D'ombre et de lumiere

"Dis-moi Qu'as-tu choisi ? Qu'est-ce que tu veux garder ? Que veux-tu conserver dans la tirelire à temps dans ton léger trésor d'instants sauvés ?"

mercredi 27 juin 2007

Nous traversons le présent les yeux bandés

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Nous traversons le présent les yeux bandés. Plus tard seulement, quand est dénoué le bandeau et que que nous examinons le passé, nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en comprenons le sens.

Milan Kundera


Une photo prise il y a deux ans, ma fille Perrine fêtait ses 10 ans.
Passé proche qui pourtant m'échappe déjà.
Elle passe aujourd'hui le cap de ses 12 ans.
Fini les jeux dans le jardin, les enfants qui courent dans tous les sens, les voilà sur leur propre terrain.
Son anniversaire , elle a tenu a l'organiser toute seule: sortie au cinéma, arrangement pour les conduites avec un autre parent car ma voiture ne suffisait pas, quelques unes qui restent à dormir, pizza, les jeux et le partage se font là-haut dans sa chambre et sans moi.
Je devine que sa propre personnalité ne peut se trouver qu'en dehors de mon regard même si  je contribue à certains contours indipensables...
Qui sera-t-elle demain?
Ce qu'elle est déjà  aujourd'hui et que je ne distingue pas encore très bien.
L'enfance set l'insouciance sont encore là mais déjà apparaissent des préoccupations de plus grands. Elle cherche et affirme sa place au milieu de deux soeurs ainées et de son frère plus jeune, de nous et de tout son entourage.
Sa personnalité déjà présente s'affine , se précise, cherche ses contours, ses limites et se révèle avec plus de netteté.
Elle est ce qu'elle a été.
Elle est ce qu'elle construit aujourd'hui.
Elle est aussi ce que l'échange d'aujourd'hui fera d'elle demain...
Réalité mouvante qui échappe sans cesse et pourtant dans une même continuité.
Elle m'étonne , me surprend par moment, je reconnais des facettes d'elle-même que je n'avais perçu que dans l'ombre. Esc-ce mon regard qui change ou un flou qui se précise?
Je me souviens d'elle à la naissance de son petit frère à la clinique, lorsqu'elle était venue me voir à sa première visite, elle m'était apparue soudain si grande!

Ma main dans la sienne pour la guider comme je peux. Je marche auprès d'elle pour que ses pas soient pleins de son propre élan et pas seulement du mien , les obstacles pas toujours visibles et parfois juste tapis au fond de soi...
Quelle part avons nous dans tout cela?
Qui'importe!
Nous ne pouvons donner que ce que nous sommes. Rien de plus...
Et c'est beaucoup pourtant si on veut bien l'accepter...
Notre propre réalité, nos doutes , nos failles et cette force qui comble les manques et nous donne tout notre relief.
Nous sommes ce long héritage transmis de générations en générations avec ses failles et et ses forces...
[ je vous invite à lire sur ce même thème
, si vous ne l'avez pas fait, ce très bon livre "Ligne de faille" de Nancy Huston]
Nos propres parents ont contribué a nous façonner, a renforcer des élans ou ont creusé cetraines de nos failles avec leur propre histoire qui les a eux-même façonné.
Chacun fait ce qu'il peut avec sa propre histoire.
Être conscient  de cette transmission inconsciente est sans doute déjà beaucoup.
La véritable richesse que nous possédons est cette faculté à créer des liens, apprendre à les préserver, à les maintenir d'une manière ou d'une autre...
Lien vital qui parfois blesse mais sans lequel nous ne pourrions être et devenir;
Toujours se rappeler combien ce lien a une importance pour nous et combien il est unique et essentiel.
Lien aussi fort que fragile.
Et encore plus dans les moments de mouvance entre l'enfance et l'âge adulte...
Lien qui prend sa force dans une écoute profonde et silencieuse.
Ecoute qui va puiser dans dans l'imperceptible vérité de chacun.
Dans ce début d'adolescence, d'autres liens se créent, un monde qui ne nous appartient plus vraiment ou nous n'avons plus de place visible.
Mais de cet interstice émerge une autre forme de lien qu'il faut savoir saisir, un lien plus impalpable.
Je ressens encore plus l'importance de préserver des moments de tête à tête, le soir au coucher où l'on évoque les petits riens de la journée pourtant si déterminants, sortie toutes les deux pour l'utile ou le plaisir...
En grandissant je sais qu'il me faudra saisir ces moments encore plus au vol lorsqu'ils se présenteront dans le tourbillon de l'adolescence - comme c'est déjà le cas pour sees deux soeurs ainées- et qui n'excluent pas pour autant des moments de complicité et chacune à leur façon , des moments, des demandes qu'il faut savoir decripter  masqués parfois par le quotidien.
Liens qui déterminent, se transforment et demeurent...

Lien vraie richesse humaine.



Commentaires

c'est drôle, mon fils est dans sa chambre avec son copain d'enfance depuis ce matin et je n'ai vu le bout de leur nez qu'avec l'appel du ventre. Je notais avec amusement ses changements de comportement, sa prise de distance, juste avant de venir chez toi. Et puis j'ai mis juste avant un post avec une citation qui a un sens très proche de celle de Kundera :-)
notre passé nous éclaire sur le sens de leur chemin, pour le bout de parcours que nous avons, nous, déjà fait et su décoder...

Posté par lagunedune, mercredi 27 juin 2007 à 14:09

C'est avec les yeux bandés que l'on parvient à voir l'essentiel ...
J'aime vos photos parce qu'elles parlent de la vie et de l'innocence qui mène tranquillement à l'âge adulte ...

Posté par Le silence ..., mercredi 27 juin 2007 à 17:37

Nous ne pouvons lancer ancre

Olá Corinne !

LA FAILLE EST LE FONDAMENT DE L'ÊTAT ..! LE JOUR QUE ELLE FINIR LE MONDE SE FINIRA..!

N'EXISTE RIEN PLUS CHER QUE LIENS DE FAMILLE ET J'IRAI PLUS LOIN.. UNE VRAI RICHESSE DE VALEURS...!

TONY DO BRASIL

Posté par Tony Pirard, jeudi 28 juin 2007 à 04:32

la photo est très belle et ton texte me fait sourire. j'aime beaucoup ce que tu dis

Posté par objectif-plume, jeudi 28 juin 2007 à 07:38

Ah, ces ados qui nous renvoient à nous même, à nos questionnements, qui nous poussent à lâcher la bride, à faire confiance ( en eux, on l' a , mais surtout apprendre à faire confiance à leur vigilance face au monde - c 'est je crois le moins facile pour mon coeur de mère -), les laisser expérimenter, tatonner, chercher, faire fausse route ... Une tribu de 5 garçons et 1 fille, de 20 à 12 ans ... T' imagine le tableau et parfois, je rêve qu' ils prennent leur envol, je sature des crises et revendications ... Cela aussi fait partie de mon vécu de mère ...
En complicité avec chacune d' entre vous et chacun d' entre vous dans cet accompagnement d' âme en grandissement de lui-même ...

Posté par Kaïkan, jeudi 28 juin 2007 à 08:36

Très jolie photo

Accompagnant votre texte sur le passage de l'enfance, qui me ramène a mes propres souvenirs.
J'allais chercher mon fils de 8 ans à la sortie d'école et sur le retour je lui demande comment c'est passée sa journée... et lui de me répondre:
" M'man laisse moi vivre ma vie!.."
ce jour là j'ai compris qu'il n'était plus mon bébé!!!

Posté par DomAry, jeudi 28 juin 2007 à 18:41

Mon autre univers...

Venue de mon jardin, je t'invite dans mon autre univers, l'antre des mots...

Ton texte est très beau et très vrai...

Cordialement
Marie Lanson "rubrique"plumes"

Posté par Marie Lanson, jeudi 28 juin 2007 à 21:00

L'amour inconditionnel Corinne...on en parle tellement et pourtant il est le travail de toute une vie...si simple mais si complexe et subtil à la fois, entre acceptation, renoncement, ambition et amour infini...C'est beau, tu es une belle âme...Merci d'être...

Posté par la petite cerise, jeudi 28 juin 2007 à 23:32

La vie n'est pas une cassette

auto-reverse! Notre mémoire -plutôt gruyère- nous joue des tours et c'est elle qui est frappée de cécité!
Nous sommes aveugles à ce qui advient et en particulier aux infimes changements qui affectent nos proches et ceux que nous aimons...
Nos enfants poussent beaucoup trop vite! Et il arrive toujours un moment où nous nous rendons compte que nous nous n'avons pas suffisamment profité de nos petits bouts de chou....
Heureusement, l'Homme a trouvé la parade!
Il a inventé le moyen le plus infaillible pour remédier à tous nos trous de mémoire!
J'ai nommé la photographie...

Posté par Sefrioui, vendredi 29 juin 2007 à 19:45

"Nous ne pouvons donner que ce que nous sommes. Rien de plus...
Et c'est beaucoup pourtant si on veut bien l'accepter..."
Le simple fait d'observer votre fille, et d'écrire vos émotions en l'observant comme telle, vous lui donnez alors, beaucoup.
Une attention. Une très belle attention. Qu'elle vous rendra, les yeux dans les yeux, en adulte, plus tard. Et là vous comprendrez tout l'amour que vous lui avez donné.. je l'ai vécu il y a peu. Les larmes plein les yeux..
Je vous découvre par Lagunedune, c'est un cadeau !
Bien à vous et à bientôt ?
Je vous souhaite un bel été.
DoroT

Posté par DoroT, dimanche 8 juillet 2007 à 10:06

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