D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

mercredi 30 septembre 2009

Le contour de l'herbe étroit et âpre raconte mes yeux qui regardent à l'infini

1.jpg


 

 

Je te souris. Qu'est-ce qu'un sourire?

Une lumière envoyée à une étoile par une étoile.

Une odeur qui lie les herbes en prairie bourdonnante.

Une douce couleur la couleur verte de mes yeux s'emmêle dans tes doigts.

Tu tiens dans ta main le corps tout chuchotant de la
prairie.

Le contour de l'herbe étroit et âpre raconte mes yeux qui regardent à l'infini


Tu me souris.

 

 


 

Halina Poswiatowska

 



_______________________

mercredi 24 juin 2009

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie...

la_liseuse.jpg

 

La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le  pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Proust  Le Temps Retrouvé

   

...Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier...

 

lesliseuses.jpg

 

mardi 23 juin 2009

la liseuse

ombre_liseuse3


"Dans certains cas, les histoires peuvent nous venir en aide. Elles peuvent parfois nous guérir, nous illuminer et nous montrer le chemin.Et surtout elles peuvent nous rappeler notre condition, percer l'apparence superficielle des choses et susciter en nous l'intuition des courants et des profondeurs sous-jacents."

Albert Manguel  La cité des mots


1.jpg

lundi 1 juin 2009

Chaque vie est un crible, chacun de nous un chercheur d’or.

a.jpg

b.jpg

"Chaque vie est un crible, chacun de nous un chercheur d’or."

"Penser, c’est témoigner d’une présence. C’est un acte sauvage. Penser, c’est dire le monde à travers soi, comme on est seul à pouvoir le dire, comme le trahissent forcément ceux qui déclarent qu’ils le voient comme vous. Penser, c’est accomplir par ses chemins propres cet itinéraire de solitude au bout duquel on rencontre tout le monde."

"Faire changer le monde, ce n’est pas le commenter, c’est changer soi-même de posture vis-à-vis de lui."

"Une manière d’être se cherche
dont tout le monde a le pressentiment
et que personne ne parvient à trouver ni à nommer."

"Tisser et retisser l’étoffe de sa vie, avec le tissu qu’on a, les moyens qu’on a, le talent qu’on a : quoi de plus modeste, de plus silencieux, de plus libre ? Mais le fil de ce tissu conduit aux autres et, de proche en proche, tisse et retisse le monde ; quoi de plus large, de plus ambitieux, de plus nécessaire ? "

Jean Sur  68 Forever

mardi 17 mars 2009

Le silence des mots

silence_des_mots.jpg

... Inépuisable...

Je ne croyais pas si bien dire deux lettre, deux petites lettres se sont envolés,  le"i" le"n" oubliés en chemin..
et qui changent tout...

...et  une épreuve de  6 heures annulée, et à repasser pour certains...

"Il y a dans les vrais livres avec l'évidence même de la vérité dont ils témoignent une épuisable [ .. Inépuisable...] réserve de mystère, de silence, d'enigme."

Philippe Forest  Haïkus

je laisse les lettres s'envoler pour me glisser entre deux pages d'un livre, entre deux lignes, voir juste entre  deux mots,  dans cet infime espace où peuvent s'envoler les oiseaux éphémères du silence...

silence_des_mots_1.jpg

lundi 16 février 2009

Entre parenthèse

IMG_2011

Quelque fois le temps est si clément qu'il y a presque une parenthèse qui s'ouvre entre nous et le non-sens du monde. Je crois que c'est aussi entre parenthèse que le hasard nous parle le mieux, qu'il apporte ses précisions indispensables, son faisceaux de recoupements qui amusent notre errance. Il faut juste une lecture attentive, ne pas sauter des lignes.

Valérie Boronad  Les constellations du hasard



mardi 25 novembre 2008

Juste une main

P1110115


 

Celui qui, vivant, ne vient pas à bout de la vie, a besoin d'une main pour écarter un peu le désespoir que lui cause son destin -il n'y arrive que très imparfaitement-, mais de l'autre main, il peut écrire ce qu'il voit sous les décombres, car il voit autrement et plus de choses que les autres, n'est-il pas mort de son vivant, n'est-il pas l'authentique survivant? Ce qui suppose toutefois qu'il n'ait pas besoin de ses deux mains et de plus de choses qu'il n'en possède pour lutter contre le désespoir.

Kafka


lundi 26 mai 2008

Ce papillonnement rouge vif et tellement éphémère qu'est la vie...

IMG_1883

IMG_1882

Un soir d'été, je traversais ainsi, en compagnie d'un enfant, un très grand pré en pente aux herbes hautes. Les arbres remuaient dans le vent et les nuages passaient bien vite. L'enfant lâcha alors ma main pour courir, puis revenir, et courir encore, comme font les chiens, les tourbillons, les pensées parfois à l'approche du soir. Il était beau. Ce n'était même pas une question de traits ou de gestes. C'était la lumière de cet instant. Une lumière qui ne venait pas du ciel, mais de l'intérieur même d'un instant qui ne se reproduirait jamais.
Bientôt, l'enfant interrompit sa course pour cueillir des coquelicots. Seul un enfant peut révéler l'importance splendide de ce papillonnement rouge vif et tellement éphémère. Les coquelicots. Le faisceau des tiges inégales emplissait son poing. Et puis il s'arrêta net, le modeste bouquet momentanément serré entre ses genoux, afin de mieux observer quelques coquelicots en bouton. Ses doigts s'affairaient sur ces capsules veloutées et vertes qu'il voulait évidemment ouvrir. Il savait que tout le rouge est à l'intérieur, du rouge tout froissé, tassé dans cette housse fuselée que ses ongles déchiraient. Finalement, il put tirer avec précaution le minuscule entassement de pétales froissés qui se déployaient, s'allégeaient et enfin devenaient fleur, étendard, crête magique... C'était la naissance d'un peu de rouge très pur dans un pli de l'été.
De telles heures, l'écriture ne peut rien sauver sauf cette rosée d'encre qui perle un moment au bord de la feuille, le temps de chercher les mots, puis s'évapore.

Pierre Péju

   

lundi 14 avril 2008

Territoires sauvages

rail2


Résignation, tel est le mot de la grande défaite. La vie est un trajet long et fatigant. Comme un train de grande ligne qui doit, à l'occasion, traverser des régions en guerre et des territoires sauvages. Je veux dire que le chemin est semé d'embûches et le déraillement un accident assez banal. II y a mille façons de perdre le cap. Par exemple, on peut aller tout droit en enfer pendant quelques années.

D'autres, en revanche, ne sortent jamais des rails, ils se contentent de ralentir, roulent de plus en plus lentement, jusqu'à finir par s'arrêter complètement et faire du surplace, à moitié tués par la passivité et l'échec, le temps inclément faisant rouiller le fer-blanc et les idées.

Rosa Montero La fille du cannibale


Mais il y a aussi ces endroits qui ne vont nulle part.

Des endroits où l'on ne peut que s'arrêter.

Voie sans issue qui appelle le demi-tour, personne ne nous y attend et pourtant juste avant le demi-tour...

mardi 8 avril 2008

Les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté.

DSCF3590

DSCF3578

"En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourra paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté.

Le mal, on sait ce que c'est, surtout celui que l'homme inflige à l'homme. Du fait de son intelligence et de sa liberté, quand il s'enfonce dans la haine et la cruauté, il peut creuser des abîmes pour ainsi dire sans fond. Il y a là un mystère qui hante notre conscience, y causant une blessure apparemment inguérissable. La beauté, on sait aussi ce que c'est. Pour peu qu'on y songe cependant, on ne manque pas d'être frappé d'étonnement : l'univers n'est pas obligé d'être beau, et pourtant il est beau. À la lumière de cette constatation, la beauté du monde, en dépit des calamités, nous apparaît également comme une énigme.
Que signifie l'existence de la beauté pour notre propre existence ? Et en face du mal, que signifie la phrase de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde » ? Le mal, la beauté, ce sont là les deux défis que nous devons relever. Ne nous échappe pas le fait que mal et beauté ne se situent pas seulement aux antipodes : ils sont parfois imbriqués. Car il n'est pas jusqu'à la beauté même que le mal ne puisse tourner en instrument de tromperie, de domination ou de mort. Une beauté qui ne serait pas fondée sur le bien est-elle encore « belle » ? Intuitivement, nous savons que distinguer la vraie beauté de la fausse fait partie de notre tâche. Ce qui est en jeu n'est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté."

Cinq méditations sur la beauté  François Cheng

IMG_9953

« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »