D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

lundi 28 janvier 2008

J'écrivais. Comme si je fauchais, seule, sans un instant de répit, l'herbe d'un immense pré.

herbes_bl_s

"Cela fait longtemps que je n'ai rien écrit, et Je ne suis pas très sûre que je serai capable de m'exprimer comme je le voudrais. Mais je n'en ai jamais été sûre, de toute façon. J'écrivais simplement parce que je sentais que je devais le faire. Pourquoi .? La réponse est évidente : parce que si je désire réfléchir à quelque chose, je dois d'abord le mettre sous forme de phrases.

Enfant, je procédais déjà ainsi. Lorsque j'avais un problème de compréhension, je ramassais les mots éparpillés à mes pieds, et je les arrangeais pour construire des phrases. Quand ça ne marchait pas, je les dispersais à nouveau puis les disposais d'une manière différente. À force de le faire, je suis devenue capable de réfléchir comme la plupart des gens. Je gribouillais des phrase. Et je réfléchissais.
On m'objectera sans doute que cette méthode est plutôt longue pour aboutir à une conclusion. 
Chaque fois que je souhaitais approfondir une  question, j'étais obligée de passer par le stade de l' ecrit. Ou peut-être qu'on ne m'objectera rien du tout; mais quoiqu'il en soit  c'est un fait, ce processus me prenait du temps.
J'avais appris, un certain point, à m'adapter au monde environnant. Ce décalage, cependant, existait toujours  tel un serpent silencieux dissimulé dans l'herbe.

Toujours est-il que voici ma thèse :

À travers l'écriture, je renouvelle quotidiennement l'affirmation de mon existence.

N'est-ce pas ?
Mais oui, exactement !

J'écrivais. Comme si je fauchais, seule, sans un instant de répit, l'herbe d'un immense pré. Un jour ici, le lendemain là. Mais j'avais à peine achevé le tour du champ et fauché toute l'herbe qu'elle y avait déjà poussé aussi haut qu'avant.

Désormais, l'herbe avait beau pousser plus haut chaque jour, je m'en moquais éperdument. Allongée dessus, je regardais passer les nuages blancs. Et je leur confiais mon destin. Je laissais mon cœur suivre le parfum de l'herbe fraîche, la brise légère. Ce que je savais, ce que j'ignorais, m'était devenu complètement indifférent."

Les amants du Spoutnik  Haruki Murakami

Resonance des mots.
Les mots se posent, se mélangent  et se disposent autrement pour tenter d'exprimer une pensée...

Ce week-end en lisant ces mots de Haruki Murakami, je suis étonnée de tant de résonance.
Je parlais dans mon dernier billet, d'herbes mélées, de pensée, de confusion...
Et voilà que les mots s'offrent à moi, comme pour me révéler quelque chose en silence, s'alignent se frayent un passage sans que j'ai besoin de les écrire...
C'est aussi cela la magie de la lecture.
La lecture serait cette forme d'écriture en négatif - comme une pellicule photo je veux dire-.
Il y a révélation.

Commentaires

le bon temps !

j'écris, tu me lis ...
tu écris, je te découvre !
l'art de l'écrit va de pair avec celui de la lecture, et souvent on aime lire ce qu'on aurait pu écrire ...allongée dans un pré aux herbes folles, non coupées ...

Posté par marie-claude, lundi 28 janvier 2008 à 17:31

J'aime beaucoup tes dernières phrases

Posté par colette, mardi 29 janvier 2008 à 09:06

J'ai beaucoup aimé cet écrit Corinne, le précédent aussi. Je trouve qu'il y a beaucoup de forces à Etre, alors que naturellement notre existence est preuve. Il nous faut convaincre que nous même. Cependant, nos écrits sont souvent l'expression de ce que nous sommes, le vocabulaire, la formulation. Ecrire, est comme une rivière de sentiments qui prendrait la forme la plus expressive du prolongement de soi. C'est la vision que tu as du champs qui est exceptionnelle car elle transcende ce moi que tu libères dans la pure expression de ton intériorité.

Je te trouve trés belle.

Merci

Posté par Claude, mercredi 30 janvier 2008 à 16:19

Infinis...

" Ce décalage, cependant, existait toujours tel un serpent silencieux dissimulé dans l'herbe."

Belle métaphore au serpent invisible, inoffensif...

C'est ça qui est intéressant - aussi pour moi - dans ce "décalage" révélé par Murakami...

On se glisse dans des espace temps révolus, dans l'âme et la peau de personnages peut-être morts depuis longtemps ou qui n'ont jamais existé... l'écriture nous aide à être, quand on se fatigue d'être "limité(e)" - d'être "seulement soi"... Nous cheminons vers tant d'autres, être humains, animaux, être végétaux, minéraux !

Ta photo en contreplongée de ce champ de graminées est magique, chère Corinne !

Posté par dourvac'h, samedi 2 février 2008 à 09:54

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