mercredi 30 janvier 2008
Fraction d'éternité

Alors, l'Ancien Japon s'en mêle. D'un des appartements descend une mélodie, clairement et joyeusement distincte. Quelqu'un joue au piano une pièce classique. Ah, douce heure impromptue déchirant le voile de la mélancolie... En une fraction d'éternité, tout change et se transfigure. Un morceau de musique échappé d'une pièce inconnue, un peu de perfection dans le flux des choses humaines — je penche doucement la tête, je songe au camélia sur la mousse du temple, à une tasse de thé tandis que le vent, au-dehors, caresse les frondaisons, la vie qui s'enfuit se fige en un joyau sans lendemain ni projets, le destin des hommes, sauvé de la pâle succession des jours, s'auréole enfin de lumière et, dépassant le temps, embrase mon cœur quiet.
Muriel Barbery L'élégance du hérisson
mardi 29 janvier 2008
Un chemin qui s'écoule comme de l'eau, réfléchit comme un miroir, et répond comme un écho
Un texte qui vient de me tomber sous la main... Sans en faire une vérité, des mots a laisser couler en soi et faire leur chemin..

"Le Wu wei (l'action du tao*) signifie " non-agir, non-provoquer, ou non-faire ". Mais du point de vue pratique, il signifie plutôt sans effort inapproprié et exagéré.
Le Wu wei est comparable à l'eau qui s'écoule en passant par-dessus et en contournant les rochers qu'elle rencontre. Elle ne correspond pas à l'approche mécanique et linéaire qui aboutit en général à court-circuiter les lois naturelles, mais au contraire à celle qui émane de la sensibilité intérieure des rythmes naturels du monde...
En apprenant à travailler avec notre Nature Intérieure et avec les lois naturelles qui opèrent autour de nous, nous atteignons le niveau de Wu wei. Alors nous travaillons avec l'ordre naturel des choses et opérons selon le principe de l'effort minimal. Puisque le monde naturel suit ce principe, il ne fait pas d'erreurs. Les erreurs sont commises - ou imaginées - par l'homme, cette créature qui a un cerveau surchargé et fait une séparation entre lui-même et le réseau de lois naturelles qui le supportent, en interférant et en forçant sans cesse sa nature….

Au fil des siècles, l'homme a développé un esprit qui l'a séparé du monde de la réalité, le monde des lois naturelles. Cet esprit fait trop d'efforts, s'use trop, et finalement s'affaiblit et s'amollit. Un tel esprit, même s'il est d'une très haute intelligence, devient inefficace. Il va et vient, avance, recule, mais ne réussit pas à se concentrer sur ce qu'il fait au moment présent. Il conduit une automobile à vive allure dans la rue et pense au magasin devant lequel il va s'arrêter, à la liste d'articles ménagers à acheter. Puis il se demande comment arrivent les accidents.
le Wu wei est indéfinissable et pour ainsi dire invisible, parce que cette forme d'agir est devenue un réflexe.
Etre sensible aux circonstances. Etre simplement naturel. Un des aspects les plus pratiques de cette sensibilité aux circonstances est de ne pas avoir besoin de prendre autant de décisions difficiles. Au contraire, on les laisse se former toutes seules.
L'approche Wu wei appliquée à la solution de conflits est parfaitement illustrée par la pratique de l'art martial taoïste, le t'ai chi ch'uan, dont l'idée de base est de contrer son adversaire, soit en lui renvoyant son énergie, soit en la faisant dévier, en sorte de l'affaiblir, de le déséquilibrer, et de lui faire perdre sa position de combat. Jamais on ne s'oppose à la force par la force ; on en vient à bout, au contraire, en cédant. On peut comprendre le principe de Wu wei sous-jacent au t'ai chi ch'uan en imaginant un bouchon de liège flottant à la surface de l'eau et sur lequel on taperait. Plus on tape fort, plus il s'enfonce ; plus il s'enfonce, plus il remonte vite. Sans dépenser aucune énergie, le bouchon vient aisément à bout de tous nos efforts. De même, Wu wei vainc la force en neutralisant son pouvoir plutôt qu'en ajoutant au conflit.
La voie de POOH Benjamin HOFF
Le TAO de POOH / Editions Picquier Poche extrait dans sa totalité ici
*Le taoïsme (道教 dào jiào « enseignement de la Voie ») est à la fois une philosophie et une religion chinoise. Plongeant ses racines dans la culture ancienne, ce courant se fonde sur des textes, dont tao te king de Lao-tseu, et s’exprime par des pratiques, qui influencèrent tout l’Extrême-Orient. Il apporte entre autres :
-une mystique quiétiste reprise par le bouddhisme Chan (ancêtre du zen japonais);
-une éthique libertaire qui inspira notamment la littérature;
-un sens des équilibres yin yang poursuivi par la médecine chinoise et le developpement personnel ;
-un naturalisme visible dans la calligraphie et l'art.
lundi 28 janvier 2008
J'écrivais. Comme si je fauchais, seule, sans un instant de répit, l'herbe d'un immense pré.

"Cela fait longtemps que je n'ai rien écrit, et Je ne suis pas très sûre que je serai capable de m'exprimer comme je le voudrais. Mais je n'en ai jamais été sûre, de toute façon. J'écrivais simplement parce que je sentais que je devais le faire. Pourquoi .? La réponse est évidente : parce que si je désire réfléchir à quelque chose, je dois d'abord le mettre sous forme de phrases.
Enfant, je procédais déjà ainsi. Lorsque j'avais un problème de compréhension, je ramassais les mots éparpillés à mes pieds, et je les arrangeais pour construire des phrases. Quand ça ne marchait pas, je les dispersais à nouveau puis les disposais d'une manière différente. À force de le faire, je suis devenue capable de réfléchir comme la plupart des gens. Je gribouillais des phrase. Et je réfléchissais.
On m'objectera sans doute que cette méthode est plutôt longue pour aboutir à une conclusion.
Chaque fois que je souhaitais approfondir une question, j'étais obligée de passer par le stade de l' ecrit. Ou peut-être qu'on ne m'objectera rien du tout; mais quoiqu'il en soit c'est un fait, ce processus me prenait du temps.
J'avais appris, un certain point, à m'adapter au monde environnant. Ce décalage, cependant, existait toujours tel un serpent silencieux dissimulé dans l'herbe.
Toujours est-il que voici ma thèse :
À travers l'écriture, je renouvelle quotidiennement l'affirmation de mon existence.
N'est-ce pas ?
Mais oui, exactement !
J'écrivais. Comme si je fauchais, seule, sans un instant de répit, l'herbe d'un immense pré. Un jour ici, le lendemain là. Mais j'avais à peine achevé le tour du champ et fauché toute l'herbe qu'elle y avait déjà poussé aussi haut qu'avant.
Désormais, l'herbe avait beau pousser plus haut chaque jour, je m'en moquais éperdument. Allongée dessus, je regardais passer les nuages blancs. Et je leur confiais mon destin. Je laissais mon cœur suivre le parfum de l'herbe fraîche, la brise légère. Ce que je savais, ce que j'ignorais, m'était devenu complètement indifférent."
Les amants du Spoutnik Haruki Murakami
Resonance des mots.
Les mots se posent, se mélangent et se disposent autrement pour tenter d'exprimer une pensée...
Ce week-end en lisant ces mots de Haruki Murakami, je suis étonnée de tant de résonance.
Je parlais dans mon dernier billet, d'herbes mélées, de pensée, de confusion...
Et voilà que les mots s'offrent à moi, comme pour me révéler quelque chose en silence, s'alignent se frayent un passage sans que j'ai besoin de les écrire...
C'est aussi cela la magie de la lecture.
La lecture serait cette forme d'écriture en négatif - comme une pellicule photo je veux dire-.
Il y a révélation.
jeudi 24 janvier 2008
Immensité sauvage

Dans l'immensité sanvage et isolée de notre esprit s"enchevretent les herbes mélées de sensations, d'émotions, de sentiments et de pensées.
Jungle confuse où tout s'entremèlent.
Pas d'autre choix que de se frayer un passage...

S'y perdre...
Et se retrouver au centre de soi-même.
J'ai rencontré une phrase hier.
Je l'ai prise.
Elle me convenait bien.
"Ne t'attache en toi qu'à ce que tu sais qui n'est nul part ailleurs qu'en toi-même."
Gide
J'entends: Laisse de côté ce dont tu dépends trop, renforce toi de l'intérieur et puis seulement reviens tranquillement.
Je m'aperçois de plus en plus que le tai chi chuan (j'en parle un peu plus là) m'apporte cette nourriture là.
Tout vient du centre, le reste est inutile.
Et quand je parle du centre il ne s'agit pas d'une métaphore. Je parle bien du centre d'où devrait partir tout mouvement. S'enraciner, relacher tout le reste. Et il faut croire que le corps nourrit l'esprit, l'inverse me va aussi...
Six heures de pratique cette semaine et je ne suis toujours pas rassasiée.
Juste tranquille.
mercredi 23 janvier 2008
Il y a des moments où je renonce à tout

J'avoue je viens de loin et j'en reste éprouvé
Il y a des moments où je renonce à tout
sans raisons simplement parce que la fatigue
m'entraîne jusqu'au fond des brumes du passé
Et mon soleil cache et mon ombre s"étend
Vois-tu je ne suis pas tout à fait innocent
Et malgrè moi malgré colère et refus
Je représente un monde accablant corrompu
L'eau de mes jours n'a pas toujours changée
Je n'ai pas toujours pu me soustraire à la vase
Mes mains et mes pensées ont été obligées
Trop souvent de se refermer sur le hasard
Je me suis trop souvent laisser aller à vivre
Comme un miroir éteint faute de recevoir
suffisamment d'images et de passions
Pour accroître le poids de ma réflexion.
Paul Eluard Poésie ininterrompue
mardi 22 janvier 2008
Sous les apparences

Le vrai des choses grésille sous les apparences
Et puis l'âme est si loin tapie
on dirait même que des eaux secrètes en dedans
font notre silence.
Pierre Morency
dimanche 20 janvier 2008
Je répétais, douceur








A quoi vas-tu bien pouvoir t'accrocher?
J'ai cherché, cherché de l'aide dans mon cerveau désert. Un petit mot m'est apparu, le dernier qui me restait, blotti dans un coin, deux syllabes minuscules, tout aussi terrorisées que moi.
«Douceur.»
J'ai hurlé: Choisis un mot, celui que tu préfères!
Dans le vacarme, il n'a sûrement pas entendu.
Avait-il, comme moi, voulu choisir un mot et lequel ? Je ne le lui ai jamais demandé.
Nos mots préférés sont des affaires intimes, comme la couleur de notre sang.
Lentement, ô comme la lenteur est angoissante,lentement je me suis sentie tomber, douceur, je répétais, douceur, il me semblait qu’è force de le dire le mot gonflait, comme le cou de certains oiseaux amoureux, je l’avais entouré de mes bras, douceur, ma bouée.
Et puis les lumières noires se sont éteintes et un à un tous les bruits. Plus rien.
La grammaire est une chanson douce Erik Orsenna



Long Nights
Have no fear
For when I'm alone
I'll be better off than I was before
I've got this light
I'll be around to grow
Who I was before
I cannot recall
Long nights allow me to feel...
I'm falling...I am falling
The lights go out
Let me feel
I'm falling
I am falling safely to the ground
Ah...
I'll take this soul that's inside me now
Like a brand new friend
I'll forever know
I've got this light
And the will to show
I will always be better than before
Long nights allow me to feel...
I'm falling...I am falling
The lights go out
Let me feel
I'm falling
I am falling safely to the ground
vendredi 18 janvier 2008
Pourquoi faudrait-il ne retenir de la vie que sa part de lumière

Pourquoi faudrait-il ne retenir de la vie que sa part de lumière ? C'est l'ombre qui donne à la lumière sa splendeur.
L'éternité n'est pas dans le temps, elle est dans la profondeur. Dans son vertige. Je ne sais pas à qui je rends grâce, je ne sais pas si la mort ouvre sur quelque chose, mais je croîs que cette lumière-là, d'une manière ou d'une autre, subsistera. La lumière ne se dissipe pas : elle demeure.
Laurence Tardieu Puisque rien ne dure
mercredi 16 janvier 2008
Dérisoire douceur

Avant, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu'elle est parfois invisible à l'œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l'enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d'explication, ce qui à jamais restera opaque."
No et moi Delphine de Vigan un extrait plus long ici

et ...
la douceur
dérisoire
imperceptible
jusqu'à l'inexistance
qui continue de vibrer
par de là
et d'exister parce qu'on y croit.
...
lundi 14 janvier 2008
Dans tous ses états...
Le vélo...

En arpentant les rues d'Amsterdam, j'ai découvert des vélos de toutes sortes comme autant de personnailtés étonnantes sans doute à l'image de leur propriétaire...
Des vélos fleuris, enrubannés des vélos rouillés, des vélos sans selle, des sans guidon, des multicolores, d'autres très sérieux, des très hauts, des tout petits, des à pois, d'autres rayés des au large guidon, des moussus comme le temps qui a passé sur eux, d'innombrables aux roues vrillées, d'autres à la roue manquante, des vélos comme jétés en vrac, des vélos voyageurs -des etiquettes en témoignent-, et j'en passe...
Un vrai régal... Je ne parle même pas des sonnettes... Et oui, J'en ai essayé plus d'une...

Et après avoir arpenté la ville dans tous les sens, s'asseoir dans un café et regarder derrière la vitre les cyclistes passer...
Surprises renouvelées:
Des dames très élégantes avec de hauts talons, celles croulant sous des sacs de courses, des avec une grosse valise coincée à l'avant, des passagers trainant une valise à roulette derrière le vélo, des multitudes à l'arrière en amazone, des fratries à l'avant, un couple d'un certain âge avec deux chiens devant et encore un derrière- je n'ai reussi qu'à les prendre de dos- ceux- là mes préférés...
Une surprise à chaque croisement...



