jeudi 12 juillet 2007
Rapport de force... Ce que les autres font de nous et ce que nous faisons d'eux


"Que la compétition existât jusque dans l'amour, c'était un fait que beaucoup niait, mais dont ils faisaient pourtant l'épreuve. Et pareillement les frères et sœurs qui poussaient ensemble, comme les fleurs d'un même jardin, subissaient les forces de lutte, de domination et d'appropriation, au cœur du brouhaha de la famille. Alors comme ça tu me regardes? C'est un spectacle ! Dans les moindres interstices d'une relation aimante se glissaient des rapports de force. Ils entraient par toutes les portes dérobées des êtres, par là ou le cœur a perdu confiance, par là ou il y a de la honte, et aussi par là où, se croyant sans espoir, les aspirations les attentes amènent la jalousie, l'envie, l'imitation, l'admiration.
Les rapports de force sont comme trois petits graviers dans une sandale : gênant la marche mais ne l'arrêtant pas. Ainsi avaient-ils irrité la fraternelle cohabitation de Niels et Théo.
Depuis la naissance du cadet, l'aîné avait éprouvé l'irrépressible obligation de surpasser son frère. Et le cadet avait occupé l'espace laissé libre par l'aîné, développant les qualités que ce dernier n'avait pas. De là que Théo fût capable, à ce moment de la conversation, de garder un calme qui faisait défaut à Niels. Théo regardait croître un emportement auquel il restait étranger et cette distance nourrissait encore cette colère.
D'invisibles fils nous lient de cette manière les uns aux autres. Nos mouvements de cœur, nos humeurs, nos gestes mêmes, se déduisent les uns des autres en une détermination secrète, une influence réciproque indéfectible, un face-à-face perpétuel. Sommes-nous seulement ce que les autres font de nous en étant avec nous ce qu'ils sont que nous faisons d'eux ? Pensait Théo. La victime et le bourreau, l'amant et la coquette, l'amante et amoureux marchent ensemble dans le tourment des jours."
ALICE FERNEY Les autres
J'ai beaucoup apprécié le partage avec d'autres; travail à l'écoute de nos faiblesses respectives pour trouver un chemin et en faire une force mais parfois aussi un chemin plus difficile où il faut s'affirmer et travailler la confiance en soi...
Travail à deux [tui shu] recherche du mouvement juste, écoute de l'autre sans force, on tente de saisir une faille destabilisante...
Le conflit, une opportunité pour grandir par Sophie Mandelbaum dans "Yi magazine" pour approfondir: ici
"Le conflit est souvent perçu comme négatif, destructeur, dans notre société. À l’inverse, les médiateurs savent combien le conflit, parce qu’il est l’expression des différences, des désaccords, rend possible leur gestion, et l’évolution d’une relation qui, autrement, serait menacée de sclérose, d’explosion, ou d’implosion. Le conflit est une chance d’adaptation, de survie de l’individu, et des relations tissées. La médiation est la reconnaissance de cette dimension du conflit, l’orchestration qui lui permet de produire une issue favorable. Le conflit bien exprimé, bien mené, abouti, nous transforme. Il est une chance de « grandir »."
"La reconnaissance de l’autre est le contraire de sa négation. Elle suppose d’accepter la présence de l’autre, tel qu’il est. Le salut, en début et fin de rencontre tai chi concrétise cette pensée. « Au lieu de reprocher à l’autre ce qu’il est, je l’accepte. Je trouverai, grâce à ce qu’il est, et le problème qu’il me pose, les ressources en moi pour évoluer. Je le reconnais comme partenaire, avec son niveau, et moi, avec le mien. Plus avancé, il m’éduquera. Moins avancé, il m’éduquera dans ma capacité à l’aider à progresser »."
"Nous craignons souvent en donnant un peu, d’être pris au piège infernal de l’Autre. Céder un peu à sa demande, c’est commencer à se renier, alors ne cédons rien. Ne donnons rien. Pas même notre écoute. En tui shu, nous découvrons que céder un peu à l’autre ou accepter d’accompagner son mouvement nous permet ensuite de nous mouvoir dans le respect de notre propre équilibre. Et ainsi trouver, dans les dynamiques présentes, celles avec lesquelles nous nous mouvrons, tous deux. Par exemple, il me saisit au poignet et me tire à lui. Au lieu de tirer dans l’autre sens, je cède un peu de ce bras que je laisse avancer en détendant l’épaule. Je descends mon centre dans mon talon. Vissée au sol, le mouvement repart dans l’autre sens, par exemple (comme dans « caresser l’encolure du cheval »). Mon équilibre rétabli, mon partenaire peut transformer à son tour mon mouvement.Nous craignons souvent en donnant un peu, d’être pris au piège infernal de l’Autre. Céder un peu à sa demande, c’est commencer à se renier, alors ne cédons rien. Ne donnons rien. Pas même notre écoute. En tui shu, nous découvrons que céder un peu à l’autre ou accepter d’accompagner son mouvement nous permet ensuite de nous mouvoir dans le respect de notre propre équilibre. Et ainsi trouver, dans les dynamiques présentes, celles avec lesquelles nous nous mouvrons, tous d'eux.
Commentaires
J'aime beaucoup ces billets où tu lies des textes sur les autres, la relation que l'on a aux autres, façon dont on se perçoit soi-même à travers eux d'une part, et puis les photos de tai-chi d'autre part.
J'aime beaucoup, parce qu'il me semble (si c'est comme pour le yoga) que la pratique du tai-chi est quelque chose que l'on fait strictement pour soi, où l'on apprend à se donner un regard sur soi à soi-même.
Mais les deux sont tellement liés ! Ça me refait penser à un billet que j'avais fait il y a quelques mois (http://pcpl.blogspot.com/2007/02/de-la-fminit.html), et plus spécialement à un commentaire qu'avait fait Koldo à sa suite.
Merci pour tout ça.
Avec ces contours tracés
autour des corps, il y a comme une survivance de l'aube ou des premières lueurs artistiques de l'Humanité...

