D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

mardi 8 avril 2008

Les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté.

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"En ces temps de misères omniprésentes, de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourra paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu'à l'opposé du mal, la beauté se situe bien à l'autre bout d'une réalité à laquelle nous avons à faire face. Je suis persuadé que nous avons pour tâche urgente, et permanente, de dévisager ces deux mystères qui constituent les extrémités de l'univers vivant : d'un côté, le mal ; de l'autre, la beauté.

Le mal, on sait ce que c'est, surtout celui que l'homme inflige à l'homme. Du fait de son intelligence et de sa liberté, quand il s'enfonce dans la haine et la cruauté, il peut creuser des abîmes pour ainsi dire sans fond. Il y a là un mystère qui hante notre conscience, y causant une blessure apparemment inguérissable. La beauté, on sait aussi ce que c'est. Pour peu qu'on y songe cependant, on ne manque pas d'être frappé d'étonnement : l'univers n'est pas obligé d'être beau, et pourtant il est beau. À la lumière de cette constatation, la beauté du monde, en dépit des calamités, nous apparaît également comme une énigme.
Que signifie l'existence de la beauté pour notre propre existence ? Et en face du mal, que signifie la phrase de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde » ? Le mal, la beauté, ce sont là les deux défis que nous devons relever. Ne nous échappe pas le fait que mal et beauté ne se situent pas seulement aux antipodes : ils sont parfois imbriqués. Car il n'est pas jusqu'à la beauté même que le mal ne puisse tourner en instrument de tromperie, de domination ou de mort. Une beauté qui ne serait pas fondée sur le bien est-elle encore « belle » ? Intuitivement, nous savons que distinguer la vraie beauté de la fausse fait partie de notre tâche. Ce qui est en jeu n'est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté."

Cinq méditations sur la beauté  François Cheng

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Commentaires

Et le flot se retire comme une longue expiration qui n'en finit pas et laisse à découvert pour un bref instant tout un fourmillement d'éléments, comme les reliefs d'un immense repas, qui se découvrent et se révèlent au moment d'où jaillit la beauté.

La beauté devrait nous faire oublier le mal. Sinon l'oublier, du moins panser les plaies qu'il laisse.
Je ne puis comprendre qu'un enfant saisi par la beauté, ne serait-ce qu'une fois en sa brève existence, puisse faire le mal.
Toi aussi, lectrice de Cheng. Que penser de ceci qu'il écrit (p 72): "Un Chinois a tendance à associer d'instinct beauté et bonté." Comme on voudrait le croire! Et que penser de l'art de gouverner (de la politique) et de la beauté?
Amicalement.

Posté par jeandler, mardi 8 avril 2008 à 15:14

Oui la beauté s'associe comme natuellement au bien, mais c'est une illusion, une impression fugace. L'enfer étant pavé de bonnes intentions tout est plausible, entre beauté et laideur, entre bien et mal. Apprécier la beauté, cultiver l'art du bien est le mieux qui puisse arriver à l'homme, c'est cette intention bonne qu'il faut pratiquer pour s'y habituer et peut-être favoriser son éclosion ou son maintien chez l'autre. Alors le paradis adviendra ici bas.

Posté par Jean-Pierre, mardi 8 avril 2008 à 18:09

Nietzsche nous a appris

Que tout ce qui se fait par amour se fait par delà le bien, par delà le mal !
de toute beauté cette phrase, si ce n'est l'amour pour le sauver de son dilemne, la beauté et le mal sont au coeur de tous les hommes !

Posté par marie-claude, mardi 8 avril 2008 à 19:02

Etty

En face du mal que signifie la phrase: la beauté sauvera le monde?
Me viennent à l'esprit les écrits précieux de Etty Hillesum "Une vie bouleversée". Une femme lumineuse qui, regardant le mal droit dans les yeux, s'émerveilla jusqu'à son dernier souffle de le beauté d'une rose, de la couleur du ciel, de la course des nuages... Une femme en enfer qui échappa à l'enfermement, et en entraina bien d'autres dans son sillage, par un coeur épris de beauté, devenu libre, espace intérieur infini...

Posté par mima, mercredi 9 avril 2008 à 00:24

Qui sait... Les grands livres disent depuis l'antiquité qu'en premier lieu il y a l'essence de toute chose, sans bien ni mal juste l'existence. En deuxième lieu il y a l'Amour et la beauté qui sont les moteurs de l'existence et inversement. En troisième lieu il y a leurs opposés qui les complètent les forces se combinent et s'annihilent en une troisième réalité la non présence qui engendre l'essence. Aisni rien jamais ne serai blanc ou noir mais irait toujours vers le juste équilibre de l'unité parfaite en perpétuelle immanence

A bientôt

Posté par Claude, mercredi 9 avril 2008 à 01:20

Le mal d'un côté...

la beauté de l'autre?
Est-ce une opposition binaire, manichéenne si tranchée ? La beauté n'est pas la soeur jumelle du bien ? Difficile de réduire ces questions à cette bipolarité...Ce qui est beau pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre...Les critères du beau sont variables selon les latitudes, les cultures, l'histoire, le niveau de vie...etc. Le mal,hélas, est une nébuleuse à la mesure de la bêtise généralisée de l'Homme...

Posté par too banal, mercredi 9 avril 2008 à 01:48

Nous sommes venus pour les alchimiser....Merci Corinne de te faire si souvent messagère de l'Essentiel...François Cheng est l'un de mes auteurs préférés, si ce n'est mon auteur préféré...

Posté par la petite cerise, mercredi 9 avril 2008 à 14:18

Reprenant l'idée de too banal, je voudrais argumenter sur le fait que la beauté est mouvante... Issus avec mon mari de deux milieux différents, nous avons appris à ajuster notre idée de le beauté! En France, l'accordéon est roi dans les milieux populaires, le violon courtisé dans les milieux favorisés, le coton et la laine aux couleurs naturelles, inagalables dans les milieux aisés, les tissus synthétiques infroissables, de faible coût, faciles à entretenir et séchant vite très prisés dans les milieux ouvriers et sous prolétaires; les repas de fête nourissants et surabondants pour faire honneur aux invités chez les plus pauvres, sont ailleurs plus délicats et bien décorés, plus frugaux, au risque de laisser les invités sur leur faim.... Je shématise un peu pour ne pas m'étendre, mais en comparant les milieux, déjà dans un même pays, la notion de beauté reste un question.... Pour moi, elle est très liée à l'amour. Le mal est, je pense, identique partout, dans tous les endroits du monde, à plus ou moins grande échelle: noir, glacial, triste, angoissant, jusqu"à l'agonie... Le mal est bien une séparation avec l'Essentiel, l'antagonisme de l'AMOUR reçu et donné?

Posté par mima, mercredi 9 avril 2008 à 16:34

belles images et belle réflexion

Posté par colette, mercredi 9 avril 2008 à 18:48

En réponse @

Jeandler > En effet, la beauté n'est malheureusement pas en soi une panacée...
L'actualité nous montre combien la Chine est loin d'être la Sagesse incarnée.
Pourtant je pense que l'on a beaucoup à découvrir de leur philosophie et de ce qui l'entoure.
(Ma pratique du tai chi chuan me parle de tout ça...)

Jean-Pierre > Il est effectivement essentiel de ne pas faire une confusion entre beauté et bonté.
merci de le souligner ici.
Cependant il y a dans la beauté quelque chose qui aide à supporter un peu de "l'insupportable" et nous parle peut-être aussi d'autre chose qui nous dépasse.

Marie-Claude > La beauté, le bien le mal, des notions complexes que l'on n'a pas fini d'approffondir même si on ne peut trouver de réponses faciles!

Mima >
- Tu me donnes vraiment envie de découvrir ces écrits que je ne connais pas du tout.
En lisant tes lignes m'apparaissent les belles choses que tu nous fait partager sur tes pages. Un regard qui puise dans le beau et qui sait bien en faire partager la force.

Claude > Un cercle en spirale en quelque sorte:

-"L'essence de toute chose"
-"la beauté et le bien"
-"la force opposée qui annule permet le renouvellement"
et ramène à l'essence de toute chose...

comme ce cercle du yin et du yang sans oublier le souffle médian dont parle le texte dans la note qui suit.

On découvre toujours tant avec toi!


Too Banal > Je te rejoins quand tu parles de manicchéisnme. J'avoue même que c'est un aspect du texte qui m'a fait hésiter à le mettre ici.
La beauté est multiple et c'est à mon sens ce qui fait aussi sa richesse et sa profondeur.
Tout n'est pas forcémént donné au premier regard, elle est toujours à découvrir.
Pourtant il y a aussi quelque chose d'universel.
Qui ne s'est jamais senti ému face à un coucher de soleil et cela n'importe où sur la planète et sans doute depuis la nuit des temps.
La beauté on a besoin pour vivre.

Petite Cerise > Être en résonance...
N'est-ce pas ce qui se passe lorsque la beauté fait oeuvre?!

Mima > Tu exprimes et approfondies complétement ce que je ressens!
Merci d'avoir ainsi complété.
C'est un vrai plaisir que de lire toutes ces réflexions...

Colette > Merci!

Posté par Corinne, dimanche 13 avril 2008 à 22:21

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