D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

jeudi 29 novembre 2007

La promesse du regard

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On aurait tendance à opposer la parole et le regard comme l'être et le paraître, la rencontre et la capture, l'amour et la connaissance, la promesse et la prévision, ou encore la confiance et le soupçon. C'est vrai que l'amitié n'a que faire du regard d'inspection et d'inquisition, elle préfère deviner en donnant du temps à soi-même et à autrui, parce qu'il appartient à l'ordre de la promesse. Il ne s'agit pas d'une sélection parmi un ensemble d'objets étalés au regard, mais d'une élection qui suppose préalablement une « mise » personnelle, non seulement le don mais l’acceptation profonde de soi-même à travers l'autre. Or si le regard n'intervenait pas dans ce choix, si une parole abstraite suffisait à accorder la confiance, comment pourrait-on seulement se considérer, se retourner l'un vers l'autre et échanger ce que nous avons placés justement l'un dans l'autre ? [...]

La question porte sur la capacité du regard à saisir et à prendre la mesure de l’être.
On ne voit ni l’amitié de l’autre ni son être en tant qu’être, on y croit, et toute impression de voir n’est qu’un effet de cette foi confiante en tant qu’ouverture sur l’invisible. [...]

La première bienveillance s'attache au respect de l'être et de sa nature propre de l'ami : il n'est pas question d'un regard théorétique dirigé vers l'être mais bien d'une sauvegarde, d'un engagement pratique envers l'autre. Je donne mon être à l'autre pour qu'il le reçoive et surtout qu'il se reçoive, qu'il se découvre lui-même en son essence et puise la force de s'y tenir. Ainsi se vérifie que l'amour, au sens large, consiste à donner ce qu'on n'a pas. C'est pourquoi le don du rien de mon être est aussi faveur, non par préférence ou comparaison vis à vis de tiers, ni par l'octroi de présents destinés à combler et satisfaire une demande, mais par un regard favorable sur un avenir qui est le véritable bien accordé à l'autre, à savoir l'essence qu'il s'accorde désormais en toute liberté. [...] 

Si la parole est par elle-même un don, seul le regard échangé, étant adresse pure, peut également se faire promesse. En effet il n'y a proprement « rien à voir », rien à contempler ; c'est bien pourquoi justement éclate la promesse du regard. Ni l'être n'est vu directement, ni l'amour n'est crue véritablement : seul le regard est cru. Avoir foi en ce regard essentiellement vide, accueillir ce regard c'est s'ouvrir au secret de l'autre ; en lui retournant ce regard on lui rend son secret en lui présentant notre propre énigme. La faveur est donc un échange de rien, qui ne résulte pas d'une intention ou d'un sentiment, mais de l'échange lui-même. C'est pourquoi le regard concret est inévitable.

D'après Didier Moulinier sur une lecture de Jean-Louis Chrétien, La voix nue, Paris, Minuit, 1990.

Commentaires

encore un tres beau texte
à lire et à relire..
j'aime le chaleur des couleurs de ta photo et ces petites billes rouges retenues par un mince fil d'argent...
bonne soirée...

Posté par melusine, jeudi 29 novembre 2007 à 20:05

J'aime bien la lumière dans cette photo, et cette feuille qui attend pour recevoir le fruit.

Posté par caboche, vendredi 30 novembre 2007 à 04:35

Quelle belle transparence dans la photo !

Posté par colette, vendredi 30 novembre 2007 à 11:58

Un beau texte à méditer.

michel

Posté par michelgonnet, vendredi 30 novembre 2007 à 14:37

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