C'est là que je veux aller, dans ces pays perdus, ces terres de non-dits...    

comme dans l'amour on cherche à rejoindre l'autre dans ce qu'il a de plus secret et que seul parfois le corps finit par livrer...

                                                                                                 

                                                                                                 un cri que nul mot ne pourra jamais remplacer.

 

 

 

Mais moi je n'en veux pas des vraies histoires, elles ne m'intéressent pas les vraies histoires, écrire ça n'est pas raconter des histoires, c'est tenter d'atteindre la lisière de la vie, cette matière-là, mouvante, violente, imprévisible, or la vie ça n'est pas une histoire, la vie ça ne se déroule pas, ça ne passe pas, ça se tord ça hoquette ça n'a ni début ni milieu ni fin, pas de personnages, ce sont des corps qui avancent, qui tombent, qui aiment, qui ne savent pas, on avance tous en titubant, et personne n'en sort indemne, on finit tous par en mourir. Alors qu'on me laisse dans mes livres aller vers l'irracontable, pénétrer les espaces nocturnes au seuil desquels les mots sont restés faute d'avoir pu être prononcés, qu'on me laisse chercher là où la vie a enfoui, là où la vie a caché, c'est là que je veux aller, dans ces pays perdus, ces terres de non-dits, comme dans l'amour on cherche à rejoindre l'autre dans ce qu'il a de plus secret et que seul parfois le corps finit par livrer, dans un cri que nul mot ne pourra jamais remplacer.

 

Tardieu Laurence La confusion des peines