Le seul avantage d'être enfermée dans la réserve à charbon est que cela incite à réfléchir.

Hors contexte, cette phrase est absurde. Mais en essayant de comprendre comment fonctionne la vie - et pourquoi certaines personnes s'en tirent mieux que d'autres face à l'adversité - je reviens à cette idée de dire oui à la vie, qui se traduit par amour de la vie, aussi inadéquate soit-elle, et amour de soi, aussi difficile à cerner soit-il. Cela ne passe pas par la méthode du " moi d'abord ", qui est l'opposé de la vie et de l”amour, mais plutôt par celle du saumon remontant avec détermination le courant, car aussi violent soit t il, c’est le courant de vos origines...

Ce qui me ramène au bonheur et à son étymologie.

Aujourd’hui, il s'apparente avant tout à un sentiment de plaisir et de contentement ; une excitation, du piquant, l'estomac retourné, un sentiment agréable, juste, reposant, et vivant... enfin, vous voyez...

Mais des significations plus anciennes fondent le hap de happiness -happ en moyen anglais, gehapp en vieil anglais -, à savoir la chance ou la fortune, bonne ou mauvaise, qui vous tombe dessus. Hap, c'est le lot qui vous incombe, les cartes qui vous sont distribuées. La façon d’appréhender votre hap déterminera si vous pouvez être happy, heureux, ou non. Ce que les Américains, dans leur Constitution, appellent « la recherche du bonheur ›› (relevez bien qu’il ne s'agit pas du «droit au bonheur ››), est le droit de remonter le courant, à la manière d'un saumon.

 Rechercher le bonheur, je l’ai fait et continue de le faire, n’a rien à voir avec le fait d’être heureux - un état éphémère d'après moi qui est subordonné aux circonstances et un peu bovin. S’il brille, mettez-vous au soleil - oui, d’accord, très bien. Ces bonheurs-là sont merveilleux, mas ils n'ont qu’un temps - bien obligé - puisque le temps passe. La recherche du bonheur est plus insaisissable; elle dure toute la vie et n'est pas tenue par l’obligation de résultat.

Ce que vous cherchez est un sens - une vie qui a du sens. Revoilà le hap - le destin, le sort qu’est le vôtre et qui est fuyant, évolue au fil du courant ou vous distribue de nouvelles cartes, la métaphore n'a pas d'importance. Cela demandera beaucoup d'énergie. Il y aura des moments si terrible que vous y survivrez à peine, et d’autres où vous comprendrez que le gouffre que vous vous êtes choisi vaut mieux que l’existence factice, en demi-teinte, qu’on a choisie pour vous.

Cette recherche ne se réduit pas à tout ou rien - c'est tout ET rien. Comme dans les récits de quête.

En naissant, je suis devenue le coin visible d’une carte pliée.

La carte offre plus d’un itinéraire. Plus d’une destination. La carte, ce moi qui se déplie, ne conduit nulle part en particulier. La flèche qui indique VOUS ETES ICI est votre première coordonnée. ll y a bien des choses qu’on ne peut changer quand on est enfant. Mais on peut au moins faire son sac en prévision du voyage...

 

"Pourquoi etre heureux quand on peut etre normal?" Jeanette Winterson

 

une attention toute particulière à Jp