D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

jeudi 6 septembre 2007

Toujours en équilibre entre la beauté et la mort...

 

 

 



 

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Ces roses-là...  C'était quelque chose.
J'étais donc en train de prendre mon petit déjeuner et je regardais le bouquet sur le plan de travail de la cuisine. Je crois que je ne pensais à rien. C'est peut-être pour ça, d'ailleurs, que j'ai vu le mouvement ; peut-être que si j'avais été absorbée par autre chose, si la cuisine n'avait pas été silencieuse, si je n'avais pas été seule dans la cuisine, je n'aurais pas été suffisamment attentive. Mais j'étais seule et calme et vide. J'ai donc pu l'accueillir en moi.
Il y a eu un petit bruit, enfin un frémissement de l'air qui a fait « shhhhh » très très très doucement : c'était un bouton de rose avec un petit bout de tige brisée qui tombait sur le plan de travail. Au moment où il l'a'touché, ça a fait « peuf», un « peuf » du type ultrason, seulement pour les oreilles des souris ou pour les oreilles humaines quand tout est très très très silencieux. Je suis restée la cuillère en l'air, complètement saisie. C'était magnifique. Mais qu'est-ce qui était magnifique comme ça ? Je n'en revenais pas : c'était juste un bouton de rose au bout d'une tige brisée qui venait de tomber sur le plan de travail. Alors ?
J'ai compris en m'approchant et en regardant le bouton de rose immobile, qui avait terminé sa chute. C'est un truc qui a à voir avec le temps, pas avec l'espace. Oh bien sûr, c'est toujours joli, un bouton de rose qui vient de tomber gracieusement. C'est si artistique : on en peindrait à gogo ! Mais ce n'est pas ça qui explique THE mouvement. Le mouvement, cette chose qu'on croit spatiale...
Moi, en regardant tomber cette tige et ce bouton, j'ai intuitionné en un millième de seconde l'essence de la Beauté. Oui, j'ai eu cette chance inouïe parce que, ce matin, toutes les conditions étaient réunies : esprit vide, maison calme, jolies roses, chute d'un bouton. Et c'est pour ça que j'ai pensé à Ronsard, sans trop comprendre au début : parce que c'est une question de temps et de roses. Parce que ce qui est beau, c'est ce qu'on saisit alors que ça passe. C'est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.
Aïe, aïe, aïe, je me suis dit, est-ce que ça veut dire que c'est comme ça qu'il faut mener sa vie ? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition ?
C'est peut-être ça, être vivant : traquer des instants qui meurent.

L"élégance du hérisson  de Muriel Barbery

      

   

    








                

   

Commentaires

Comme c’est curieux, j’ai lu tout d’un trait, ce très beau texte, croyant que tu racontais un bien beau moment qui t’était arrivé. Et, j’arrive à la signature, je vois d’où il est extrait, d’un livre que j’ai lu et qui ne m’a pas plu malgré les très bonnes critiques, parce qu’il m’avait semblé que l’auteur portait tellement de jugements critiques sur les personnages.
J’ai passé à côté de ce texte probablement parce que « toutes les conditions n’étaient pas réunies ».
Magnifique la poto.

Posté par caboche, mercredi 5 septembre 2007 à 22:02

C'est comme la Lumière...

les plus belles sont très souvent fragiles et fugaces!

Posté par too banal, jeudi 6 septembre 2007 à 17:17

les instants ne meurent pas.
j'ai écrit que l'instant était verticalité, et infini.
d'ailleurs, on retrouve cette idée dans le Zen, et le Soufisme.
"L’éternité n’est pas de ce monde ; on ne peut la goûter véritablement qu’au creux de l’instant qui passe."
"la réalité, c'est ici et maintenant".

je comprends depuis peu pourquoi j'aime la montagne, et grimper.
j'ai vu d'ailleurs plus loin sur ton blog que tu grimpais (vraiment! moi je me contente de marcher vers les sommets)

mais il y a des phrases fortes dans ce texte.
la notion d'équilibre. j'aime l'idée du funambule sur son fil.. peu savent qu'ils sont en réalité, funambule, et fil.

Posté par laouen, samedi 8 septembre 2007 à 08:46

Retour en douceur, au sortir de convalescence ...http://amiraute.dyndns.org/dotclear/index.php?2007/09/08/352-et-le-cours-du-temps

Posté par Kaïkan, samedi 8 septembre 2007 à 22:19

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