouve l'humanité toute simple des autres romans de Michel Quint.
"C'est un homme qui parle. Il est marionnettiste, vit avec une infirmière. Il joue dans les hôpitaux pour distraire les enfants malades. C'est ainsi qu'il rencontre Louis , un adolescent plongé dans le coma à qui il racontera des histoires, espérant que celui-ci les entende. Finalement, il va lui livrer le récit de sa vie. La disparition de sa mère, le tête-à-tête avec son père, un homme ambigu en affaires et en sentiments, son grand amour pour Halva, une jeune Algérienne  dont le souvenir ne l'a jamais quitté. Le quotidien à Paris  puis dans le Nord où il finit par s'installer avec son père."
L’émotion est présente tout au long de ce roman ; les personnages sont touchants car criant de vérité. Ils sont humbles et sincères et pourtant ils participent à faire évoluer le monde à leur façon. (Evène)

-Contours du jour qui vient de Léonora Miano
Prix goncourt des lycéens et celà le vaut bien!
"Après la guerre qui a ravagé le pays, le Mboasu est exsangue. Incapables de prendre soin de leurs enfants, les parents les chassent, les accusant d'être la cause de leurs malheurs. C'est dans ce contexte que la petite Musango se retrouve à la rue. Enlevée puis vendue par des trafiquants, elle est séquestrée par des proxénètes qui dissimulent leur odieux trafic derrière les activités d'une secte religieuse. Dans ce pays en proie à une misère morale et matérielle sans précédent, les charlatans de tout acabit font en effet fortune. Pour retrouver sa mère, Musango s'enfuit et traverse une ville frappée de folie. Pendant son périple, elle s'adresse à sa mère. Leur histoire intime se confond avec celle d'une société inapte à envisager son futur. Musango représente tous ceux qui, comme elle, doivent se construire sans références. Retrouvera-t-elle cette mère, symbole d'une Afrique à la dérive ?" (Evène)
Superbe...
J'ai d'ailleurs du mal a passer à autre chose.


Je suis preneuse de vos coups de coeurs!!


      

      

jeudi 12 juillet 2007

Perception autour d'une identité

Notre identité est soumise au regard des autres. Qui sommes nous vraiment sans leur regard qui determine sans doute plus qu'on le voudrait... Qui sommes nous dans leur regard? Où se situe notre identité?
S'absoudre de ce regard dans la mesure du possible. Tenter d'être ce que l'on est, ce que l'on ressent pour soi-même et en soi-même et non pour être seulement apprécié...
Mais rien n'est simple, nous vivons les uns par rapport aux autres et le partage nous façonne et est aussi une force ...
Sans doute un juste équilibre à trouver..

Rajout suite à un commentaire n'ayant pas bien interprété l'origine des croquis, je tiens à préciser que ces croquis ne sont pas de moi, mais ceux dont j'ai été le sujet.

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Croquis et regards  posés sur moi durant le stage... Chacun a une vision bien spécifique de l'angle ou de l'histoire où il se trouve et une façon très personelle de l'exprimer...

                                                                                                                                                                                                                                                

"L'être humain ne change pas, il change le monde.
Chacun de nous contribue à l'accomplissement ou à la destruction de quelques autres, dit Niels.
_ C'est une façon de t'excuser ? demande Théo.
— Non, juste une façon de dire qu'on ne peut comprendre une personne hors d'un ensemble de personnes, dit
Niels.
— C'est vrai, chaque homme est à la fois relié et séparé, il n'y a ni lien insécable, ni solitude irréductible, dit Estelle.
— Mais il y a beaucoup de solitude, personne ne respire pour personne, dit Moussia.
— Il faut essayer de se connaître mutuellement. Mais qu'est-ce que c'est, connaître un autre ? dit Niels.
Connaître l'autre c'est avoir saisi le rêve intérieur qu'il fait de lui-même, pas seulement avoir vu qui il se figure être, mais savoir qui il aspire à devenir, dit Marina.
— Mais on parle trop pour voir ces choses invisibles, dit Estelle.
On ne parle pas trop, on parle mal- On se parle mal. Ce que je vais dire est-il vrai, utile et bienveillant ? Voilà la bonne question, dit Théo.

Alice Ferney Les autres

                              

                                                                                                                                                                                     

                                                                                                                                                                                                                                          

mardi 5 juin 2007

Chaque instant de la vie se fixe en nous, au moment même où il nous échappe


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"Tout à l'heure, en levant les yeux du livre que j'étais en train de lire, j'ai vu, par la baie vitrée ouverte sur la forêt, un papillon traverser l'espace. Il tournoyait.   
Un papillon ne vole jamais droit, trop léger, il ne parvient pas à maintenir une ligne continue. Il faisait donc un peu n'importe quoi, comme tous les papillons, il s'agitait de haut en bas, de gauche à droite. Cependant, nous savons bien qu'aucune espèce, volante ou pas, ne fait véritablement jamais « n'importe quoi ». Chacune évolue selon un dessein préétabli et respecte un projet, et ce papillon en avait un : il allait quelque part, à la recherche de quoi, au juste ? Mais peut-être aussi, ne recherchait-il rien, et ne faisait-il que passer, représentation parfaite de l'éphémère de toutes choses.
Pas moins fragile qu'un flocon de neige qui tombe sur de la neige, ou que le pétale d'une fleur de cerisier vacillant sous l'effet du vent, au-dessus du lit d'une rivière. Pas moins fragile, mais pas moins évident : chaque instant de la vie se fixe en nous, au moment même où il nous échappe.
Je me suis demandé si cette créature blanche sur le fond vert de la forêt pourrait apparaître à nouveau, si le papillon reviendrait dans mon champ de vision, s'il caresserait l'air une deuxième fols."


Franz et Clara   P.Labro











mardi 22 mai 2007

Toutes les limites sont franchissables

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 "Personne ne se connaît vraiment soi-même, et il faut devoir vivre une situation extrême pour s'en apercevoir. Chacun de nous peut avoir l'impression d'entrevoir un petit aspect de son moi profond - je suis nerveuse, je suis sensible, jamais je ne dirai une chose pareille, jamais je ne ferai une chose pareille, je ne suis pas du tout attirée par telle ou telle personne, voilà une limite que je ne franchirai jamais - mais ce n'est là qu'une illusion intime, et le jour où nous nous y attendons le moins, dans la situation la plus banale qui soit en apparence, nous découvrons que toutes les limites sont franchissables. Nous vivons plus ou moins heureux tant que nous ne savons pas ce que nous sommes, mais ce que nous sommes est en fait ce que nous ne sommes pas, car nous sommes toujours trompés par nos certitudes."


Extrait de "Un miracle en équilibre" de Lucia Etxebarria




samedi 19 mai 2007

Avancer nécessite parfois d'abandonner une partie de ce qui nous constitue



Aucune frontière n'est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s'arracher la peau pour quitter son pays. Et qu'il n'y ait ni fils barbelés ni poste frontière n'y change rien. J'ai laissé mon frère derrière moi, comme une chaussure que l'on perd dans la course. Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes.

Eldorado   L.Gaudé


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Avancer necessite parfois d'abandonner une partie de soi-même , c'est sans doute  pourquoi l il nous est si souvent difficile de changer ou d'accepter de changer.
Aussi nous utilisons nos forces à résister contre cela plutôt que de tenter d'emblée de l'intégrer...
Renoncer est si difficile et pourtant parfois si nécessaire...




samedi 5 mai 2007

Emerveillement intact

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"Parfois je me raconte. Je me ramène en arrière et je me souviens. L'émerveillement est intact. Je ne le ressens plus, mais mon imagination a le pouvoir de le synthétiser. C'est comme regarder des photographies du passé. On se voit croquant un fruit dans le soleil d'un après-midi d'été. C'est l'hiver et l'on n'a rien dans la bouche, mais on parvient, en se concentrant, à retrouver la trace de la sensation, à la circonscrire, sans pour autant l'éprouver. C'est un travail au pochoir. Une torture aussi, car sans cesse on voudrait plonger la main dans la profondeur inexistante du cliché et dérober le fruit, s'emparer de la lumière, revenir en arrière."

Agnès Desharthes "Mangez-moi"




mercredi 2 mai 2007

Rien ne justifie rien, si on omet de regarder avec les yeux de l'intérieur.


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"Jusque-là, il n'avait vu qu'un corps emmitouflé, qu'une femme éreintée de fatigue, une pauvre âme déshydratée, qui ne voulait pas quitter la nuit. Mais lorsqu'il croisa son regard, il fut frappé par cette tristesse noire qui lui faisait serrer la rambarde de toute sa force. C'était le visage de la vie humaine battue par le malheur. Elle avait été rouée de coups par le sort. Cela se voyait. Elle avait été durcie par mille offenses successives. Et il sentit que, malgré cette faiblesse physique qui la rendait peut-être incapable de se lever toute seule et de marcher sans aide, elle était infiniment plus forte que lui, parce que plus éprouvée et plus tenace. C'est pour cela, certainement, qu'il n'avait pu oublier ses traits. Mais il n'aurait jamais pu imaginer que sa figure à lui reste également gravé dans son esprit et qu'elle puisse le reconnaître deux ans plus tard, dans les ruelles d'un marché. Qu'avait-il été pour elle ? Le visage de ce continent tant espéré ? Celui du réconfort physique, de l'aide tant attendue ? Ou le visage de celui qui l'avait arrachée définitivement à sa vie passée ?Il ne la toucha pas. Il ne lui jeta même pas une couverture sur les épaules comme il avait fait avec les autres. Quelque chose en elle l'interdisait. Une sorte de noblesse racée qui tenait éloignée d'elle la pitié.Après un long temps de silence, elle avait fini par lâcher la rambarde. D'elle-même. S'il l'avait forcée, elle se serait accrochée. Ou peut-être même aurait-elle sauté par-dessus bord, il en était certain. Elle avait lâché prise parce qu'il lui avait laissé le temps de le faire. Il l'escorta jusqu'à la frégate. Et, à sa grande surprise, elle marcha seule."

 

Laurent Gaudé  Eldorado


mercredi 25 avril 2007

Dans la grande balance de l'univers

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Il faut faire le bien sans cesse, sans le dire et sans y penser. Dans la grande balance de l'univers cabossé, sur le plateau de gauche, celui qui est en cuivre, tandis que l'autre est en plomb, jetez vos petits bienfaits, comme des cailloux, comme des perles, comme des grains de riz. Comme des pétales de fleurs.

- Comme des boules de neige ! dit Lolly. Comme des bulles de savon ! Comme des marrons !

- Comme des pommes de pin ! dit Esther. Comme des pièces de monnaie. Des bouts de fromage. Des Carambar. Des mouches mortes.

- Comme des pommes de terre ! dit Évangéline. Comme des grains de raisin. Des pépins de courge.

- Comme des pavés, dit Clo.

- Est-ce que tu t'appelles madame Elohim ? demande Judith.

- Comme des bonbons, dit Mo, qui d'habitude ne dit jamais rien.

Et moi je n'ai pas le temps de jeter à mon tour quelques queues de cerises, des noyaux de prunes, ou des gouttes de rosée vers le plateau de cuivre.

"Les soeurs Délicata"  Geneviève Brisac

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