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"Ce qui m'attire avant tout, ce sont les destins bâillonnés, les personnages muets, les histoires tues. S'approcher du non-dit et tenter de l'articuler, n'est-ce pas l'essence même de l'écriture ?" nous dit Sofi Oksanen à propos de  son livre "Purge" 

 "Entre rédemption impossible et catharsis, un roman profondément organique, à la violence sourde, terriblement efficace par ses rouages très travaillés."

"Trahison, jalousie, meurtre, sexe et dissimulation : Purge sonde les âmes humaines aux heures les plus noires…"

Une  extreme solitude aussi:

« Elle avait attendu quelqu’un, exactement comme elle avait attendu alors dans cette cave où elle s’était rétrécie en souris dans un coin de la pièce, en mouche dans la lampe. Et une fois sortie de cette cave, elle avait attendu quelqu’un. Quelqu’un qui ferait quelque chose qui l’aiderait ou qui enlèverait au moins une partie de ce qui s’était passé dans cette cave. Qui lui caresserait les cheveux et qui dirait : « Ce n’était pas ta faute. ». Et qui dirait encore : « Plus jamais. ». Qui promettrait que « plus jamais », quoi qu’il arrive. Et en même temps qu’Aliide se rendait compte de ce qui s’était passé, elle comprenait que ce quelqu’un ne viendrait jamais. Que personne ne viendrait jamais dire ces mots, ne les penserait même ni jamais ne prendrait soin d’elle, plus jamais. Qu’elle, Aliide, était la seule qui puisse prendre soin d’elle. Personne d’autre ne viendrait jamais faire cela pour elle (…). »

"Des odeurs rassurantes nourricières mais qui côtoient les « framboises sombres comme du sang coagulé » et surtout les mouches vrombissantes, omniprésentes, qui s’infiltrent partout. ( en écho au poeme de Paul Vincensini  cité dans ma note précédente)  Le symbole de l’impossible tranquillité d’esprit de la maîtresse des lieux ? Car ce sont bien l’angoisse et la peur, quasi animales, qui taraudent de la première à la dernière page : la sueur d’Aliide qui clapote sous ses bras, de Zara pourchassée et épuisée, d’Hans qui devient fou dans son cagibi, de l’aisselle de Martin."...

"L’ambivalence du bien et du mal cristallisée dans ce personnage –qui soigne et tue- rend son portrait assez fascinant. En remontant son passé, le lecteur apprend à la connaître, la comprendre et sans doute à lui pardonner aussi, la « purger » justement de ses actes. "

"Comme Aliide concocte des potions médicinales dans son arrière-cuisine : crèmes de souci, prêle des champs, menthe, mille-feuille et carvi. Alors le titre prend une tout autre sonorité. Une  Purge qui décape, apaise et regénère."

Un livre violent "un réquisitoire contre la barbarie - guerrière ou sexuelle -, une douloureuse exploration de la mémoire collective, une "purge" libératrice et une quête de la dignité dans un monde indigne. "

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