dimanche 30 novembre 2008
Le temps d'une pause

samedi 29 novembre 2008
Béances
Jusqu'où avait-elle rêvé d'aller? Jusqu'au bout, pensait-elle. Mais au bout de quoi? Au fond d'elle, elle se disait qu'il n'y avait pas d'aboutissement, seulement des recommencements, puisque l'inassouvi dissémine ses trous en nous. Il lui fallait, tôt ou tard, accepter les choses telles qu'elles étaient, puisqu'elle n'y pouvait rien, elle devait se faire une raison.
Des vagues de réflexions la submergeaient : que seraient nos rêves, nos espoirs, nos aspirations, sans ces pertes, ces manques, ces béances que nous cherchons à boucher, durant toute une vie? L'inassouvi nous saisit, d'autorité, il s'agit de danser nos rages comme nos joies. Bon gré mal gré, il faut le temps qu'il faut pour voir la neige fondre et fouler à nouveau l'herbe du printemps. Un rêve ne s'accomplit que pour nous laisser dans l'urgence d'en former un autre. Chaque objectif touché devient ainsi un point de départ. Vu autrement, le bout de la rue est aussi son début. L'inassouvi, surgi de nulle part, nous surprend partout, à tout moment, et creuse son cratère en nous. Aboutissement? Où et comment? Peu importe, puisque la ligne continue.
Inassouvies, nos vies Fatou Diome
mardi 25 novembre 2008
Juste une main

Celui qui, vivant, ne vient pas à bout de la vie, a besoin d'une main pour écarter un peu le désespoir que lui cause son destin -il n'y arrive que très imparfaitement-, mais de l'autre main, il peut écrire ce qu'il voit sous les décombres, car il voit autrement et plus de choses que les autres, n'est-il pas mort de son vivant, n'est-il pas l'authentique survivant? Ce qui suppose toutefois qu'il n'ait pas besoin de ses deux mains et de plus de choses qu'il n'en possède pour lutter contre le désespoir.
Kafka
jeudi 20 novembre 2008
Père et fils
Un père pour se confronter, pour trouver des limites se sentir aimé et en sécurité
ainsi savoir qu’un jour à son tour on pourra à son tour être fort: quelqu’un sur qui on peut s’appuyer et compter…
Si tu sais rester maître de toi quand la folie des autres
s’acharne contre toi et te couvre de fautes;
si tu peux croire en toi malgré tous les reproches
tout en sachant faire sa juste part au doute;
si tu sais garder espoir quand l’attente se fait trop longue,
que jamais médisance ne t’entraîne à mentir;
ni qu’être détesté ne te force à haïr,
si tu sais être bon si tu sais être sage
sans te savoir parfait;
si tu sais garder tes rêves
sans qu'ils ne deviennent des illusions qui puissent te leurrer
si tu sais penser sans n'être qu'un penseur;
si tu peux passer de triomphe en défaite
sans te laisser tromper par ces deux imposteurs;
si tu peux supporter que ta parole vraie
puissent être déformée par des traitres pour abuser des sots,
si tu vois tous tes efforts s’écrouler
et pourtant qu’avec le peu qu’il reste,
te remettre à construire;
si tu perds tout ce en quoi tu as misé
et sans te plaindre tout recommencer,
si tes forces t'abandonnent
mais que ta volonté persiste,
et te permet de tenir encore;
si tu sais rester droit en étant populaire,
si tu sais rester simple en côtoyant les grands;
si tu ne crains ni amis ni ennemis;
si plus qu’un seul être pour toi compte l’humain;
et si face à ce temps, à sa fuite implacable
tu sais à chaque instant ce dont tu es capable;
permettant que toujours tes taches s’accomplissent-
Avec tout ce qu’il offre, ce monde sera tien,
Et -bien plus encore-
Tu seras un hommes mon fils…

Un texte à ma façon -pas une traduction- qui s'inspire de ce très beau poème de Kipling.
Ci-dessous sa version originale; ainsi que dans la version traduite par André Maurois dans "le silence du Colonel Bramble"-souvent attribué d'ailleurs à tort à Eluard-.
If
IF you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting,
Or, being lied about, don't deal in lies,
Or, being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise;
If you can dream - and not make dreams your master;
If you can think - and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two imposters just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build 'em up with worn-out tools;
If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breath a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them : "Hold on";
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with kings - nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you;
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds' worth of distance run -
Yours is the Earth and everything that's in it,
And - which is more - you'll be a Man my son!
Rudyard Kipling
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.
Traduction d'André Maurois (1918)
En passant ça vaut aussi pour les filles, et pour tout un chacun aussi d'ailleurs !!
Vaste programme!
De quoi nourrir le quotidien de son besoin d'idéal!...
jeudi 13 novembre 2008
Plus loin que l'horizon

On part pour s'éloigner du lieu qui nous a vu naître et voir l'autre versant du matin. On part à la recherche de nos naissances improbables. Pour compléter nos alphabets. Pour charger l'adieu de promesses. Pour aller aussi loin que l'horizon, déchirant nos destins, éparpillant leurs pages avant de tomber, quelquefois, sur notre propre histoire dans d'autres livres.
On part vers des destinées inconnues. Pour dire à ceux que nous avons croisés que nous reviendrons vers eux et que nous referons connaissance. On part pour apprendre la langue des arbres qui, eux, ne partent guère. Pour lustrer le tintement des cloches dans les vallées saintes. À la recherche de dieux plus miséricordieux. Pour retirer aux étrangers le masque de l'exil. Pour confier aux passants que nous sommes, nous aussi, des passants, et que notre séjour est éphémère dans la mémoire et dans l'oubli. Loin des mères qui allument les cierges et réduisent la couche du temps à chaque fois qu'elles lèvent les vers le ciel.
On part pour ne pas voir vieillir nos parents et ne pas lire leurs jours sur leur visage. On part dans la distraction de vies gaspillées d'avance. On part pour annoncer à ceux que nous aimons que nous aimons toujours, que notre émerveillement est plus fort que la distance et que les exils sont aussi doux et frais que les patries. On part pour que, de retour chez nous un jour, nous nous rendions compte que nous sommes des exilés de nature, partout où nous sommes.
On part pour abolir la nuance entre air et air, eau et eau, ciel et enfer. Riant du temps, nous contemplons désormais l'immensité. Devant nous, comme des enfants dissipés, les vagues sautillent pendant que la mer file entre deux bateaux. L'un en partance, l'autre en papier dans la main d'un petit.
On part pour tromper la mort, la laissant nous poursuivre de lieu en lieu. Et on continuera de faire ainsi jusqu'à nous perdre, jusqu'à ne plus nous retrouver nous-mêmes là où nous allons, afin que jamais personne ne nous retrouve.
Issa Maklouf


vendredi 7 novembre 2008
La chambre aux secrets
mardi 4 novembre 2008
le veilleur d'invisible et la tisseuse de silence
avec juste quelques brins de vent...













