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Nous sommes tous des pèlerins redoublants. L’essence du pèlerin est de redoubler. On a laissé quelque chose en chemin, on veut aller le rechercher. Quoi ? Ce n’est pas très clair, mais c’est impérieux. Une sorte de vérité entrevue et qui s’est effacée avec le retour. Une façon de vivre aussi. Les deux sont liés. Quand on arrive, on n’en a pas terminé avec cette histoire. Et, pour moi, et pour écrire (mais écrire et moi c’est tout comme), j’ai eu envie de faire, comme disait Sonia aux longues jambes, le «vrai chemin», d’un bout à l’autre, depuis la maison, en Anjou, jusqu’à Santiago et même Finisterre d’une seule traite, à la médiévale. Un chemin qui soit vraiment le mien, suivant le tracé de mon existence. Seule. Je voulais comprendre. J’aurais eu du mal à dire quoi. Mais je m’aperçois, en me relisant, que c’était déjà mon idée depuis le début. Ce rêve de solitude et de méditation jamais réalisé. Cette recherche d’une vérité qui n’ose pas dire son nom.

Le chemin n’est pas fait pour aller vite d’un point A à un point B, il est fait pour se perdre, et perdre du temps. Ou prendre son temps, si l’on veut. Retrouver un monde à taille humaine et ses humains habitants. Ses animaux et ses végétaux. Chaque nouvelle erreur est une nouvelle rencontre, chaque pas sur un sentier en creuse davantage l’existence sur la croûte terrestre, et l’on zigzague autour de la modernité à quatre kilomètres à l’heure. À la vitesse (si l’on peut dire!) du pas humain. Dans un autre espace-temps.

Le chemin nous fait vivre dans un monde parallèle. À la fois tout près des villes, et au milieu de nulle part. Un monde de petits sentiers et de hameaux qui festonne les grandes routes. Un monde de maisons d’hôtes et de gîtes ruraux, où évolue aussi une population parallèle, qui a plaisir à être là où elle est. À vous montrer combien c’est beau chez elle. Et qu’il n’y a rien de meilleur que sa cuisine... Car si le chemin ne pousse pas au mysticisme, il ne passe pas davantage par l’ascèse, Dieu merci ! Jésus a commencé sa carrière miraculeuse en changeant l’eau en vin aux noces de Cana. Et non seulement sa mère était là, mais c’est elle qui l’y a poussé... L’avantage parfois douloureux de redécouvrir la faim et la soif donne aussi l’occasion de se mettre à table chaque fois avec grand appétit, et sans aucun souci de régime: un vrai miracle !

Alix de Saint-André En avant, route