jeudi 29 mars 2007
Se fondre à l'appel éblouissant de l'horizon
mardi 27 mars 2007
Traces
Ecrire; essayer méticuleusement de retenir quelque chose; arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. Georges Perec
dimanche 25 mars 2007
Nous sommes fait de cela et rien d'autre
Nous sommes faits de cela,
nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons
et de rien d'autre.
Si retranchée soit notre vie,
perdues sur les hauteurs brûlées de vent,
elle n'est jamais si proche que dans une poignée de visages aimés,
que dans cette pensée qui va vers eux,
dans ce souffle d'eux à nous,
de nous à eux.
Christian Bobin
"L'inespérée"
Final B.O.LadoubleviedeVéronique
vendredi 23 mars 2007
Pas à pas mot à mot
A la médiathèque...
La poèsie... un chant, un appel, un chemin à prendre...
dimanche 18 mars 2007
L'insaisissable
Ombres et lumières
s'échappent du ciel. Les nuages laissent passer des vérités différentes
pour chacun, selon l'endroit où l'on se trouve...
Se dessine dans le ciel un oeil, l'Oeil d'Horus...
J'ai devant moi la clarté du ciel et je n'ai rien vu... Il faut que les contours des nuages qui dessinent cet oeil me soient montrés par le felouquier égyptien qui nous accompagne...
Mon appareil à peine saisi, sa réalité se dissipe déjà. Réalité pourtant là, face à moi et qui manque d' échapper à mon regard...
Ainsi va la perception de la réalité.
Ce que l'on montre, on le connaît déjà. Le reste est à découvrir ( l'écrit, l'art est un chemin vers cela...)
Nulle vérité entière n'est dans notre regard, ni dans celui d'autrui.
L'approche de la vérité reste dans l'acceptation de la difficile différence.
L'acceptation aussi de n'être pas toujours dans le regard d'autrui, l'acceptation qu'autrui ne soit pas toujours ce que l'on voudrait qu'il soit.
La réalité est fait de multiples perceptions. Chacun voit ce qui a du sens pour lui. Le reste n'apparaît que dans une transparence quasiment immatérielle visible seulement par d'autres regards, d'autres manières de regarder...
Tenter de percevoir le diffus dans le visible...
Une brèche s'ouvre, d'où une intuition fugitive s'échappe.
Et le voile du doute redépose son ombre obscure.
Reste l'insaisissable, le voile opaque des apparences qui masque l'essentiel, ce qui ne peut se dire ni se montrer...
Reste le vide d'un reflet perçu et immédiatement perdu...
Tout en écrivant ces mots' j'écoute "La Librairie Francophone" sur France-inter je suis saisie par une phrase qui fait écho à ce que j'écris...
De son livre "L'enfant-rire" j'entends Joëlle Miquel dire:
"La vérité, autant de l' autre que du monde, nous échappe. Et je pense que dire "je ne sais pas mais ça m'intéresse", voilà, c'est ça que je voudrais que les lecteurs pensent"...
Un livre qui m'appelle...
L'écho se poursuit sur un autre livre: "L'aventure de la photo contemporaine de 1945 à nos jours" de Louis Mesplé: Une phrase parmi d'autres "Prendre une photo, c'est une façon d'écrire une fiction ou un élément du réel..."
Un autre livre à découvrir...
jeudi 15 mars 2007
les voiles du navire
Les passions sont les vents qui enflent les voiles du navire; elles nous submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer.
Voltaire
mercredi 14 mars 2007
Le miroir brisé
LE MIROIR BRISE
Le petit homme qui chantait sans cesse
le petit homme qui dansait dans ma tête
le petit homme de la jeunesse
a cassé son lacet de soulier
et toutes les baraques de la fête
tout d'un coup se sont écroulées
et dans le silence de cette fête
dans le désert de cette fête
j'ai entendu ta voix heureuse,
ta voix déchirée et fragile
enfantine et désolée
venant de loin et qui m'appelait
et j'ai mis ma main sur mou cœur
où remuaient
ensanglantés
les sept éclats de glace de ton rire étoilé.
Jacques Prévert
MAINTENANT J'AI GRANDI
Enfant
j'ai vécu drôlement
le fou rire tous les jours
le fou rire vraiment
et puis une tristesse tellement triste
quelquefois les deux en même temps
Alors je me croyais désespéré
Tout simplement je n'avais pas d'espoir
je n'avais rien d'autre que d'être vivant
j'étais intact
j'étais content
et j'étais triste
mais jamais je ne faisais semblant
Je connaissais le geste pour rester vivant
Secouer la tête
pour dire non
secouer la tête
pour ne pas laisser entrer les idées des gens
Secouer la tête pour dire non
et sourire pour dire oui
oui aux choses et aux êtres
aux êtres et aux choses à regarder à caresser
à aimer
à prendre ou à laisser
J'étais comme j'étais
sans mentalité
Et quand j'avais besoin d'idées
pour me tenir compagnie
je les appelais
Et elles venaient
et je disais oui à celles qui me plaisaient
les autres je les jetais
Maintenant j'ai grandi
les idées aussi
mais ce sont toujours de grandes idées
de belles idées
d'idéales idées
Et je leur ris toujours au nez
Mais elles m'attendent
pour se venger
et me manger
un jour où je serai très fatigué
Mais moi au coin d'un bois
je les attends aussi
et je leur tranche la gorge
je leur coupe l'appétit.
Jacque Prévert
lundi 12 mars 2007
Le Sens et le Silence
J'ai tenté de saisir le secret de ce qui échappe à notre prise et qui, hors de nous, hors de notre langage, hors de notre incorrigible désir, sans commune mesure avec l'homme, tantôt règne et tantôt disparaît, tantôt bouge et tantôt demeure.
Comme un météore, un transfuge d'une autre étoile, un voyageur, perdu dans une ville détruite, je suis tombé dans ce monde étranger, mais par l'effet d'un secret sortilège qui lentement nous imprégnait, ces solitudes et ma présence, ces mirages et ma raison, ces désastres et mon plaisir, nous avons échangé nos énigmes:
«Rends-moi désert et solitaire comme toi ! — disais-je en entrant seul comme un voleur dans l'univers des choses insensibles-— que j'oublie les passions et les pensées à l'échelle humaine ! Que, par-delà les figures familières du rivage, de la pluie et de la mer, je devienne mouvement pur, sans cause et sans objet, rythme à soi-même seul dédié, souffrance sans secours, joie sans partage, plainte sans réponse, murmure sans écho ! »
— « Rends-moi humain et sensible comme toi ! — répondait par ma voix le monde taciturne. — Fais que je donne à mes mouvements obscurs, irrépressibles et incontrôlés, le nom blessé de vos sentiments ! Que j'appelle « bonheur » le calme des jours et des nuits sans orage, « colère » mes absurdes tempêtes, « révolte » ma démence, « consentement » mes accalmies, «tendresse» le premier reflet de l'aurore, «regret» les ombres lentes des nuages, «amour» cet aveuglant miroir qui en mille éclats se brise à midi sur les vagues... »
— Pour nous gens de la terre et de la vie, tout n'est que signes et symboles. Pour notre univers tout se tait. Le peintre seul est à la fois (même à lui-même inconnaissable) le Sens et le Silence.
Tardieu "Hollande"
dimanche 11 mars 2007
Tempête immobile
"Nuit
Tempête immobile
Tourbillons silencieux
Engloutissant les mots
Les parois s'effritent se dispersent
La pesanteur de la terre appelle
Gouffre béant aspirant en entier
Ce corps qui parle sourit
et ses gestes ralentis ceux de la vie
Mais cet absent-présent
Que l'on dit Homme
Est ailleurs dans l' innommable enfermé
Il avance les yeux fermés ....
La lumière l'éclaire le transperce
L'ombre le refuge ultime
D'un recoin perdu
L'appelle sans reserve pour
Une descente en apnée
vers l'obscurité insondable
Il passe le pont suspendu au-dessus du vide
des profondeurs
Les forces vives l'appellent sans relache
La surface illuminée des eaux troubles l'aveugle
Des mains se tendent
Disent-elles vrai?
Que veulent-elles?
Quels chemins montrent-elles?
Et où sont leurs regards?
Patience
Le jour repose à l'horizon..."
samedi 10 mars 2007
Quelquechose de plus fort qui nous tient...
"Je pense souvent à ma vie, don Salvatore. Quel
sens a tout cela ? J'ai mis des années à construire le tabac. Jour et nuit. Et
lorsque enfin il était là, lorsque enfin je pouvais le transmettre à mes fils
avec tranquillité, il a été balayé. Vous vous souvenez de l'incendie? Tout a
brûlé. J'ai pleuré de rage. Tous mes efforts, toutes mes nuits de labeur
accumulées. Un simple accident et tout est parti enfumée. Je ne pensais pas
pouvoir y survivre. Je sais que c'est ce que pensait le village également.
La vieille Carmela ne survivra pas à la mort de son tabac. J'ai tenu pourtant.
Oui. J'ai tenu bon. Elia a entrepris de tout reconstruire. Patiemment. C'était
bien. Ce n 'était plus tout à fait mon tabac mais c'était bien. Mes fils. Je me
suis accrochée à mes fils. Mais là encore, tout a été renversé. Donato a
disparu. J'insulte tous les jours la mer de me l'avoir enlevé. Donato. Quel
sens a tout cela? Ces vies construites lentement, patiemment, avec volonté et
abnégation, ces vies balayées d'un coup par le vent du malheur, ces promesses
de joie auxquelles on rêve et qui se déchirent. Vous savez ce qui est le plus
étonnant dans tout cela, don Salvatore? Je vais vous le dire. C'est que ni
l'incendie, ni la disparition de Donato ne sont venus à bout de moi. J'ai
tenu. Sans le vouloir. Sans y penser. C'est plus fort que moi. Il y a quelque
chose en moi qui s'accroche et qui tient.
Le soleil de Scorta Laurent
Gaudé
















