mercredi 23 janvier 2008
Il y a des moments où je renonce à tout

J'avoue je viens de loin et j'en reste éprouvé
Il y a des moments où je renonce à tout
sans raisons simplement parce que la fatigue
m'entraîne jusqu'au fond des brumes du passé
Et mon soleil cache et mon ombre s"étend
Vois-tu je ne suis pas tout à fait innocent
Et malgrè moi malgré colère et refus
Je représente un monde accablant corrompu
L'eau de mes jours n'a pas toujours changée
Je n'ai pas toujours pu me soustraire à la vase
Mes mains et mes pensées ont été obligées
Trop souvent de se refermer sur le hasard
Je me suis trop souvent laisser aller à vivre
Comme un miroir éteint faute de recevoir
suffisamment d'images et de passions
Pour accroître le poids de ma réflexion.
Paul Eluard Poésie ininterrompue
Commentaires
Des reflets moirés
Emerge une île
Où se reposer.
Un doux tapis de mousses.
Les choses vraies sont celles qui nous ressemblent. Elles disent simplement nos rapports au monde dans l’innocence de ce qu’il est. Et c’est déjà beaucoup.
michel
alors regarde !
tu viens de loin, mais tu en viens
rallume ton miroir, vois-y se reflèter la lumière du soleil, laisse la vase plonger au plus profond, laissant en surface une eau limpide : un miroir ...
Le renoncement... il est parfois salutaire de savoir l'accepter, comme il est salutaire parfois aussi de savoir prendre la fuite.
Tristesse & Vies...
"Comme un miroir éteint faute de recevoir
suffisamment d'images et de passions"
Une belle tristesse... ce poème de Paul Eluard en rayonne... Je ne vois que le carcatère "vivant" de la vase et des miroirs, source de nouvelles naissances...
Bises & amitié, chère Corinne !
Magnifique photo pour illustrer un poète qui me tient particulièrement à coeur... très beau billet, merci !
en écho
"Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine,
Qu'avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui je suis fatigué, Monsieur, et je m'en flatte.
J'ai tout de fatigué, la voix, le coeur, la rate,
Je m'endors épuisé, je me réveille las,
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas.
Ou quand je m'en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n'est qu'une vantardise.
On n'est jamais aussi fatigué qu'on le croit !
Et quand cela serait, n'en a-t-on pas le droit ?
Je ne vous parle pas des sombres lassitudes,
Qu'on a lorsque le corps harassé d'habitude,
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons...
Lorsqu'on a fait de soi son unique horizon...
Lorsqu'on a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre...
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, l'oeil morne, le dos rond.
Et vous donne l'aspect d'un vivant moribond...
Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s'est fait responsable,
Savoir qu'on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain,
Savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s'en user le coeur...
Cette fatigue-là, Monsieur, c'est du bonheur.
Et sûr qu'à chaque pas, à chaque assaut qu'on livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr qu'on est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?
Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquant chaque victoire, en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d'autres creux il passe inaperçu.
La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
C'est le prix d'une journée d'efforts et de luttes.
C'est le prix d'un labeur, d'un mur ou d'un exploit,
Non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit.
C'est le prix d'un travail, d'une journée remplie,
C'est la preuve, Monsieur, qu'on marche avec la vie.
Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense.
Et vous me conseillez d'aller me reposer !
Mais si j'acceptais là, ce que vous me proposez,
Si j'abandonnais à votre douce intrigue...
Mais je mourrais, Monsieur, tristement... de fatigue. "
Robert Lamoureux.
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